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14 septembre 2017 4 14 /09 /septembre /2017 15:38

Jean Cocteau fait la connaissance de Picasso en 1915 et celle d'Apollinaire en 1916. Avec le peintre espagnol, la "lune de miel" commencée à Rome lors de la préparation du spectacle Parade ne s'achèvera qu'avec la mort du poète né en 1889 (comme la Tour Eiffel) à Maisons-Laffitte. En 1955, Cocteau et Picasso visitent ensemble le musée d'Art moderne de Céret (Pyrénées-Orientales) créé quelques années plus tôt par le peintre Pierre Brune et Picasso offre à cette occasion une série de coupelles ayant pour thème la tauromachie. Picasso fait une apparition dans le film de Cocteau Le Testament d'Orphée (1959) et c'est dans l'ascenseur, lors d'une visite que Cocteau fait à Picasso rue La Boétie, en 1925, qu'il a la révélation de l'Ange Heurtebise. "Une secousse le réveilla et il lut sur la plaque de cuivre des manettes : "Ascenseur Heurtebise". (...) Le septième jour, il était sept heures du soir, l'Ange Heurtebise devint poème et le délivra." (1)

"L'ange Heurtebise, aux pieds d'animal

Bleu de ciel, est venu. Je suis seul,

Tout nu sans Eve, sans moustaches,

Sans carte."

Au cours du printemps 1917, Cocteau et Picasso partent ensemble pour Rome pour y rejoindre Diaghilev et la troupe des Ballets russes. "...Picasso entendit du Strawinsky pour la première fois, à Rome, avec moi, en 1917." (2) Dans Parade, il y a des "acrobates", un "prestidigitateur chinois", une "petite fille américaine", des "managers" revêtus de costumes évoquant rues et gratte-ciel. "L'enfance a ses odeurs", écrira Cocteau. Toute sa vie, il lira beaucoup de journaux d'enfants et de science fiction. On mettrait longtemps à devenir jeune selon une phrase magnifique de Picasso qui n'est pas une boutade. "Mais aucune de ces odeurs graves n'éclipse l'odeur du Cirque, l'odeur du Nouveau-Cirque, la grande odeur merveilleuse." (3) Enfant, Cocteau allait voir Footit et Chocolat, célèbre duo des années 1890. "Cela, c'était le Nouveau-Cirque de nos sept ans. Et ce même Nouveau-Cirque devait, cinq ans après, en 1904, devenir le lieu d'un événement théâtral historique : l'arrivée américaine du rythme." (3) L'enfance n'en finit pas de finir...

En 1907, il échoue de nouveau au baccalauréat. Grâce à sa mère, il commence à fréquenter le grand monde. Ses premiers poèmes sont présentés en avril 1908 au Théâtre Femina grâce à Edouard De Max, acteur qui excellait dans les rôles de la tragédie classique. Il rencontre alors Lucien Daudet, Reynaldo Hahn, les Rostand, la comtesse de Noailles, Marcel Proust. En septembre 1908 - il a dix-neuf ans -, sa mère l'emmène en voyage en Italie : le lac Majeur, puis Milan, Vérone et enfin Venise. Comme André Gide quelques mois auparavant - "Voyage en Italie - rentré le 20 mars." - (4), Aristide Maillol en avril, et un mois avant Claude Monet - "... Je vis un rêve - cette arrivée à Venise, si merveilleuse, le calme qui vous gagne, les attentions multiples de Mme Hunter, ce palais admirable - un vrai conte de fée..." (5). Cocteau découvre Venise. "Le soir de l'arrivée, la gondole de l'hôtel amuse comme une attraction foraine. Ce n'est pas un véhicule ordinaire. Les parents, hélas, ne l'entendent pas ainsi. Venise commencera demain. Ce soir, on ne monte pas en gondole ; on monte en omnibus. On compte les malles. On ne regarde pas la ville qui ressemble aux coulisses de l'Opéra pendant l'entr'acte." (6)

Jean Cocteau reviendra en Italie en 1917, à Rome mais aussi à Naples, Pompei, Herculanum, malgré la guerre, durant laquelle il sera ambulancier à Reims et sur le front des Flandres puis employé au service de propagande du ministère des Affaires étrangères sous la direction de Philippe Berthelot dont l'épouse était une amie de Mme Cocteau. Il fait la connaissance de Roland Garros et vole avec lui. En août 1916, à Paris, il lit Le Cap de Bonne Espérance chez les Beaumont. Cocteau devient acrobate des airs.

"De ta main d'ours Garros

alors

tu me signales quelque chose

et je me suis penché au bord du gouffre

et j'ai vu Paris sur la terre..." (7)

Il restera toute sa vie un enfant. "Au théâtre, les hommes retrouvent la férocité des enfants, mais ils ont perdu leur clairvoyance. (...) Un jour que je regardais le guignol Anatole aux Champs-Elysées, un chien entre en scène, une tête de chien grosse à elle seule comme deux personnages. "Regarde le monstre", dit une mère. "Ce n'est pas un monstre, c'est un chien", dit le petit garçon." (2)        

(1) Jean Marais, L'Inconcevable Jean Cocteau (Editions du Rocher, 1993)

(2) Jean Cocteau, Le Coq et l'Arlequin (1918)

(3) Jean Cocteau, Portraits-souvenir (1935) 

(4) André Gide, Journal 1889-1939 (Editions Gallimard, 1951)

(5) Extrait d'une lettre de Mme Monet à Germaine Salerou datée du vendredi 2 octobre 1908 (Monet et Venise par Philippe Piguet aux Editions Herscher, 2008)

(6) Jean Cocteau, Le Grand Ecart (1923)

(7) Jean Cocteau, Le Cap de Bonne Espérance (1916-1919)

A Venise

A Venise

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 15:07

Un portrait de Manolo Hugué par Picasso est actuellement visible au Musée d'Art Hyacinthe Rigaud (Perpignan) dans l'exposition Picasso Perpignan le cercle de l'intime, 1953-1955 (jusqu'au 5 novembre 2017). Une amitié indéfectible a lié les deux artistes pendant plusieurs décennies jusqu'au décès du sculpteur catalan en 1945... et même au-delà. Ce portrait peint le 15 juillet 1957 - soit douze ans après le décès de son ami - est un portrait de Manolo jeune. A partir de 1945, Picasso reporte l'affection qu'il avait pour Manolo sur ses proches, c'est-à-dire sur Totote Hugué, sa veuve, et sur leur fille Rosita.

Né en 1872 de père (presque) inconnu et d'une mère décédée prématurément, le petit Manolo est recueilli par ses tantes. Son adolescence se passe dans la rue, les cafés, les mauvais lieux de Barcelone. Josep Pla, dans sa biographie intitulée La vida de Monolo contada por ell mateix (1928) et Victor Crastre dans Manolo (1934, édition corrigée vingt ans plus tard) ont décrit sa vie dangereuse faite de mendicité - pour ne pas mourir de faim -, de larcins - pour ne pas mourir de froid -, de risques. Barcelone est, à la fin du 19ème siècle, une ville en pleine expansion :

"Tu grandis, tu t'étales; quand la

plaine te manque,

tu grimpes sur les coteaux, te

pliant à leur pente;

sur tous ceux qui t'entourent

s'étendent tes quartiers

que, vague après vague, tu pousses

vers le haut." (1)

La capitale catalane s'étale en effet hors de "cet extraordinaire quartier du vieux Barcelone. Les rues qui entourent la Cathédrale gardent encore, aujourd'hui, leur aspect médiéval..." (2) Les travaux de la Sagrada Familia (de Gaudi) commencent en 1883, le Palau Güell (du même Gaudi) sort de terre à partir de 1889 et le Parc de Ciutadella accueille l'Exposition universelle de 1888 dont la porte d'accès, l'Arc de Triomf, dresse toujours ses deux façades de briques rouges ornées de carreaux de faïence. Malgré cela, Manolo se sentant à l'étroit dans sa ville natale, la quitte pour Paris en 1901. D'abord hébergé par son compatriote le peintre Carles Casagemas (qui se suicidera quelques jours plus tard), il retrouve Picasso - qu'il avait rencontré à Barcelone vers 1899 - qui occupe son atelier. Il fréquente les cafés, repères d'artistes, le Louvre et le musée de Cluny. Il rencontre Totote, sa future femme, en 1906 au Jardin du Luxembourg et mène avec elle une vie de bohème. Les soucis matériels s'estompent lorsque le marchand d'art Kahnweiler lui achète quelques œuvres. En 1909, las du climat de Paris, il part pour Perpignan où il descend à l'hôtel Du Nord et du Petit Paris (en face de la cathédrale) puis à Céret où il vivra jusqu'en 1928 hormis durant les années de guerre qu'il passera à Barcelone. Au début des années 1910, il est rejoint par de nombreux artistes venus de Paris et d'ailleurs : Picasso, Braque, Juan Gris, Max Jacob... En 1917, il fait une exposition de peintures, dessins, sculptures aux Galeries Laietanas, œuvres qui le font connaître dans son pays. Les poètes Eugeni d'Ors et Joan Salvat-Papasseit apprécient ce qu'il fait. Après la guerre, il rentre à Céret. Des expositions de ses œuvres ont lieu dans les années 20, à Paris à la Galerie Simon en 1923, à New York à la Galerie Weyhe en 1926, dans les Galeries Flechteim de Francfort, Düsseldorf et Berlin en 1929. Dans les années 30, il est souvent exposé à la Sala Parès à Barcelone. En 1927, il se trouve soudain paralysé et passe plusieurs semaines en clinique à Perpignan. L'année suivante, il est transféré dans la station thermale de Caldes de Montbui près de Barcelone dont les eaux s'avèrent pour lui bienfaisantes. C'est dans cette ville qu'il décède en novembre 1945. Sa tombe est ornée de sa sculpture L'Ofrena - L'Offrande - (1924).

Après sa mort, une exposition de ses œuvres est organisée au Musée d'Art Moderne de Céret en 1957 et du 17 mai au 17 juin 1961, une exposition de cent trente œuvres (sculptures en bronze et terre cuite, gouaches et dessins) est visible à la Galerie Louise Leiris, rue d'Astorg à Paris.

Il y a cinquante ans, le mercredi 13 juillet 1967, avait lieu le vernissage de l'exposition Manolo et ses Amis de Céret en présence de Totote et de Rosita venues de Caldes de Montbui pour cette cérémonie. Initiée par le Dr. René Puig (décédé tragiquement en novembre 1966), cette exposition avait pour but d'honorer la mémoire d'un artiste catalan qui avait vécu et travaillé de chaque côté des Pyrénées. Cent soixante œuvres prêtées par Totote, la Galerie Leiris (dont Kahnweiler était le directeur), le Musée d'Art moderne de Céret et différents mécènes étaient exposées à côté de vitrines montrant aux visiteurs des manuscrits, lettres, articles, publications et livres de Louis Codet, Pierre Camo, Albert Bausil, André Salmon, Tristan Tzara, Déodat de Séverac, Pau Casals. (3)

Lors de son séjour chez les Lazerme en 1954 (16 rue de l'Ange à Perpignan), Pablo Picasso a fait un portrait de Totote et un portrait de Rosita (crayon et fusain sur papier) tous deux exposés au musée Thermalia de Caldes de Montbui (et prêtés au musée d'Art Hyacinthe Rigaud de Perpignan jusqu'au 5 novembre 2017). C'est grâce à Totote que Picasso avait fait la connaissance de Jacques et Paule de Lazerme. Totote, amie intime du couple Lazerme passait rue de l'Ange avec Rosita plus de la moitié de l'année à Perpignan.           

(1) Extrait du poème A Barcelone de Jacint Verdaguer (1888)

(2) Manolo de Victor Crastre (Alter ego éditions, 20006)

(3) Source : Tramontane, revue mensuelle du Roussillon fondée en 1917 dans un numéro paru en 1967.

 

Manolo Hugué, "Hommage à Déodat de Séverac" (1923) à Céret (Pyrénées-Orientales)

Manolo Hugué, "Hommage à Déodat de Séverac" (1923) à Céret (Pyrénées-Orientales)

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22 août 2017 2 22 /08 /août /2017 17:55

Guillaume Apollinaire fut un épistolier prolifique. Le conflit mondial augmenta le nombre de lettres envoyées à Lou, "la plus exquise et la plus belle de toutes les amantes d'artilleur", à Madeleine, "assez intelligente d'ailleurs et je crois honnête" - on compte plus de quatre cents lettres qui leur ont été adressées -, et à ses amis comme André Dupont, André Billy ainsi qu'à la poétesse Jeanne-Yves Blanc, sa marraine de guerre. Ces lettres étaient aussi bien écrites en prose ou en vers qu'en prose et en vers : "Comme c'est en vers réguliers, que je consacre les vers réguliers à la correspondance et que je les écris au courant de la plume comme s'il s'agissait de prose, je suis très jaloux qu'il n'y ait aucune faute de versification."

Le 1er février 1915, Apollinaire écrit à André Dupont sur papier à en-tête du Café Tortoni (boulevard Amiral-Courbet, Nîmes). Le même jour, il écrit deux lettres à Lou : "Amour! Je te récris ce soir, encore tout joyeux de tes lettres." Le lendemain, il envoie trois lettres à Lou dont une en vers - un poème intitulé La Mésange : "Ta lettre me dit des choses adorables et qui me consolent - Tu es le biniou de la chanson." Le 3, il lui envoie quatre lettres dont deux en vers (Parce que tu m'as parlé de vice... et Nos étoiles). Le 4 février, cinq lettres sont écrites à Lou dont un poème en vers intitulé Rêverie sur ta venue :

"Nous passerons de doux dimanches

Plus doux que n'est le chocolat,

Jouant tous deux au jeu des hanches.

Le soir j'en serai raplapla,

Tu seras pâle aux lèvres blanches."

Et ainsi de suite durant toute l'année 1915.

Ces lettres écrites sur un ton badin et humoristique (comme dans celles où il parle de sa formation d'artilleur) ne doivent pas faire oublier que leur auteur s'inquiète du lieu de sa future affectation mais aussi des bombardements sur Paris par les Zeppelins. Il a gardé son appartement du 202 boulevard Saint-Germain qu'il retrouvera après son opération en mai 1916. Le 22 mars 1915, il écrit à André Dupont :

"J'espère que l'engin germain

Ne jettera pas de ses bombes 

Sur le boulevard Saint-Germain

Où dans un haut nid de colombes

J'ai toujours mon appartement

Et cette avenue est germaine

Quoique n'ayant rien d'allemand."

Le samedi 29 janvier 1916 vers 22 heures, des Zeppelins lâchent leurs bombes sur le quartier de Ménilmontant : "Quinze minutes plus tard, les quartiers est sont ébranlés par une explosion formidable: profitant de la brume, un zeppelin a atteint la capitale et lâché dix-sept bombes dont, par miracle, trois n'ont pas éclaté. Bilan du crime: 26 tués et 32 blessés. (...) Dimanche 30 janvier, nouvelle alerte. Elle sera sans effet: les batteries anti-aériennes, en effet, ont forcé le zeppelin à lâcher son chargement de bombes à l'extérieur de Paris."

La guerre est omniprésente donc : "...on est venu m'avertir que j'étais nommé agent de liaison et que je commencerai ma fonction de suite. Je remplace un maréchal des logis qui a été tué récemment." Blessé par un éclat d'obus à la tempe droite le 17 mai 1916, Apollinaire est évacué au Val-de-Grâce le 29, puis transféré à l'Hôpital italien du quai d'Orsay le 9 avril. A l'automne 1916, il reprend peu à peu ses activités littéraires. Il signe la préface du catalogue de l'exposition "André Derain" qui a lieu à la galerie Paul-Guillaume du 15 au 21 octobre. Derain qui avait illustré l'ouvrage L'Enchanteur pourrissant (1909) de gravures sur bois dira d'Apollinaire : "Le souvenir de L'Enchanteur pourrissant est un des meilleurs de ma vie à l'imprimerie Birault et toutes les aventures que la réalisation de ce livre provoqua sont d'admirables histoires." C'est l'époque où il rencontre Jean Cocteau qui écrira dans une revue littéraire en 1954 : "Personne ne dessine mieux que Picasso. Personne n'écrivait mieux qu'Apollinaire. Le crayon et la plume leur obéissent. Forts de cette maîtrise, ils vont pouvoir tordre la syntaxe et la plier à leur usage."

Sources :

. Lettres à Lou de Guillaume Apollinaire (Editions Gallimard, 1969)

. Les obus miaulaient, six lettres à Albert Dupont de Guillaume Apollinaire (Editions Fata Morgana, 2014)

. Correspondance Jean Cocteau-Guillaume Apollinaire présentée par Pierre Caizergues et Michel Décaudin (Jeanmichelplace, 1991)

. Paris en cartes postales anciennes par Georges Renoy (Bibliothèque Européenne, 1974)

   

Nîmes : "La Maison Carrée me plaisait de biais et au soleil." Guillaume Apollinaire

Nîmes : "La Maison Carrée me plaisait de biais et au soleil." Guillaume Apollinaire

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13 août 2017 7 13 /08 /août /2017 17:36

Le musée des Beaux-Arts Hyacinthe Rigaud qui, jusqu'en 2014, présentait ses collections dans quelques salles de l'hôtel de Lazerme s'est depuis agrandi et les visiteurs y entrent désormais par l'hôtel de Mailly tout proche. Depuis son inauguration le 24 juin dernier, le nouveau musée d'Art Hyacinthe Rigaud présente au rez-de-chaussée et au premier étage des œuvres qui vont de l'époque gothique à l'époque actuelle et au deuxième étage, jusqu'au 5 novembre 2017, une exposition intitulée Picasso Perpignan Le cercle de l'intime, 1953-1955 où le public est invité "à suivre les traces de Picasso à Perpignan qui, de 1953 à 1955, séjourne régulièrement rue de l'Ange".

L'hôtel de Lazerme qui dresse sa façade au n°16 de la rue de l'Ange (Perpignan) fut acheté en 1827 par le député des Pyrénées-Orientales Joseph de Lazerme. Dans les années 1950, c'est-à-dire à l'époque où Pablo Picasso vient y séjourner, la partie située autour de la cour Lazerme est occupée par les appartements de Jacques et Paule de Lazerme, la partie située en bordure de la rue de l'Ange étant louée à des médecins. Jacques de Lazerme est le fils de Carlos de Lazerme qui est issu d'une importante famille perpignanaise liée à la vie économique, politique et culturelle de la ville. Ecrivain peu connu, Carlos de Lazerme (décédé en 1936) a publié en 1927 Bucoliques et Almanach, ouvrage illustré de dessins de Pierre Brune lui-même créateur du musée d'Art moderne de Céret (Pyrénées-Orientales). Picasso fait la connaissance des Lazerme par l'entremise de Totote, veuve du sculpteur catalan Manolo Hugué (décédé en 1945). Il séjourne à l'hôtel de Lazerme à plusieurs reprises entre 1953 et 1955. Picasso y vient alors en "vacancier" et en ami de la famille même si son esprit demeure sans cesse en état de création.

Picasso passe l'été 1953 à Perpignan mais quand il rentre à Vallauris, sa compagne Françoise Gilot le quitte emmenant avec elle leurs deux enfants Claude et Paloma. En novembre 1953, après leur départ, Picasso se retrouve seul dans sa maison de La Galloise située sur les hauteurs de Vallauris. Le peintre, alors âgé de 72 ans, traverse "une saison en enfer" selon l'expression de Michel Leiris. Entre le 18 novembre 1953 et le 3 février 1954, il s'enferme chez lui et produit cent quatre-vingts dessins qui ont pour thème le peintre et son modèle. Deux de ces dessins (datés des 2 janvier et 2 février 1954) sont présentés dans l'exposition du musée Rigaud. Ces dessins sont publiés dans le volume VIII n°29-30 de Verve en février 1954. Mais en novembre 1953, Picasso peint aussi deux tableaux intitulés L'Ombre et Nu dans l'atelier. Le premier est une vue de la chambre à coucher de La Galloise avec une femme nue étendue sur le lit et l'ombre d'un homme qui la regarde. Le corps de Françoise Gilot et l'ombre de Picasso se dessinent dans une pièce où ils ne seront plus mais où sont encore visibles "le jouet en forme de charrette sur la commode et le petit vase sur la cheminée" qui "sont encore dans la maison". Picasso ne passe cependant pas les fêtes de fin d'année seul dans sa grande demeure. Le 31 décembre 1953, il réveillonne avec les Lazerme et plusieurs amis dont Totote. Picasso offre aux de Lazerme une céramique représentant une colombe sur un nid de paille faite à Vallauris en 1949 au dos de laquelle il ajoute une dédicace datée du 3 janvier 1954. C'est l'époque où Picasso est exposé à Milan (septembre-décembre 1953) puis à Sao Paulo (décembre 1953-février 1954) dans deux rétrospectives où sont montrés entre autres Guernica, Massacre en Corée, La Guerre, La Paix.

En avril 1954, Picasso rencontre Sylvette David qui va poser pour lui pendant quelques semaines. Il réalise une quarantaine de dessins et peintures de cette jeune fille de 19 ans facilement reconnaissable à son long cou et à sa chevelure blonde nouée en queue de cheval. Le 17 mai, il peint Claude dessinant, Françoise et Paloma. Mais à partir du mois de juin, sa nouvelle compagne qu'il a rencontrée à Vallauris deux ans auparavant entre dans son œuvre. Commence alors l' "époque Jacqueline". Il peint trois portraits de celle qui est surnommée Madame Z* dont le magnifique Jacqueline aux mains croisées (exposé actuellement à Perpignan).

En juillet 1954, une exposition intitulée Picasso : deux périodes, 1900-1914, 1950-1954 est organisée à la Maison de la Pensée Française à Paris. Les peintures de la Collection Chtchoukine sorties pour la première fois des musées soviétiques sont retirées une semaine après l'ouverture de l'exposition. En remplacement, Picasso envoie plusieurs œuvres dont Portrait de Madame Z.

Entre le 5 et le 8 juillet 1954, Picasso est chez les Lazerme avec son fils aîné Paulo et sa fille Maya. Il y revient du 6 août au 25 septembre. Françoise Gilot et ses enfants ainsi que Jacqueline Roque et sa fille Catherine séjournent aussi rue de l'Ange. Le photographe Raymond Fabre (né à Paris en 1924 et décédé à Perpignan en 2011) qui a ouvert le studio Visages au rez-de-chaussée de l'hôtel de Lazerme en 1951 prend de nombreux clichés de Picasso au cours de ce séjour estival de l'année 1954. Il consacre même entièrement la vitrine de son magasin à Picasso en septembre. Picasso est photographié avec la barretina, le bonnet traditionnel catalan, pose devant la statue La Méditerranée de Maillol dans le patio de l'hôtel de ville de Perpignan, sur la place Arago, dans les jardins de Sant Vicens, etc. Le 19 septembre, des photos le montrent lors d'un "repas de famille" où sont présents Françoise Gilot, le docteur Jacques Delcos, Jacqueline Roque, Picasso et le jeune Pierre Baudorusi. Au menu, une paella préparée par le peintre Balbino Giner. Le 13 août au soir dans la cour de l'hôtel de Lazerme, le groupe Les Cantayres Catalans offrent en l'honneur du Maître un récital de chansons catalanes. Mais Picasso n'est pas seulement en vacances. Il peint plusieurs portraits de Paule de Lazerme (que la comtesse offrira au musée Rigaud en 1984), illustre le livre de Marc Sabathier-Lévêque (poète, peintre et journaliste) Oratorio pour la nuit de Noël (publié en 1955) avec seize portraits de l'auteur, fait aussi le portrait au crayon et au fusain de Totote et de Rosita sa fille adoptive. Le 8 septembre, Picasso apprend la mort d'André Derain avec qui il avait passé l'été 1910 à Cadaqués. Pendant ce temps, de juillet à septembre, une exposition Picasso sur le thème de la tauromachie est visible au musée d'Art moderne de Céret. Et après avoir assisté à une corrida à Céret, Picasso et Jacqueline quittent Perpignan le 19 septembre pour Vallauris puis s'installent à Paris dans l'atelier de la rue des Grands Augustins. Le 3 novembre, Picasso apprend la mort du peintre Henri Matisse. Picasso commence alors à composer des œuvres sur le thème des Femmes d'Alger de Delacroix. Picasso reviendra à Perpignan en 1955 pour un dernier séjour.         

*Z pour Ziquet, nom de la villa que Jacqueline Roque occupe alors à Golfe-Juan.

Sources :

- Catalogue de l'exposition Le dernier Picasso 1953-1973 au Centre Georges Pompidou (17 février-16 mai 1988).

- Picasso 1945-1973 par Klaus Gallwitz (Denoël,1985).

- Notes prises lors de la visite de l'exposition du musée Rigaud.      

. Le musée d'Art Hyacinthe Rigaud est ouvert tous les jours de 10h30 à 19 heures jusqu'au 30 septembre (nocturne les jeudis et vendredis en août jusqu'à 21 heures), de 11 heures à 17h30 (sauf le lundi) à partir du 1er octobre. 

Place de la Loge et rue Louis Blanc en direction du Castillet (Perpignan)

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9 août 2017 3 09 /08 /août /2017 08:27

"Au demeurant je suis poète, soldat pour le moment - Je ne tiens à être ni homme du monde, ni homme chic, surtout si ça doit m'empêcher de rêver." Guillaume Apollinaire

Après une scolarité à Monaco* et une intense vie littéraire et artistique qui débute dès 1901 avec la parution de ses premiers poèmes, la déclaration de guerre qui surprend Apollinaire en Normandie, où il est avec son ami le dessinateur André Rouveyre, le laisse seul à Paris, tous ses amis ayant été mobilisés. 

"Le 31 du mois d'août 1914

Je partis de Deauville un peu avant minuit

Dans la petite auto de Rouveyre

Avec son chauffeur nous étions trois

Nous dîmes adieu à toute une époque" écrira Apollinaire dans Calligrammes.

N'ayant pas la nationalité française mais souhaitant s'engager, il dépose une demande de naturalisation. Il sait que les démarches prendront du temps. C'est pourquoi il n'hésite pas à partir pour la Côté d'Azur qu'il na pas revue depuis son enfance. Fin septembre 14, Apollinaire rencontre dans un restaurant du vieux Nice Louise de Coligny-Châtillon qui réside à Saint-Jean-Cap-Ferrat et qui depuis le début du conflit est infirmière bénévole à l'hôpital militaire installé dans l'hôtel Ruhl, palace situé à l'entrée de la promenade des Anglais. Apollinaire tombe immédiatement amoureux de celle qui a de "grands et beaux yeux de biche" et qu'il ne tardera pas à appeler Lou dans les nombreuses lettres qu'il lui enverra en prose et en vers entre octobre 1914 et janvier 1916. 

En décembre 1914, Apollinaire est affecté au 38ème régiment d'artillerie de campagne à Nîmes. Il passe sa première permission à Nice avec Lou du 31 décembre 1914 au 2 janvier 1915. C'est le bonheur fou! Suivra une autre permission - moins exaltante - qu'il passera aussi à Nice quelques semaines plus tard. Le 30 janvier 1915, il écrit à Lou depuis Nîmes :

"Si je mourais là-bas sur le front de l'armée,

Tu pleurerais un jour, ô Lou, ma bien-aimée.

Et puis mon souvenir s'éteindrait comme meurt

Un obus éclatant sur le front de l'armée,

Un bel obus semblable aux mimosas en fleur." 

Car le "petit Lou très chéri", qui a alors 33 ans et qui a déjà été mariée (l'union a été rompue en 1912) est rebelle et indépendante. Elle a aussi une liaison avec un soldat surnommé Toutou dans l'abondante correspondance entre les deux amants. Apollinaire n'hésitera pas à écrire à Marcel Sembat ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts et à Philippe Berthelot secrétaire général du quai d'Orsay pour solliciter un laissez-passer afin que Lou puisse rejoindre dans la région d'Epinal ledit Toutou. Une dernière fois Apollinaire et Lou se reverront le 28 mars 1915 lors d'une "bizarre et ma foi, fort agréable entrevue de Marseille a été l'objet de mes méditations dès le train". Apollinaire envoie à Lou une lettre "dépitée, non railleuse" le 30 mars 1915. Il se pose beaucoup de questions sur la suite de leur idylle. Elle le laisse sans espoir. Il part pour le front en Champagne en avril. Nommé brigadier puis maréchal des logis, il est muté dans l'infanterie avec le grade de sous-lieutenant en novembre 1915. En décembre-janvier, il passe sa permission à Oran dans la famille de Madeleine Pagès, une jeune fille rencontrée dans le train entre Nice et Marseille en janvier après sa première permission avec Lou. "Il y avait avec moi dans le wagon un monsieur et une jeune fille" écrira-t-il à Lou le 2 janvier 1915. Sa relation épistolaire avec cette jeune fille se terminera en novembre 1916 après sa blessure à la tempe droite par un éclat d'obus. Apollinaire sera admis à l'hôpital du Gouvernement italien du quai d'Orsay où il sera trépané le 9 mai 1916.          

 

*Le souverain de Monaco était dans les années 1890 lorsque Guillaume Apollinaire était élève au collège Saint-Charles, S.A.S. le prince Albert Ier qui venait d'épouser en secondes noces (octobre 1889), Alice Heine (nièce du poète allemand Heinrich Heine) née à La Nouvelle-Orléans (Louisiane) en 1857.  

Ordre de mobilisation générale (août 1914)

Ordre de mobilisation générale (août 1914)

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3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 09:16

"Nous habitons la belle rue du Singe, où vous êtes né", écrit Jean Cocteau de Rome à Guillaume Apollinaire en mars 1917.

Guillaume Apollinaire, de son vrai nom Wilhelm de Kostrowitzky (de mère polonaise il se disait descendant du premier souverain de Russie) voit le jour à Rome dans le quartier du Trident (entre la piazza del Popolo et la place d'Espagne) le 26 août 1880. Deux ans plus tard, naît un frère, Albert. En 1885, la mère et les deux enfants s'installent en Principauté de Monaco et sur la Côte d'Azur (Cannes, Nice) où ils resteront jusqu'en 1898. Il étudie au collège Saint-Charles (Monaco) où il a comme camarade de classe René Dupuy qui sera plus tard journaliste sous le nom de René Dalize et à qui il dédiera Le Poète assassiné (1916).

"Tu es très pieux et avec le plus ancien de tes camarades René Dalize

(...) Vous priez toute la nuit dans la chapelle du collège.", écrit Apollinaire dans Zone (1912).

René Dalize sera tué devant Craonne en mai 1917 et sa mort affectera beaucoup Apollinaire.

Il suit sa mère qui, sans ressources, est contrainte de quitter les bords de la Méditerranée et "les citronniers qui sont en fleur toute l'année" (Zone) pour Lyon, Paris et Stavelot (Belgique). Il est de retour à Paris fin 1899. En 1901, il devient le précepteur de la petite Gabrielle de Milhau et part avec sa famille pour l'Allemagne où Mme de Milhau possède une résidence. Il passe quelques semaines sur les bords du Rhin :

"Le mai le joli mai a paré les ruines

De lierre de vigne vierge et de rosiers

Le vent du Rhin secoue sur le bord les osiers

Et les roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes" (Mai)

Puis il entreprend un voyage de plusieurs mois en Europe centrale : Berlin, la Bavière, Vienne, Prague.

"...je parcourais à pied cette partie du Tyrol qui commence presque aux portes de Munich. Il gelait, le soleil avait brillé durant tout le jour et j'avais laissé loin derrière moi une région où des châteaux fabuleux se reflétaient dans des lacs roses au crépuscule." (Le Poète assassiné

Il commence à publier ses premiers poèmes dans différentes revues et fait la connaissance d'André Salmon (pour qui il composera Poème lu au mariage d'André Salmon le 13 juillet 1909), Derain (à qui il dédiera son poème Rosemonde), Vlaminck, Max Jacob (à qui il dédiera Palais), Picasso (à qui il dédiera Les fiançailles). Rencontré durant l'hiver 1904-1905, Apollinaire consacre à Picasso - qui a son atelier au Bateau-Lavoir à Paris - plusieurs articles. "Mais dans l'atelier il y avait des joies de toutes les couleurs. Une grande fenêtre tenait tout le côté du nord et l'on ne voyait que le bleu du ciel pareil à un chant de femme." (Le Poète assassiné)

Dès 1902, Apollinaire se fait critique d'art et montre son attachement pour les expérimentations modernes. En 1907, il publie deux romans érotiques dont Les Onze mille Verges. En 1910, il est pressenti pour le prix Goncourt finalement décerné à Louis Pergaud. Il publie L'Enchanteur pourrissant puis L'Hérésiarque et Cie. En septembre 1911, soupçonné d'avoir été l'instigateur du vol de la Joconde et de statuettes au Louvre, il est incarcéré à la prison de la Santé. A sa libération, il est recueilli par le peintre Robert Delaunay (dans son atelier de la rue des Grands-Augustins) avec qui il ira à Berlin (1913) pour une exposition de ce dernier dont le catalogue commence par le poème Les Fenêtres. En 1912, il fonde avec André Salmon et René Dalize la revue Les Soirées de Paris. En 1913, il publie Les Peintres cubistes où il écrit à propos d'Albert Gleizes : "Toutes les figures des tableaux d'Albert Gleizes ne sont pas la même figure, tous les arbres, un arbre, tous les fleuves, un fleuve, mais le spectateur, s'il peut s'élever jusqu'aux idées générales pourra fort bien généraliser cette figure, cet arbre ou ce fleuve parce que le travail du peintre a fait monter ces objets à un degré supérieur de plasticité, à un degré de plasticité tel, que tous les éléments qui en constituent les caractères individuels sont représentés avec la même majesté dramatique." 

Côté amour, après avoir été éconduit par Annie Playden (qu'il suivra pourtant jusqu'en Angleterre en 1903), puis par Marie Laurencin (en 1912), il rencontre à Nice (où il n'était pas retourné depuis son enfance) en septembre 1914, Louise de Coligny-Châtillon avec qui il vivra une passion intense lors d'une permission pour le jour de l'an 1915 et une abondante relation épistolaire de septembre 1914 à janvier 1916.

. La Rue du Babouin est le titre d'une chanson (Paroles Françoise Hardy - Musique Michel Fugain) qui figure sur l'album de Françoise Hardy Parenthèses sorti en novembre 2006 qu'elle chante en duo avec Maurane.          

     

"Maintenant tu marches dans Paris tout seul parmi la foule/Des troupeaux d'autobus mugissants près de toi roulent/L'angoisse de l'amour te serre le gosier/Comme si tu ne devais jamais plus être aimé (Guillaume Apollinaire)

"Maintenant tu marches dans Paris tout seul parmi la foule/Des troupeaux d'autobus mugissants près de toi roulent/L'angoisse de l'amour te serre le gosier/Comme si tu ne devais jamais plus être aimé (Guillaume Apollinaire)

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30 juillet 2017 7 30 /07 /juillet /2017 10:14

"Oh! ne pouvoir liquider tout ce passé, ce dernier jour de l'an de disgrâce 1916..." (André Gide)

Tandis que le samedi 31 décembre 1916, un banquet est organisé à Paris en l'honneur de Guillaume Apollinaire - qui se remet lentement de sa blessure à la tête (17 mars 1916), Pablo Picasso séjourne à Barcelone pour y passer les fêtes de fin d'année avec sa famille.

Début 1917, Jean Cocteau, qui occupe un poste au ministère des Affaires étrangères, attend de partir pour Rome où Diaghilev veut réunir les protagonistes de Parade afin d'y organiser les répétitions du ballet. Philippe Berthelot, secrétaire général du quai d'Orsay, dont l'épouse est une amie de Mme Cocteau, lui accorde son congé en février. Avec Picasso, il court chez Gertrude Stein rue de Fleurus pour lui annoncer qu'ils partent tous deux en "lune de miel". Gertrude Stein écrit dans Autobiographie d'Alice Toklas : "Un jour Picasso entra, amenant avec lui un jeune homme élégant et mince qui s'appuyait sur son épaule. "C'est Jean, annonça Pablo, Jean Cocteau ; lui et moi partons pour l'Italie..." et dans Picasso : "Jean Cocteau emmena Picasso à Rome pour préparer "Parade". La première fois que je vis Cocteau, ce fut le jour où il vint avec Picasso me dire au revoir."

A Rome, Jean Cocteau et Picasso séjournent à l'hôtel de Russie et des îles Britanniques dont la façade (1816) dessinée par l'architecte Giuseppe Valadier s'élève au n° 9 de la via del Babuino dans le quartier du Trident. Conçu au 16ème siècle, Il Tridente (le Trident) est un quartier formé de trois rues principales qui forment un triangle à partir de la piazza del Popolo : la via del Corso (la plus longue - 1500 mètres - puisqu'elle s'étire jusqu'à la place de Venise), la via di Ripetta (côté Tibre) et la via del Babuino (côté Pincio). Cette dernière qui va jusqu'à la place d'Espagne doit son nom à la statue d'un Silène qui fut jugée si laide par les Romains qu'ils la surnommèrent "le babouin". Cette statue, que l'on peut toujours voir aujourd'hui, borde la fontaine qui se trouve près de l'église Saint Atanasio, cette même fontaine dans laquelle par une chaude nuit du mois d'août 1632, s'est jeté pour se rafraîchir le peintre Valentin de Boulogne. Né à Coulommiers en 1591, ce dernier arrive à Rome vers 1610 (année de la mort du Caravage). Rome est alors une cité cosmopolite où plus de deux cents artistes venus de toute l'Europe, peintres, sculpteurs et orfèvres, travaillent et rivalisent d'exubérance pour décorer les lieux de culte catholique afin de contrer l'austérité manifestée par les protestants. Valentin de Boulogne s'affiche dans le quartier du Trident proche de l'église Santa Maria del Popolo (15ème siècle) où deux tableaux du Caravage (peints en 1600-1601) accrochés dans la chapelle Cerasi, Crucifixion de saint Pierre et Conversion de saint Paul influenceront la technique du peintre français. Grâce à l'appui du cardinal Barberini, neveu du pape Urbain VIII, il travaille à la décoration de la basilique Saint-Pierre comme dans Le Martyre des saints Procès et Martinien (1629), huile sur toile de 302 sur 192 cm que l'on peut voir à côté du Martyre de saint Erasme de Poussin. Mais l'artiste qui aime fréquenter les tavernes meurt à l'âge de quarante-et-un ans après une nuit de beuverie.

Dès la fin du 16ème siècle, la via Paulina, du nom du pape Paul III, est rebaptisée via del Babuino. Connue de nos jours pour ses antiquaires, la rue est bordée de beaux bâtiments principalement des 17ème et 18ème siècles : outre l'hôtel de Russie - qui a accueilli de nombreuses têtes couronnées -, on peut voir au n° 51 le palais Cerasi, au n° 65 l'hôtel où Madame Récamier tenait salon dans les années 1820 et au n° 150 le musée-atelier Canova Tadolini (transformé en café, il est possible d'y prendre un verre sous le regard de statues grandeur nature), Canova à qui l'on doit le monument funéraire de Clément XIII (1792) qui se trouve dans la basilique Saint-Pierre. L'atelier fut ensuite loué à Tadolini, disciple de Canova. Toujours dans la via del Babuino, l'église anglicane All Saints édifiée dans le style néogothique victorien dans les années 1880 et dont l'abside est décorée d'une mosaïque signée Edward Burne-Jones.

Tandis que Cocteau et Picasso occupent deux chambres voisines de l'hôtel de Russie, Diaghilev loge dans un palais du Corso et loue pour Picasso un atelier via Margutta*(parallèle à la via del Babuino). Jean Cocteau écrit de Rome à Apollinaire resté à Paris pour raison de santé : "Nous habitons la belle rue du Singe, où vous êtes né. Cette rue est toujours pleine de femmes de fleurs et d'orgues de barbarie jouant des refrains Espagnols au fond de l'eau." La via del Babuino finit à la place d'Espagne où vécurent et moururent le poète anglais Keats (en 1821) et le peintre De Chirico (en 1978), où Chateaubriand alors premier secrétaire d'ambassade à Rome loua pour sa maîtresse Pauline de Beaumont "une maison solitaire près de la place d'Espagne sous le mont Pincio" et où deux Anglaises créèrent en 1896 le salon de thé Babington's Tea Room. Sur Rome, Jean Cocteau écrira : "Rome à l'œil inhumain / Des moulages de plâtre."

*Où Federico Fellini vécut jusqu'à sa mort survenue en 1993.

Sources :

Gertrude Stein : Autobiographie d'Alice Toklas (Editions Gallimard, 1934); Picasso (Stein, 1938)

Jean Cocteau : Romans, poésies, œuvres diverses (Pochotèque, 2003)

Correspondance Jean Cocteau Guillaume Apollinaire présentée par Pierre Caizergues et Michel Décaudin (Jeanmichelplace, 1991)   

             

 

Paseo de Colon (Barcelone) que Picasso a peint en 1917

Paseo de Colon (Barcelone) que Picasso a peint en 1917

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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 13:16

Le 18 mai 1917, est créé au théâtre du Châtelet à Paris un ballet interprété par la troupe des Ballets russes de Diaghilev, sur une chorégraphie de Léonide Massine, sur une musique d'Erik Satie, sur un livret de Jean Cocteau et des décors et costumes de Pablo Picasso : Parade.

La générale comme les représentations suivantes des 21 et 23 mai déclenchent un scandale comparable à ceux provoqués par certains spectacles des Ballets russes et autres concerts : L'Après-midi d'un faune, sur une musique de Claude Debussy, où Nijinski, nu sous un vêtement qui le couvre à peine, prend son plaisir sur l'écharpe d'une nymphe (1912) et Le Sacre du Printemps d'Igor Stravinski (1913). "Œuvre outrageante pour le goût français" pour Jean Pouiegh, mal comprise par le public de 1917 qui "trouva tout naturellement indécent que l'on représentât en pleine guerre une œuvre soi-disant "munichoise" selon Raymond Radiguet, Parade connaitra néanmoins le succès en décembre 1920. Mais en 1920, l'auteur du programme de ce spectacle, le poète et critique d'art qui voyait le sur-réalisme capable de "séduire l'élite et se promet de modifier de fond en comble les arts et les mœurs, dans l'allégresse universelle" n'est plus là pour jouir du succès du ballet composé par ses amis. Guillaume Apollinaire s'est éteint en novembre 1918 à Paris, loin de Rome, sa ville natale où ont eu lieu au printemps 1917 les répétitions de Parade.

En mai 1909, Jean Cocteau qui n'a pas encore vingt ans, assiste à un spectacle des Ballets russes puis fait la connaissance de Serge de Diaghilev et de Nijinski. Le jeune Cocteau pense-t-il déjà à une collaboration avec le directeur des Ballets russes ? A relever le défi que Diaghilev a lancé au jeune poète en lui disant : "Etonne-moi." ? Cocteau pense à une collaboration pour un spectacle, un ballet. Le temps passe et en avril 1915, Jean Cocteau a l'idée de Parade au cours d'une permission - "J'étais alors aux armées", écrit-il - en écoutant Satie jouer à quatre mains avec Ricardo Viñes ses Morceaux en forme de poire. "Satie est le contraire d'un improvisateur, écrit Jean Cocteau. On dirait que son œuvre est toute faite d'avance et qu'il la dégage note par note, méticuleusement."   

Au cours de l'automne 1915, Picasso reçoit, dans son atelier de la rue Schoelcher à Paris la visite d'un jeune poète accompagné d'Edgar Varèse. Jean Cocteau qui, grâce à sa mère, est en relation avec la haute société parisienne et avec Diaghilev qui, deux ans plus tôt, a monté son Dieu bleu sur une musique de Reynaldo Hahn. C'est au cours d'une troisième visite, le 1er mai 1916, que Cocteau propose au peintre espagnol de collaborer à son ballet pour les décors et les costumes. Mais ce n'est qu'en août 1916, à force de relance, que Picasso accepte de faire Parade. "Picasso fait Parade avec nous", annonce triomphalement Cocteau à Valentine Grosz par un télégramme daté du 24 août 1916. A la fin de la même année, Cocteau fait la connaissance de Guillaume Apollinaire. Ce dernier qui vient de publier Le Poète assassiné, se remet lentement de sa blessure d'un éclat d'obus à la tempe droite (17 mars) et d'une trépanation subie le 9 mai. Jean Cocteau est subjugué par l'auteur du Pont Mirabeau. "Je l'ai connu en uniforme bleu pâle, écrit Cocteau, le crâne rasé, la tempe marquée d'une cicatrice pareille à l'étoile de mer." Le 26 novembre 1916, une soirée d'hommage à Apollinaire (excusé pour cause de convalescence) réunit Cendrars, Cocteau, Reverdy, Salmon et Max Jacob. Jean Cocteau lit Tristesse d'une étoile :

Une belle Minerve est l'enfant de ma tête

Une étoile de sang me couronne à jamais

La raison est au fond et le ciel est au faîte

Du chef où dès longtemps Déesse tu t'armais

C'est pourquoi de mes maux ce n'était pas le pire

Ce trou presque mortel et qui s'est étoilé

Mais le secret malheur qui nourrit mon délire

Est bien plus grand qu'aucune âme ait jamais celé

Et je porte avec moi cette ardente souffrance

Comme le ver luisant tient son corps enflammé

Comme au cœur du soldat il palpite la France

Et comme au cœur de lys le pollen parfumé.

(Guillaume Apollinaire)

Le 31 décembre 1916 a lieu un grand banquet au Palais d'Orléans (Paris) en hommage à Apollinaire. Le menu, rédigé par Max Jacob, propose entre autres, des "hors d'œuvre cubistes, orphistes, futuristes", des fromages "en cortège d'Orphée", etc. Après ces agapes, il faudra encore laisser passer quelques mois avant le début des répétions à Rome où Picasso et Cocteau séjourneront au printemps 1917...

              

  

   

Fresque dans l'église du Tibidabo (Barcelone)

Fresque dans l'église du Tibidabo (Barcelone)

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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 14:50

"Je cite mes maîtres : Erik Satie et Picasso. Je leur dois plus qu'à n'importe quel écrivain." (Jean Cocteau)

Comme l'indique le bulletin d'information édité par la mairie de Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales) dans son numéro de décembre 2016 - janvier 2017, la place Erik Satie entièrement piétonne - située dans le quartier du Port entre des immeubles qui bordent le boulevard Desnoyer et la place de Marbre -, se découvre presque par hasard alors qu'elle comprend une douzaine de commerces (tabac-presse, coiffeur, restaurants...).

Le 15 juillet 1937, Georges Auric et Francis Poulenc jouent et enregistrent à Paris une version pour piano à 4 mains du ballet Parade et rendent ainsi hommage à Erik Satie (décédé en 1925), éternel jeune homme natif de Honfleur (Normandie), ville où ont aussi vu le jour l'humoriste Alphonse Allais, le peintre Eugène Boudin et Henri de Régnier de l'Académie française.

Erik Satie naît en 1866. A vingt-deux ans, il s'installe à Montmartre. Comme il est inscrit sur une plaque apposée sur la façade du 6 de la rue Cortot (Paris 18ème) : "Erik Satie compositeur de musique a vécu dans cette maison de 1890 à 1898." C'est l'époque où il rencontre Suzanne Valadon et son fils le peintre Maurice Utrillo. Pour gagner sa vie, il accepte un poste de pianiste au cabaret Le Chat Noir dont le décor gothique lui convient, puis à l'auberge du Clou où il fait la connaissance de Claude Debussy qui deviendra son ami. Il compose alors les Sarabandes et les Gymnopédies. Mais ses finances ne s'améliorant pas, il doit renoncer à la chambre inconfortable de la rue Cortot dont la vue "jusqu'à la frontière belge" lui permettait pourtant de se sentir, comme il disait, "au-dessus de ses créanciers".

Durant l'année 1915, il déjeune souvent au 4 de la rue Gaillard (Paris) chez des amis. Il ne connaissait pas Darius Milhaud qui habitait à proximité, mais il était intrigué lorsqu'au printemps, alors que les fenêtres étaient toutes ouvertes, il entendait de l'autre côté de la rue la musique de Milhaud. En cette même année, Jean Cocteau ébauche le livret d'un ballet qui sera créé deux ans plus tard : Parade. "L'idée m'en est venue pendant une permission d'avril 1915 (j'étais alors aux armées), en écoutant Satie jouer à 4 mains avec Viñes ses Morceaux en forme de poire." Jean Cocteau ajoute : "Satie est le contraire d'un improvisateur. On dirait que son œuvre est toute faite d'avance et qu'il la dégage note par note, méticuleusement." Au début de l'année 1917, Pablo Picasso et Jean Cocteau rejoignent à Rome - Apollinaire et Satie restent à Paris - la troupe des Ballets russes dirigée par Diaghilev pour les répétitions de Parade, ballet créé au théâtre du Châtelet (Paris) le 18 mai. L'orchestre est dirigé par Ernest Ansermet qui avait fait en 1916, une tournée aux Etats-Unis d'où il avait ramené des disques de jazz qui impressionnèrent Cocteau et dont Satie s'est inspiré pour écrire la musique de Parade. Après le scandale provoqué par le spectacle - et amplifié par Cocteau : "Picasso, Satie et moi ne pouvions rejoindre les coulisses. La foule nous reconnaissait, nous menaçait. Sans Apollinaire, son uniforme, et le bandage qui entourait sa tête, des femmes, armées d'épingles, nous eussent crevé les yeux." -, la critique s'en prend plus à la musique de Satie qu'à l'argument de Cocteau, la chorégraphie de Massine et les décors et costumes de Picasso. Le musicien supporte mal ces attaques. Et lorsqu'il lit dans la presse, sous la plume de Jean Poueigh qui l'avait pourtant félicité : "Les temps que nous vivons ne sont guère propices à de telles bravades", il réplique par une carte postale - avec l'humour qui le caractérise  : "Monsieur et cher ami, vous n'êtes qu'un cul, mais un cul sans musique". Poueigh assigne alors Satie en justice pour injures et diffamation - la carte postale n'ayant pas été mise sous enveloppe et ayant pu être lue par n'importe qui -, et prend pour le défendre l'avocat José Théry, celui-là même qui avait défendu Apollinaire lors de l'affaire des statues volées au Louvre en 1911. Satie est d'abord condamné à huit jours de prison et à mille francs d'amende. Il interjette appel et obtient un sursis.

Le ballet Parade est de nouveau représenté en 1920 avec cette fois beaucoup de succès. Raymond Radiguet écrira dans le journal Le Gaulois daté du 25 décembre 1920 : "Donc Parade n'est plus une œuvre "maudite", et les auteurs eux-mêmes sont tout prêts à trouver des excuses à l'attitude du public du Châtelet : mal averti, il croyait se trouver non pas devant une œuvre ne relevant d'aucune école, mais devant un manifeste cubiste. De plus, croyant le cubisme d'origine allemande, le public trouva tout naturellement indécent que l'on représentât en pleine guerre une œuvre soi-disant "munichoise".

Pourtant, "la partition à quatre mains de Parade est, d'un bout à l'autre, un chef-d'œuvre d'architecture; c'est ce que ne peuvent comprendre les oreilles habituées aux vagues et aux frissons. (...) Le public n'adopte hier que comme une arme pour frapper sur maintenant." (Jean Cocteau)                    

La place Erik Satie à Saint-Cyprien-Plage (Pyrénées-Orientales)

La place Erik Satie à Saint-Cyprien-Plage (Pyrénées-Orientales)

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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 09:12

La rue Damrémont, dans le 18ème arrondissement de Paris, d'abord ouverte entre les rues du Poteau et Marcadet en 1858 a été prolongée jusqu'à la rue Joseph de Maistre une dizaine d'années plus tard. D'une longueur de 1 130 mètres, cette rue qui suit en partie le tracé d'une ancienne voie de Montmartre, porte depuis sa création le nom de Damrémont, général d'Empire né en 1783 à Chaumont (Haute-Marne) et mort en 1837 à Constantine (Algérie). Ses rives sont bordées d'immeubles élevés à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle dont beaucoup sont l'œuvre de l'architecte Armand Gauthier dont une rue porte le nom entre les rues Félix Ziem et Eugène Carrière.

Après Félix Ziem - qui avait son atelier rue Lepic et "c'est de là qu'il peindra Venise et sa lagune, dans les feux du soleil couchant" (1) - et Eugène Carrière - peintre qui a fait le portrait d'Alphonse Daudet et de Verlaine -, il ne manque que Renoir pour nous parler de cette rue Damrémont qui a attiré de nombreux artistes : "Quand les quatre étages de la rue de La Rochefoucauld devinrent trop pénibles pour mon père, dont les jambes s'ankylosaient lentement mais sûrement, nous allâmes habiter 43, rue Caulaincourt. Le nouvel appartement était au premier, mais, la maison étant bâtie à flanc de coteau, le derrière correspondait à un quatrième. Nous dominions les toits de la rue Damrémont et retrouvions presque les horizons familiers du Château des Brouillards." (2) L'appartement de Renoir devait aussi dominer les toits d'une rue toute proche qui porte le nom du peintre Steinlen, né à Lausanne et mort à Paris en 1923, qui a produit, entre 1914 et 1918, dix-sept affiches dénonçant l'insoutenable misère des soldats et des civils.

En direction du cimetière Montmartre, à deux pas des bureaux de Orlando Productions (10 rue Damrémont) qui appartiennent au frère cadet de la chanteuse Dalida, se trouve la rue Tourlaque qui elle aussi a attiré de nombreux peintres dont Joan Miro (natif de Barcelone) qui écrit en 1938 : "Je louai un atelier au 22 de la rue Tourlaque, Villa des Fusains, où ont habité Toulouse-Lautrec et André Derain et où Pierre Bonnard a encore son atelier. A cette époque il y avait là Paul Eluard, Max Ernst, un marchand belge de la rue de Seine, Goemans, René Magritte, Arp." (3) 

Le 13 novembre 1947 est décerné à un écrivain français le prix Nobel de littérature "pour son œuvre de grande envergure artistiquement perfectionnée, dans laquelle les problèmes et la condition de l'homme ont été exposés avec autant de franchise courageuse que de perspicacité psychologique". L'Académie suédoise parle là d'André Gide, heureux récipiendaire du prix, et non de celui qui était pressenti pour son attribution : André Malraux. Une plaque apposée sur la façade du 53 de la rue Damrémont rappelle que "Ici est né le 3 novembre 1901 André Malraux écrivain, ministre d'Etat 1959-1969, fondateur du ministère des Affaires culturelles". Celui qui disait : "Il faut faire de l'érotisme une valeur" (*), est décédé il y a quarante ans, le 23 novembre 1976.     

Laissons le mot de la fin à un autre ministre de la Culture : "Dix ans plus tard, j'ai vécu quelques temps au pied de la butte Montmartre, rue Félix-Ziem. (...) En deuxième lieu, l'emplacement de cette petite rue, entre celles de Lamarck et de Damrémont, m'a amené à explorer nuitamment - dans la journée je travaillais à l'Unesco - la butte Montmartre." (4)  

(1) Paris en cartes postales anciennes (Butte Montmartre) par Georges Renoy (Bibliothèque Européenne - Zaltbommel/Pays-Bas, 1973).

(2) Renoir par Jean Renoir (Hachette, 1962).

(3) Extrait du catalogue de l'exposition "Joan Miro 1917-1934 la naissance du monde" (Centre Pompidou, Paris, 2004).   

(4) Adieu, vive clarté..., Jorge Semprun de l'Académie Goncourt (Editions Gallimard, 1998).

(*) Citation mise en exergue sur la brochure du musée de l'érotisme qui se situait sur le boulevard de Clichy et qui a définitivement fermé ses portes le 6 novembre 2016.     

Immeuble des années 30, rue Damrémont (Paris 18ème).

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