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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 21:53

Au cœur du quartier de la Prade à Saint-Cyprien dans les Pyrénées-Orientales, l'impasse Edgar Degas borde le parc de la Prade, magnifique lieu de promenade avec vue sur les Albères qui propose autour de ses trois lacs artificiels des allées pour les cyclistes et un parcours sportif pour les joggers.

Alors que le nord des Etats-Unis connaît une industrialisation intensive et que les usines de textile se multiplient, un certain Henry Hester propose l'idée de la création d'une bourse du coton (New Orleans Cotton Exchange) dans le premier port exportateur qu'est la Nouvelle-Orléans. Les transactions étaient faites jusqu'à présent par des commissionnaires dans des bars pompeusement appelés "Exchange". Fondée par dix-huit négociants, la nouvelle institution qui prend ses quartiers au coin des rues Carondelet et Gravier - à quelques blocks de Canal street - souhaite réguler un marché du coton désorganisé par la guerre de Sécession et le terrible ouragan de 1867.

A la fin de l'été 1872, René de Gas se rend à Paris pour affaires. Dans le quartier de la Nouvelle Athènes, il retrouve son frère Edgar qui, après s'être inscrit à la faculté de droit a souvent séjourné en Italie pour y étudier la peinture avant de rencontrer Manet et Ingres. Edgar de Gas - qui signera Degas à partir de 1872 - est né à Paris en 1834 d'un père natif de Naples (Italie) et d'une mère, Marie Célestine Musson, native de la Nouvelle-Orléans (Etats-Unis). "... Edgar Degas avait toujours entendu sa mère parler avec émotion et nostalgie de la vie en Louisiane où le frère de celle-ci, Michel, s'était fait une belle situation, d'abord comme maître des postes, puis comme négociant en coton." (1)

Son frère lui parle de sa vie à la Nouvelle-Orléans avec tant d'enthousiasme qu'Edgar décide sur un coup de tête de le raccompagner et de faire dans la cité du Croissant (the Crescent City) un séjour qui durera cinq mois. C'est durant ce séjour qu'il peint Le Bureau de coton à la Nouvelle-Orléans (1873) - première œuvre de Degas acquise par un musée français, en l'occurrence celui de Pau, pour la modique somme de 2000 francs en 1878 -, Portrait d'Estelle (Mme René de Gas) (1872), Madame René de Gas (assise vêtue d'une robe rouge) (1872). Le Bureau de coton à la Nouvelle-Orléans que beaucoup comme Zola jugèrent sans intérêt est un portrait de famille au masculin. Il représente l'intérieur de l'établissement de sa famille louisianaise avec, assis au premier plan, son oncle maternel, Michel Musson, coiffé d'un chapeau haut-de-forme examinant un morceau de coton, et ses deux frères, René, le plus jeune, assis lisant un journal et Achille, le cadet, debout jambes croisées dans l'angle de la pièce. D'autres personnes inspectent du coton étalé sur une longue table tandis qu'à droite, deux hommes consultent des livres de compte et des registres lourdement posés sur un bureau devant lequel se trouve une corbeille à papier.

A son retour en France, il fonde avec Claude Monet, Camille Pissarro, Alfred Sisley, Berthe Morisot et Paul Cézanne, une Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs, graveurs qui tient sa première exposition en avril 1874 dans les ateliers du photographe Félix Nadar au 35 boulevard des Capucines. Degas prévoit d'y exposer dix œuvres mais devant l'échec commercial de l'exposition la Société est dissoute. Mais de cette exposition, on retiendra que Claude Monet y exposant Impression, soleil levant a fait naître le mot "impressionnisme" par la plume sarcastique du critique Louis Leroy dans le journal Le Charivari. Au fil des expositions, les œuvres de Degas atteignent des prix élevés. En 1895, il achète huit toiles de Paul Gauguin mises en vente à Drouot pour permettre au peintre de Pont-Aven de financer son deuxième et dernier voyage à Tahiti. "Pauvre Gauguin ! sur son île là-bas ; il doit penser tout le temps à la rue Lafitte. Je lui avais conseillé d'aller à La Nouvelle-Orléans, mais il trouvait que c'était trop civilisé. Il lui faut des gens avec des fleurs sur la tête et un anneau dans le nez." (2)

On a dit d'Edgar Degas qu'il était misogyne, antidréyfusard. "Peu bavard, assez hautain, quelquefois même ours mal léché, d'après les uns, il passait aux yeux des autres pour un brillant causeur, sachant à l'occasion se souvenir qu'il avait été rapin, lançant des traits d'esprit à la façon " artiste" sans trop mâcher ses mots." (1) Degas était célibataire devant l'éternel mais marieur impénitent. Au marchand d'art Ambroise Vollard il dit : "Vollard, il faut se marier. Vous ne savez pas ce que c'est que la solitude, quand on vieillit.

Vollard - Mais, vous-même, Monsieur Degas, pourquoi ne vous êtes-vous pas marié ?

Degas - Oh ! Moi ! ce n'est pas la même chose. J'avais trop peur, quand j'aurais fait un tableau, d'entendre ma femme me dire : "C'est bien joli ce que tu as fait là." (2) Degas fut l'instigateur du mariage de son élève Ernest Rouart avec Julie Manet (*) et du mariage de Jeannie Gobillard (cousine de la précédente) avec Paul Valéry. Sévère avec ses contemporains, il ne se laissait pas commander. A son ami le peintre Jean-Louis Forain qui venait de se faire installer le téléphone, il dit : "Alors, c'est ça, le téléphone ! On vous sonne et vous y allez ? Eh bien ! moi, on ne me sonne pas !" (2)

Deux ans avant sa mort, alors que le peintre habite au 6 boulevard de Clichy depuis 1912, un jeune cinéaste qui souhaite faire un reportage sur les grands noms de la culture française sonne à sa porte. Degas qui s'apprête à sortir éconduit le jeune homme. Ce dernier qui ne se laisse pas impressionner, suit et filme Degas qui dédaigne la présence de la caméra alors que de nombreux passants se retournent et sourient au cinéaste qui répond au nom de Sacha Guitry.

Edgar Degas meurt le 27 septembre 1917 des suites d'une congestion cérébrale à l'âge de 83 ans.

(1) Fausse-Rivière, Maurice Denuzière (Editions Jean-Claude Lattès, 1979)

(2) Edgar Degas "Je veux regarder par le trou de la serrure" (Editions Mille et une nuits, 2012)

(*) Julie Manet était le fille de Berthe Morisot et de Eugène Manet, frère du peintre Edouard Manet. Orpheline à l'âge de quinze ans, elle aura pour tuteur le poète Stéphane Mallarmé. Un conseil de famille décidera que Julie vivra désormais avec ses cousines Jeannie et Paule Gobillard (filles d'une sœur de Berthe Morisot) également orphelines. En mai 1900, sont célébrés conjointement le mariage de Julie Manet avec Ernest Rouart et celui de Jeannie Gobillard avec Paul Valéry.

La Nouvelle-Orléans en Louisiane (Etats-Unis)

La Nouvelle-Orléans en Louisiane (Etats-Unis)

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 10:43

Dans le quartier du Golf à Saint-Cyprien-Plage dans le département des Pyrénées-Orientales, la rue Claude Debussy se trouve à proximité du Golf international qui, sur un domaine de 200 hectares, propose depuis 1976 deux parcours, un parcours dit Etang Canigou de 18 trous et un autre dit La Forêt de 9 trous. L'Hôtel 4 étoiles du Mas d'Huston que borde le golf est avec ses 46 chambres et ses 2 suites - toutes aménagées par le décorateur Henri Quinta, directeur de "Les Toiles du Soleil" -, l'endroit idéal pour allier détente, plaisir, découverte et sport avec sa piscine, son spa et ses restaurants.

Le 19 février 1922, Federico Garcia Lorca donne au Centre artistique et littéraire de Grenade (Andalousie) une conférence sur le Cante Jondo, chant primitif andalou. Cette conférence prépare le concours que le poète veut organiser pour le mois de juin de la même année avec l'aide du compositeur Manuel de Falla. Après un bref historique de l'exode des gitans depuis l'Inde vers l'Espagne au début du 15ème siècle et l'apport de leur musique désormais connue sous le nom de cante jondo, Garcia Lorca rappelle que de nombreux compositeurs du 19ème siècle se sont inspirés des airs andalous pour écrire des partitions devenues célèbres. Il dit aussi que durant l'Exposition universelle qui s'est tenue à Paris en 1900, il y avait dans le pavillon de l'Espagne un groupe de gitans qui chantaient le cante jondo dans toute sa pureté, ce qui a attiré l'attention de toute la ville et plus particulièrement celle d'un jeune compositeur qui alors était en lutte avec lui-même, "cette lutte terrible que doivent affronter tous les jeunes artistes, la lutte pour la nouveauté, la lutte pour l'imprévu, la plongée dans la mer de la pensée pour trouver l'émotion intacte". Ce jeune artiste à l'écoute de ces chants et qui plus tard s'inspirera de ces anciennes mélodies orientales s'appelait Claude Debussy. "Effectivement, dans beaucoup d'œuvres de ce musicien jaillissent les plus subtiles évocations de l'Espagne et surtout de Grenade, qu'il considérait à juste titre comme un véritable paradis." Pour Garcia Lorca, Debussy arrive au sommet de sa puissance créatrice dans Iberia (1905) "véritable œuvre géniale où flottent comme dans un rêve les parfums et les caractéristiques de l'Andalousie." Garcia Lorca précise que c'est dans les partitions du merveilleux prélude, mouvement de habanera, intitulé La Porte du Vin (1912) - porte construite sous Mohammed V au 14ème siècle encore visible dans l'Alhambra - et la douce Soirée dans Grenade (1903) où selon Garcia Lorca tous les thèmes émotionnels de la nuit grenadine sont réunis. Et le plus surprenant, conclut Lorca, est que Debussy n'était jamais allé à Grenade. "Quand on n'a pas le moyen de se payer des voyages, disait Debussy, il faut suppléer par l'imagination." De ce voyage imaginaire, Debussy écrira aussi une pièce pour deux pianos, Lindajara (1901) du nom du belvédère éponyme à l'ornementation raffinée. Lindajara, devenue habanera sur la partition de Debussy, n'est pas seulement une musique d'atmosphère mais aussi une musique de danse d'un dynamisme marqué.

Après le décès de Debussy, survenu en mars 1918, sera composée Le Tombeau de Claude Debussy, œuvre collective constituée de dix pièces dont six pour piano seul et une pour guitare composée par Manuel de Falla. La couverture de la partition fut réalisée par le peintre Raoul Dufy.

L'Alhambra de Grenade depuis le mirador de San Cristobal

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 08:04

L'école de musique municipale de Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales) présentera le mercredi 6 avril 2016 à 18h30 son concert de printemps dans le bâtiment des Collections François Desnoyer. (entrée libre) Au programme : Albéniz, Chopin, Debussy, Granados, Satie.

C'est aux courses de la Brenne que Solange Sand fait, en 1846, la connaissance de Ferdinand de Préaulx avec qui elle se fiance. La fille de George Sand a alors dix-huit ans. L'année suivante, le sculpteur Auguste Clésinger propose à la bonne dame de Nohant ainsi qu'à Solange de faire leur buste. C'est au cours des séances de pose qu'il convainc Solange de rompre ses fiançailles avec de Préaulx pour l'épouser. Clésinger, qui a trente-trois ans, est d'un caractère fougueux et brutal ; il ne fait que mettre la zizanie dans la famille Sand. George se fâche avec sa fille et avec Frédéric Chopin avec qui elle vit depuis neuf ans.

Au printemps 1838, George Sand est à Paris après une année passée dans sa maison de Nohant dans l'Indre avec ses deux enfants Maurice, né en 1823, et Solange, née en 1828. Elle loge chez son ami le consul Marliani dont l'épouse Charlotte tient salon rue de la Grange Batelière. Franz Liszt qui fréquente ce salon, présente Chopin à George Sand. La romancière tombe sous le charme alors que le compositeur polonais se serait écrié : "Quelle femme antipathique que cette Sand ! Est-ce vraiment une femme ? Je suis prêt à en douter !" (*) George Sand écrit à son ami le peintre Eugène Delacroix : "Pour vous décider à venir ce soir, je vous dirai que Chopin nous joue du piano en petit comité, les coudes sur le piano, et c'est alors qu'il est vraiment sublime."

Mais George n'est pas libre. Elle a fait venir à Nohant l'auteur dramatique Félicien Mallefille en tant que précepteur de son fils et elle en est vite tombée en amour. Voyant qu'entre Sand et Chopin c'est du sérieux (mais pourquoi l'être puisqu'aujourd'hui c'est le 1er avril !), Mallefille veut provoquer Chopin en duel et menace de tuer George. L'heure de la fuite s'impose. Sur les conseils de Marliani, les deux amants partent pour les Baléares en novembre 1838. George quitte Nohant pour Perpignan avec ses enfants et sa femme de chambre et Chopin les rejoint depuis Paris après quatre jours de voyage. Ils quittent Perpignan après une nuit dans la demeure de M. Carcassonne (rue des Abreuvoirs) et gagnent le port de Port-Vendres via Saint-Cyprien bien sûr puis embarquent sur le Phénicien direction Barcelone. Dans la capitale catalane, ils restent huit jours à l'hôtel des Quatre Nations. De Palma de Majorque, Chopin écrit à son ami Camille Pleyel : "Je suis arrivé à Palma, pays délicieux - printemps perpétuel - oliviers, orangers, palmiers, citronniers, etc, etc." C'est en février 1839 que la famille Piffoël (surnom que la famille Sand s'est donné en raison de la taille de leur nez) et Chopin rentrent en France car le climat humide et malsain de l'île n'arrange pas la santé du compositeur. De Barcelone, ils se rendent à Marseille. Au cours de leur séjour dans la cité phocéenne, ils apprennent que leur ami le chanteur Adolphe Nourrit s'est suicidé à Naples. Son épouse accompagne la dépouille mortelle jusqu'à Paris via Marseille où, en l'église Notre-Dame du Mont, Chopin joue de l'orgue au cours d'un service funèbre. Sand et Chopin passent ensuite une quinzaine de jours à Gênes. Enfin, c'est le retour à Nohant. Chopin y passe son premier été. A Paris, il habite rue Tronchet. Mais l'appartement est froid et humide ; aussi décide-t-il de s'installer square d'Orléans (actuel 9ème arrondissement) où résident de nombreux artistes.

Entre Chopin et Sand, il y a de l'eau dans le gaz. Ils décident de passer l'hiver 1847-1848 séparément : Chopin à Paris, Sand à Nohant. Durant l'été 1848, c'est la rupture. Chopin ne retournera plus à Nohant. Pars, va, ne te retourne pas... comme l'ont chanté Aznavour et Higelin. Après une tournée triomphale en Angleterre, Chopin s'éteint en octobre 1849 à l'âge de trente-neuf ans dans son appartement de la place Vendôme à Paris.

Il n'y a pas de rue Frédéric Chopin à Saint-Cyprien mais ça ne nous empêche pas d'en parler.

(*) Citation lue dans Histoire de la Musique par Emile Vuillermoz (Brouty, Fayard et Cie, 1949)

Palma de Mallorca

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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 16:27

Nohant-Perpignan-Port-Vendres-Barcelone, tel fut l'itinéraire de George Sand avant d'arriver aux îles Baléares où elle passa avec son fils Maurice, sa fille Solange et le compositeur Frédéric Chopin, un hiver à Majorque entre novembre 1838 et février 1839.

En février 1838, George Sand reçoit dans sa maison de Nohant (Indre) son ami l'écrivain Honoré de Balzac. Ce dernier revient d'un voyage en Italie où il est passé par Venise : "C'est sous une pluie lugubre qu'il y descendit à l'Albergo Reale (de nos jours hôtel Danieli) dont les appartements, somptueusement meublés, étaient même munis de pianos. Il y occupa (sans le savoir) l'appartement qui avait été, en 1834, celui de George Sand et de Musset." (*) Durant ce séjour dans le Boischaut entre La Châtre et Aigurande, il imagine la trame d'une nouvelle œuvre, Béatrix, en écoutant George Sand lui conter la relation entre la comtesse d'Agoult qui a quitté son mari et sa fille pour Franz Liszt. Par son attitude libre, Marie d'Agoult suscite chez George Sand une grande admiration, et celle-ci décide de rejoindre en Suisse les jeunes amants qui se sont réfugiés à Genève (été 1836). Balzac écrit à Mme Hanska : "Elle est à Nohant depuis un an, fort triste et travaillant énormément. Elle mène à peu près ma vie. Elle se couche à six heures du matin et se lève à midi ; moi, je me couche à six heures du soir et me lève à minuit. Mais, naturellement, je me suis conformé à ses habitudes et nous avons, pendant trois jours, bavardé depuis cinq heures du soir, après le dîner, jusqu'à cinq heures du matin, de sorte que je l'ai plus connue, et réciproquement, pendant ces trois causeries que pendant les quatre années précédentes, où elle venait chez moi quand elle aimait Jules Sandeau, et que quand elle a été liée avec Musset." (*)

En avril 1838, George Sand est reçue à Paris chez le Consul Marliani et son épouse Charlotte qui tient un salon rue de la Grange Batelière. Chopin, qui se rend régulièrement dans ce salon, y croise la Bonne Dame de Nohant. George Sand a alors une relation avec le jeune auteur dramatique Félicien Mallefille qu'elle a installé à Nohant en tant que précepteur de son fils Maurice âgé de quinze ans et avec qui elle écrit la Dernière Aldini. Mais ceci ne l'empêche pas de penser à Chopin. George Sand écrit à Delacroix : "Pour vous décider à venir ce soir, je vous dirai que Chopin nous joue du piano en petit comité, les coudes sur le piano, et c'est alors qu'il est vraiment sublime." Leur liaison commence au début de l'été. Le peintre Eugène Delacroix immortalise dans son atelier de la rue des Marais Saint-Germain (actuelle rue Visconti, Paris 6ème) le couple nouvellement formé, Chopin au piano, George Sand derrière lui, une toile qui par la suite sera coupée en deux par les héritiers du peintre. Mais la relation Chopin-Sand fait scandale à Paris. Afin d'apaiser les tensions et les ragots, le couple décide de passer quelques mois à Majorque sur les conseils de Marliani. Chopin part de Paris, George Sand de Nohant qui écrit à la comtesse Marliani : "Chopin est arrivé hier soir à Perpignan frais comme une rose et rose comme un navet ; bien portant d'ailleurs, ayant supporté héroïquement ses quatre nuits de malle-poste." Après avoir passé une nuit chez M. Carcassonne rue des Abreuvoirs à Perpignan, George Sand, Chopin, Maurice, Solange et Melle Amélie, femme de chambre de George Sand, s'embarquent à Port-Vendres pour Barcelone à bord du Phénicien. Dans la capitale catalane, ils descendent à l'hôtel des Quatre nations sur les Ramblas où ils passent huit jours avant de partir pour Palma et avant de s'installer à Valldemosa pour y passer un hiver que George Sand racontera dans Un hiver à Majorque en 1842.

L'école de musique municipale de Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales) présentera le mercredi 6 avril 2016 à 18h30 Concert de printemps à la Collection François Desnoyer. Au programme, Albeniz, Chopin, Debussy, Granados et Satie. Entrée libre.

(*) Prométhée ou la vie de Balzac par André Maurois de l'Académie française (Hachette, 1965)

Façade de l'hôtel des Quatre nations (Barcelone) où George Sand et Chopin séjournèrent en novembre 1838.

Façade de l'hôtel des Quatre nations (Barcelone) où George Sand et Chopin séjournèrent en novembre 1838.

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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 07:49

Dans le quartier de la Prade, la rue François Arago (Saint-Cyprien, Pyrénées-Orientales) borde, du parc de la Prade au stade Gaston Godail, un lotissement dont les voies portent des noms de peintres (Picasso, Matisse, Miro, Braque,...) et un centre scolaire et de loisirs avec la médiathèque Prosper Mérimée, inaugurée le 1er novembre 2003 en présence du maire de l'époque, Jacques Bouille, et du ministre délégué aux Libertés locales Patrick Devedjian. Décoré de tapisseries signées par Jean Lurçat, Jean Picart Ledoux, André Derain, ce lieu culturel propose au public du mardi au samedi, le prêt de livres, journaux, magazines, Cd et Dvd.

François Arago voit le jour à Estagel (Pyrénées-Orientales) en 1786. Encore élève à l'Ecole polytechnique, il est nommé secrétaire du Bureau des longitudes de l'Observatoire de Paris. Avec Jean-Baptiste Biot, il propose de poursuivre jusqu'aux Baléares la mesure de la méridienne passant par Paris. Tous deux reprennent alors le travail commencé par Pierre Méchain décédé à Valence (Espagne) de la fièvre jaune en 1804. George Sand, qui a passé l'hiver 1838-1839 à Majorque, conte la mésaventure qui est arrivée à Arago au cours de son séjour : "Chargé par Napoléon de la mesure du méridien, M. Arago était, en 1808, à Majorque, sur la montagne appelée le Clot de Galatzo, lorsqu'il reçut la nouvelles des événements de Madrid et de l'enlèvement de Ferdinand. L'exaspération des habitants de Majorque fut telle alors qu'ils s'en prirent au savant français, et se dirigèrent en foule vers le Clot de Galatzo pour le tuer." (1)

Napoléon Ier qui a imposé à l'Europe un blocus continental afin de mettre l'Angleterre à genou sait que le Portugal continue de commercer avec la perfide Albion. Il lui faut donc occuper ce pays afin de faire cesser tout échange de marchandises entre Lisbonne et Londres. "Cependant, pour atteindre la frontière portugaise, les troupes françaises devront traverser plusieurs provinces espagnoles. (...) Non point parce que Charles IV veut s'opposer au passage des troupes françaises d'invasion - la platitude de ce roi Bourbon devant Napoléon finit par écœurer - mais, bien au contraire parce que, convoitant une part du gâteau portugais, le roi d'Espagne en signant - ce même 27 octobre 1807 - avec l'Empereur un traité de partage devient son allié. Aussi, tout naturellement, lorsque se déclenchera à Madrid un conflit familial, qui dégénérera vite en conflit national, le descendant de Louis XIV appellera-t-il Napoléon au secours." (2) Le règne de Charles IV, roi naïf et débonnaire, fut rempli d'intrigues politiques attisées par son épouse Marie-Louise de Parme et par son premier ministre Manuel Godoy et dut affronter les conspirations de son fils, le futur Ferdinand VII qui montera sur le trône après le départ en 1813 de Joseph Ier, frère aîné de Napoléon Bonaparte. Ferdinand avait eu pour précepteur le chanoine Escoiquiz qui n'avait eu de cesse de lui inculquer la haine de ses parents l'amenant à conspirer contre eux en 1807 en devenant l'année suivante la pièce maîtresse de la mutinerie d'Aranjuez qui mit fin au règne de son père.

La nouvelle de la sanglante insurrection madrilène du 2 mai 1808 à Madrid fait que "M. Arago quitta aussitôt sa montagne et se rendit à Palma. (...) En arrivant à Palma, il se rendit sur son brick ; mais le capitaine don Manoel de Vacaro, qui jusque-là avait toujours déféré à ses ordres, refusa formellement de la conduire à Barcelone, et ne lui offrit à son bord pour tout refuge qu'une caisse dans laquelle, vérification faite, M. Arago ne pouvait tenir." (1) Détenu dans une prison de Palma pendant deux mois, Arago s'en échappa et gagna Alger sur une barque de pêcheur.

En 1824, il est président de l'Académie des Sciences. Sa carrière politique commence avec la Révolution de juillet 1830. D'abord partisan du roi Louis-Philippe, il prend à partir de 1832 la tête de l'opposition républicaine. Il est député des Pyrénées-Orientales de 1831 à 1848 puis de 1849 à 1851.

En 1837, est mise en service en France la première ligne de chemin de fer entre Paris et Le Pecq. Dans un rapport, Arago montre son enthousiasme pour ce nouveau moyen de locomotion. Il parle des vitesses réalisées par des trains en Angleterre - où les 100 km/heures ont été atteints - et imagine la France à l'ère du Tgv : "Les résultats... ont déjà été si étonnants que l'on pouvait... parler de l'époque où les riches oisifs partiront le matin à 6 heures pour aller voir appareiller notre escadre à Toulon, déjeuneront à Marseille, visiteront les établissements thermaux des Pyrénées, dîneront à Bordeaux et, avant que les 24 heures soient révolues, reviendront à Paris pour ne pas manquer le bal de l'Opéra." (3) Même si Arago se montra dubitatif quant aux risques que pourraient causer sous les tunnels la fumée des machines et pour les bronches des voyageurs le passage subit du chaud au froid entre l'extérieur et l'intérieur des tunnels, "le chroniqueur du Siècle note, non sans quelque malice, que l'adversaire convaincu des tunnels tint, pendant tout le voyage, des propos extrêmement favorables. La distance fut couverte en vingt-cinq minutes, ce qui, pour un trajet de quatre lieues, parut fort remarquable." (3)

Début janvier 1839, un article de La Gazette de France annonce la découverte de la photographie par Daguerre. Quelques jours plus tard, Arago prononce un discours sur cette invention devant l'Académie des Sciences. L'idée d'Arago est de prendre de court William Henry Fox Talbot que les Britanniques voient comme l'inventeur de la photographie et faire de Daguerre le véritable inventeur de ce procédé. Pour cela, Daguerre et le fils de son associé Nicéphore Niepce sont parés par décision académique des vertus de leur invention et une rente leur est attribuée.

Le premier numéro de la Revue du progrès qu'il a fondée avec Louis Blanc est un plaidoyer en faveur de la machine. Il se fait ministre du Travail avant la lettre (ce ministère ne sera créé qu'en 1906). A cette époque, le mécontentement des ouvriers est grand et la stagnation de l'économie est la cause de nombreuses faillites et d'un fort taux de chômage. Selon Arago, la machine n'est pas fautive. Même si elle entraîne un chômage temporaire, la diminution du prix des marchandises provoque une consommation et un confort accrus. La machine ne se contente pas de se substituer au travail humain, elle permet de fabriquer des produits plus parfaits. Dans un discours qu'il prononce en 1840 à l'Assemblée sur la réforme électorale et l'organisation du travail, il se définit comme un ami du progrès.

Après le départ de Louis-Philippe, il devient ministre de la Marine puis de la Guerre et signe le décret abolissant l'esclavage dans les colonies.

Il décède en 1853. Son fils Emmanuel sera entre 1876 et 1896 sénateur des Pyrénées-Orientales.

En 1994, la ville de Paris a souhaité célébrer la mémoire de François Arago en confiant à Jan Dibbets le soin de créer une œuvre qui jalonnerait cette ligne imaginaire qu'est le méridien de Paris (supplanté par celui de Greenwich en 1911). L'artiste néerlandais a imaginé de sceller dans la pierre et le macadam 135 médaillons de bronze de la Mire du Nord (Montmartre) à celle du Sud (parc Montsouris) via la Comédie Française, l'Institut de France, le jardin du Luxembourg et l'Observatoire de Paris créé par Louis XIV et dont Arago a rendu la place qu'il avait perdue sur le plan international depuis la Révolution.

(1) Un hiver à Majorque par George Sand (1841)

(2) Napoléon par André Castelot (Librairie Académique Perrin, 1968)

(3) Le train dans la littérature française par Marc Baroli (Editions N.M., 1969)

Majorque : François Arago y mesura la méridienne passant par Paris.

Majorque : François Arago y mesura la méridienne passant par Paris.

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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 16:45

Pour le plus grand plaisir des vacanciers, la station balnéaire de Saint-Cyprien dans le département des Pyrénées-Orientales propose de nombreux loisirs nautiques et de plein air : équitation, ski nautique, pêche en mer, musculation, activités que n'aurait pas désavouées Paul Morand. Dans un quartier pavillonnaire côté village, la rue Paul Morand est bordée par le canal d'Elne qui se jette dans le port de Saint-Cyprien au quai Rimbaud.

Issu d'une famille de gens du spectacle - "Mon père dessinait les costumes et les décors de ses pièces ; il a même peint, pour la Comédie-Française, un rideau de scène médiéval, à la Burne Jones" (1) -, Paul Morand, né en 1888, a connu dans son enfance et son adolescence, celles et ceux que ses parents invitaient chez eux, dans leur appartement de la rue de l'Université (Paris) : Sarah Bernhardt (pour qui son père aidé de Marcel Schwob a traduit Hamlet), Lucien Guitry, Auguste Rodin (qui ne venait qu'au déjeuner). Alors qu'il n'a que dix-huit ans, il écrit une nouvelle La mort de l'amour, œuvre d'anticipation (l'action se déroule à la fin du 3ème millénaire) où les humains, tous semblables et asexués, ne connaissent ni désir, ni passion, ni sentiment. En 1902, il découvre Londres qui était alors selon ses propres mots la Venise de l'univers. Il y retournera souvent, lui qui aimait tant cette ville. Son essai intitulé Londres paraitra en 1933. En 1908, c'est Venise, l'année même où s'y rendent aussi Jean Cocteau et Claude Monet. "Les maisons de Venise sont des immeubles, avec des nostalgies de bateau : d'où leurs rez-de-chaussée souvent inondés. Elles satisfont le goût du domicile fixe et du nomadisme." (1)

1910-1911 : Service militaire.

En 1914, il est attaché d'ambassade à Londres auprès de Paul Cambon.

"1919. Après deux années passées à Rome et à Madrid, je revenais à Paris avec des poèmes, ceux d'un jeune impatient..." (1) En Espagne, il rencontre Serge Diaghilev réfugié au-delà des Pyrénées avec sa troupe. Ne pouvant se produire dans les pays en guerre, les Ballets russes, après un séjour de six mois en Suisse et une première tournée aux Etats-Unis d'Amérique, se produisent, avec l'autorisation du roi Alphonse XIII, à Madrid, Barcelone, San Sébastian.

Dans les années 20, Paul Morand fréquente le salon littéraire de Natalie Clifford Barney (20 rue Jacob, Paris) qui reçoit chaque vendredi des habitués, Paul Valéry, Rilke, Ezra Pound, Louis Aragon. Américaine la plus célèbre de Paris, native de l'Ohio, elle voulut aider financièrement Valéry, T.S. Eliot, Aragon et tenta d'exercer sans succès un mécénat organisé pour sauvegarder leur liberté de création. C'est l'époque où André Breton qui avait apprécié la nouvelle Clarisse ou l'Amitié parue dans le Mercure de France en mai 1917, lui ouvre sa revue "Littérature" pour qu'il puisse y publier trois poèmes (Lampes à arc) entre mai 1919 et janvier 1920. Louis Aragon éreinte d'emblée ces poèmes dans la dite revue et dit son peu de goût pour Fermé la nuit (nouvelles parues en 1922) et Breton dénonce l'année suivante l'œuvre de Morand qu'il qualifie de plaie. Ces critiques n'empêchent pas Morand d'accorder une interview à Aragon pour Paris-Journal en mars 1923. Les deux hommes se croisaient souvent au Bœuf sur le toit, bar très couru de la rue Boissy-d'Anglas, baptisé ainsi d'après le nom d'un spectacle musical éponyme sur un livret de Jean Cocteau et une musique de Darius Milhaud dont la première eut lieu au théâtre des Champs-Elysées en février 1920. En 1921, Paul Morand publie Tendres Stocks, nouvelles préfacées par Marcel Proust.

En 1927, il épouse Hélène Soutzo et s'installe dans l'hôtel particulier que celle-ci avait fait construire en 1905 au 5 de l'avenue Charles-Floquet à deux pas du Champ-de-Mars. Il est à noter que Charles Floquet fut député des Pyrénées-Orientales de 1882 à 1889 et deux fois président de la Chambres des députés (1885-1888 et 1889-1893).

Il présente deux fois, sans succès, sa candidature à l'Académie française : une première fois en 1936 au fauteuil de Jules Cambon, une deuxième fois en 1958. "Le général de Gaulle, protecteur de la compagnie, ne pardonne pas au grand écrivain son grand pétainisme : en poste à Londres en 1940, l'imprudent refusa de soutenir le jeune général, il rentra à Paris avec toute la mission du blocus qu'il présidait, à l'exception de la traductrice, Mlle de Miribel, qui préféra rester à Londres." (2) En 1968, il est élu au fauteuil de l'avocat Maurice Garçon.

Il eut une longue correspondance avec Jacques Chardonne et avec Roger Nimier (de trente-sept ans son cadet) à partir de 1950 année où ce dernier publiait son roman Le Hussard bleu. Amateur comme Morand d'automobiles luxueuses et rapides, il fut conseiller littéraire chez Gallimard, auteur du scénario du film de Louis Malle Ascenseur pour l'échafaud, avant de se tuer en voiture sur l'autoroute de l'Ouest en septembre 1962.

Paul Morand décède le 23 juillet 1976 en pleine canicule après avoir effectué un dernier voyage en Bretagne.

(1) Venises par Paul Morand de l'Académie française (Gallimard, 1971)

(2) Le premier janvier 1960 par Arthur Conte (Plon, 1978)

Sources :

Aragon de Dada au Surréalisme - Papiers inédits 1917-1931 (Gallimard, 2000)

Paul Morand, un évadé permanent par Gabriel Jardin (Grasset, 2006) : Gabriel Jardin, filleul de Paul Morand, est le fils du diplomate Jean Jardin (ami de Paul Morand), le frère de l'écrivain Pascal Jardin (décédé en 1980) et l'oncle de l'écrivain Alexandre Jardin.

Londres, ville où Paul Morand fut attaché d'ambassade dès 1912.

Londres, ville où Paul Morand fut attaché d'ambassade dès 1912.

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7 mars 2016 1 07 /03 /mars /2016 17:29

Le boulevard Maillol à Saint-Cyprien-Plage (Pyrénées-Orientales) va du Canigou à la mer. Il a été tracé lors de l'aménagement de la station balnéaire dans le cadre de la Mission Racine dans les années 1960. Jean Olibo, maire de Saint-Cyprien de 1956 à 1989, fera, quelques années après le décès du sculpteur catalan, installer une belle Baigneuse drapée sur l'esplanade qui termine le boulevard face au Canigou.

En novembre 1942, le débarquement des Alliés en Afrique du Nord provoque l'invasion de la zone libre par la Wehrmacht. Un débarquement sur les côtes françaises de la Méditerranée n'étant pas à exclure, le département des Pyrénées-Orientales voit se dresser face à la mer un Südwall, pendant du Mur de l'Atlantique. Les habitants des villages côtiers voient alors leur vie quotidienne devenir de plus en plus difficile. Le ravitaillement est mince, les jardins ne fournissent pas assez pour nourrir la population et la production viticole atteint à peine la moitié de ce qu'elle était avant la guerre. La population de Saint-Cyprien est dispersée et affamée. On ne compte plus que 200 âmes en août 1944 au lieu des 1 170 qui peuplaient le village en 1939.

Le 6 juin 1944, les troupes anglo-américaines secondées par des Français Libres sur la plage de Sword débarquent en Normandie. La libération du territoire est en marche. Dans les Pyrénées-Orientales, l'occupant rivalise de férocité contre les Résistants. La ville de Perpignan est libérée le 19 août ; Saint-Cyprien le lendemain. Paris le sera 5 jours plus tard. Le retour des habitants évacués se fait progressivement. Commence alors un long travail de déminage des champs pour permettre la reprise d'une activité agricole normale. En décembre 1944, on étudie un plan pour la reconstruction des maisons détruites. C'est à cette époque que le sculpteur Aristide Maillol décède des suites d'un accident de voiture.

Maillol sculpteur ? Pas seulement. Il a 13 ans quand il peint son premier tableau, une marine qui représente le port de Banyuls, son lieu de naissance. Entre 1885 et 1893, il est élève aux Beaux-Arts dans l'atelier d'Alexandre Cabanel puis dans celui de Jean-Paul Laurens. Il se lie d'amitié avec Bourdelle et Georges-Daniel de Monfreid. Ce dernier présente Maillol à Gauguin. "Avec eux, Maillol expose une tapisserie qu'on ne saurait trop louer", écrit Gauguin à propos de l'exposition de la Libre Esthétique qui se tient à Bruxelles (Belgique) en 1894. Dina Vierny dira à ce propos : "Maillol est le premier artiste depuis la Révolution française à faire des tapisseries qui sont des tableaux en tant que tels, excluant tout à la fois la perspective et l'allégorie. Maillol est l'ancêtre de la tapisserie moderne. Avec les plantes de la montagne, il préparait lui-même ses teintures. Il était contre tout ce qui était chimique, artificiel." Ce n'est qu'en 1895 qu'il se tourne vers la sculpture. Ses premières œuvres sont immédiatement remarquées et en 1902, le marchand d'art Ambroise Vollard organise une exposition dans sa galerie de la rue Lafitte à Paris. L'année suivante, Maillol fait la connaissance de son futur mécène, le comte Harry Kessler. Pour l'amateur d'art qui fit connaitre les impressionnistes en Allemagne, il réalise le Désir (1904), le Cycliste (1907), deux rares représentations de nus masculins dans l'œuvre du Banyulenc. En 1905, au Salon d'automne où les Fauves font scandale, la Méditerranée de Maillol est encensée par André Gide.

"Plus Bourdelle veut être romain, plus Maillol est grec", a écrit Arthur Conte. Après Londres en 1904, Maillol part avec le comte Kessler pour la Grèce en avril 1908 via Naples, Pompei, Taormina. Puis c'est l'arrivée au Pirée que Maillol compare à Banyuls et Port-Vendres. Acropole, Olympie, Delphes... "Je crois toujours que je suis un Grec, écrira Maillol. On a trouvé tout près de chez nous les ruines d'une grande ville grecque, Emporion." Le mot "Agalma" signifiait dans la Grèce antique "statue" mais aussi "joie", "splendeur" et "glorification des dieux".

En 1913 a lieu la première exposition d'œuvres de Maillol hors de France (Rotterdam). Après la Première Guerre mondiale, il reçoit de villes des Pyrénées-Orientales des commandes pour des monuments aux morts dont Port-Vendres (1923) et Banyuls (1930-32). En 1925, sa première exposition aux Etats-Unis a lieu à Buffalo. En 1930, il se rend en Allemagne avec le comte Kessler. Ce dernier se réfugie en France après l'arrivée des nazis au pouvoir. Il meurt à Marseille à 1937. En 1942, Maillol, réfugié à Banyuls depuis le début de la guerre, qui espère revoir les statues qu'il a laissées dans sa maison de Marly, accepte l'invitation à Paris du sculpteur allemand Arno Breker (que Maillol connait depuis 1928) pour l'inauguration d'une rétrospective des ses œuvres à l'Orangerie. L'année suivante, prévenu par Maillol de l'arrestation de Dina Vierny pour fait de Résistance, Beker fait libérer le modèle du sculpteur de la prison de Fresnes. Il n'en faut pas plus pour que Maillol soit considéré comme un collaborateur. Je laisse le mot de la fin à mon ami Eric Forcada, commissaire de nombreuses expositions aussi bien à Perpignan qu'à Saint-Cyprien, qui écrivait pour le catalogue de l'exposition "Perpignan au cœur du XXe" : "Ce déplacement de Maillol à l'invitation de l'occupant vaudra à l'artiste d'affronter la vindicte populaire durant l'épuration. Le sculpteur étant à la fois intouchable et trop âgé, c'est son fils, Lucien, qui sera détenu en représailles à la Citadelle au cours de l'été 1944. Maillol se déplace alors de Banyuls à Perpignan pour rendre visite à son fils mais les autorités lui interdisent de le voir. Dépité, Maillol déambule dans Perpignan où il rencontre le Dr Nicolau qui lui propose de le conduire chez Dufy à Vernet-les-Bains. Juste avant d'arriver à Prades, le véhicule d'emprunt dérape et s'écrase contre un platane. Maillol, grièvement blessé, décède le 27 septembre 1944."

Sources :

Saint-Cyprien de 1939 à 1945 de Pierre Cros (Trabucaire, 2001)

l'ABCdaire de Maillol (Flammarion, 1996)

Le premier janvier 1920 d'Arthur Conte (Plon, 1976)

Catalogue de l'exposition 1894-1908, le Roussillon à l'origine de l'art moderne (Perpignan 1998)

Catalogue de l'exposition Perpignan au cœur du XXe (Perpignan 2007)

Catalogue de l'exposition Gauguin, les XX et la Libre Esthétique (Liège, Belgique 1994-95)

Monument aux morts de Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales) par Aristide Maillol (détail)

Monument aux morts de Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales) par Aristide Maillol (détail)

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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 18:19

Amélie-les-Bains est une station thermale du Vallespir dans le département des Pyrénées-Orientales, entre Céret et Arles-sur-Tech sur la route Prats-de-Mollo et du col d'Ares. A une altitude de 230 mètres, la ville compte environ 3 700 habitants. Spécialisée dans le traitement de la rhumatologie et des voies respiratoires, la station d'Amélie-les-Bains fait partie du groupe de la Chaîne Thermale du Soleil depuis 1977. Ses eaux sulfurées, sodiques et chlorurées sont riches en silice. Elles jaillissent à la source entre 44° et 62°.

Si les thermes datent de l'époque romaine, la ville se développe au 19ème siècle avec la rénovation des installations thermales, la construction de villas, d'hôtels et de l'église Saint-Quentin dont la première pierre est posée en 1868. Il faut alors offrir aux curistes des installations modernes et leur proposer des distractions. C'est l'époque où les curistes fréquentent la station autant pour se divertir que pour se soigner. Dans les années 1840, le docteur Pujade, ancien médecin des armées impériales, introduit des innovations dans l'établissement qu'il ouvre à Amélie avec cinquante-quatre types de douches et des salles d'inhalation et est le premier à accueillir les malades pendant la saison d'hiver. Des personnalités célèbres se rendent à Amélie pour se soigner. Parmi elles, on peut citer François Arago et le général de Castellane. Ce dernier dirige depuis 1833 la 21ème division militaire de Perpignan. C'est en inspectant ses troupes à la frontière qu'il découvre le site de la station alors appelée les Bains d'Arles. Quelques années plus tard, ils va au chevet des militaires blessés lors de combats outre-mer qui se plaignent de leurs conditions d'hébergement dans un établissement vétuste. Le général a alors l'idée de faire construire un nouvel hôpital et pour obtenir des crédits de demander au roi Louis-Philippe la permission de baptiser la station du prénom de son épouse Amélie. En 1840, la commune des Bains d'Arles devient Amélie-les-Bains. L'hôpital militaire thermal d'une capacité de 500 lits (en ce moment en travaux de rénovation) sort de terre.

Après la Première Guerre mondiale, le Docteur Joseph Bouix est élu maire de la ville. Il le restera jusqu'en 1941 avant de mourir en déportation en mai 1945. Durant l'hiver 1923-1924, Charles Rennie Mackintosh et son épouse Margaret séjournent à l'hôtel Central. Architecte réputé né à Glasgow en 1868, Mackintosh peint au cours de ce séjour les paysages environnants pendant que Margaret suit un traitement contre l'asthme aux thermes d'Amélie. Il se rend souvent à Palalda, petit village médiéval groupé autour de son église consacrée en 993 qui a reçu la visite de Charles Quint en 1533. Les aquarelles de Mackintosh, exposées à la Scottish National Gallery of Modern Art de Glasgow, montrent un village qui n'a pas beaucoup changé depuis. Le bourg de Palalda est rattaché à la commune d'Amélie en 1942. Dans les années cinquante, Paul Alduy devient maire d'Amélie-les-Bains-Palalda (avant d'être élu à Perpignan) auquel lui succède son épouse Jacqueline, maire de 1959 à 2001.

Le poète et homme de lettres polonais Jan Brzekowski a été directeur des thermes d'Amélie-les-Bains. Né à Wisnicz en 1903, ce pharmacien et philosophe de formation s'installe à Paris en 1928 afin de s'imprégner de la vie artistique de la capitale française. Il y rencontre les écrivains Paul Dermée et Michel Seuphor ainsi que les peintres Hans Arp, Max Ernst et Fernand Léger. Il publie Le Pouls (1925), Sur la Cathode (1929), A la deuxième personne (1933), Serré autour de la bouche (1936), Feuille poétique (1938). Ernst et Léger illustrent certains de ses volumes poétiques. Il travaille à la Bibliothèque Polonaise de Paris au cours des années 1932-1933. Il publie une revue bilingue l'Art contemporain qui a son double siège à Paris et à Cracovie. Durant la Deuxième Guerre mondiale, il fait partie d'un réseau de Résistance. Après la guerre, il poursuit son activité poétique et collabore à des revues publiées en Pologne, en Grande-Bretagne et en France. Il décède à Paris en 1983 et est inhumé à Amélie-les-Bains.

En 1962, le village de Montalba, dont l'origine remonte au 12ème siècle, fusionne avec la commune d'Amélie. Le démographe et économiste Alfred Sauvy (1898-1990) y avait sa maison.

Pour les curistes et les touristes de passage, de nombreuses randonnées sont proposées dans les environs d'Amélie-les-Bains : les gorges du Mondony, Montbolo et les mines de fer de Formentère, ainsi que des visites de villes environnantes comme Céret et son musée d'Art moderne, Arles-sur-Tech et son abbaye, Prats-de-Mollo et son fort Lagarde.

Amélie-les-Bains-Palalda

Amélie-les-Bains-Palalda

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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 09:59

Le lundi 15 février 2016 à partir de 18 heures 30 eut lieu, dans la Salle des Actes de l'ancienne université (rue du Musée, Perpignan), une réunion publique sur le thème "Université en cœur de ville". Présidée par le maire de Perpignan, Jean-Marc Pujol, cette réunion avait pour but d'informer les Perpignanais sur le projet de construction et d'aménagement du nouveau pôle universitaire - en travaux depuis quelques semaines - qui sera inauguré l'année prochaine.

1) Trois sites pour un pôle universitaire :

L'accueil d'une partie de la faculté de droit en centre-ville s'inscrit dans le cadre de la politique de la rénovation urbaine menée par la municipalité de Perpignan qui s'étend du Conservatoire à la place Cassanyes sur une durée de dix ans. Fondée en 1350 et installée en 1763 dans le bâtiment devenu plus tard musée Rigaud et Archives communales, l'université de Perpignan disparaît en 1793. Il faudra attendre 1957 pour que l'enseignement supérieur retrouve sa place à Perpignan. Le nouveau pôle en cœur de ville accueillera 540 étudiants dès la rentrée de septembre 2017 ainsi que les enseignants et employés administratifs dans les trois sites suivants :

- L'ancienne université (où une quarantaine d'étudiants suivent déjà des cours depuis septembre 2014) sera le siège de la présidence et du secrétariat ; la rotonde à l'arrière du bâtiment accueillera des événements prestigieux. Surface de ce site : 900 m2.

- Un bâtiment (choisi sur concours) de deux étages sera construit sur l'îlot Font Nova. Il accueillera au rez-de-chaussée un espace vie, au premier étage un auditorium et au deuxième étage des salles de cours. Surface de ce site : 900 m2.

- L'ancien couvent Saint-Sauveur sera transformé sur trois étages en salles de cours et amphi de 190 places. Surface de ce site : 1 259 m2.

2) Le coût :

Le montant des travaux qui s'effectueront entre avril 2016 et mai 2017 s'élèvera

- pour le bâtiment neuf à 5 877 857 euros dont

1 000 000 pris en charge par le Conseil régional,

3 777 857 par la ville de Perpignan,

1 500 000 par la Communauté d'agglomération ;

- pour la rénovation de l'ancienne université à 2 440 941 euros.

3) Ce que nous avons appris lors de cette réunion :

- L'université de Perpignan Via Domitia compte 10 000 étudiants. L'université en centre-ville en comptera 540.

- Le désamiantage du site Saint-Sauveur a été effectué en janvier 2016.

- Pour permettre aux enseignements de garer leurs véhicules non loin de leur lieu de travail, un parking sera aménagé dans l'ancienne école Madame Roland (rue Foy).

- Il n'y aura ni cafétéria, ni resto U dans l'université du centre-ville. Un partenariat avec des restaurants du quartier est envisagé pour permettre aux étudiants de prendre leurs repas.

4) Ce que nous n'avons pas appris lors de cette réunion :

- En préambule, le maire a indiqué que des appels d'offres avaient été lancés, sans plus de précisions.

- Que des fouilles archéologiques avaient été faites sur le site, sans plus de précisions.

- Nous n'en savons pas plus sur l'architecture des bâtiments, surtout le bâtiment neuf et le couvent Saint-Sauveur. Aucun représentant du cabinet d'architecture et aucun intervenant archéologue n'étaient présents ! Quid de la passerelle qui reliera le bâtiment neuf au bâtiment Saint-Sauveur ?

- Aucune précision non plus sur les événements prestigieux qui auront lieu dans la rotonde de l'ancienne université.

5) Les préoccupations des résidents du quartier Saint-Jacques :

De nombreuses questions ont été posées par le public sur le devenir du quartier (problèmes de sécurité, de propreté) où sera inauguré ce nouveau pôle universitaire et les moyens mis en œuvre pour attirer et retenir les étudiants en ville. La discussion a tourné autour des opérations en périphérie visant à revitaliser le cœur historique de la ville : maintien des services publics dans le quartier ; rénovation de la place Cassanyes avec un marché plus attrayant ; piétonisation de la rue Llucia ; restructuration et destruction des logements insalubres ; la mairie essaie d'acheter les bâtiments qui sont à la vente place Rigaud dont la Bourse du Travail.

Le maire a déploré de ne pas avoir son mot à dire sur le permis d'habiter (pour éviter les marchands de sommeil), pour l'ouverture des commerces, pour le montant des amendes en cas de tags et de dépôt d'ordures.

En attendant une deuxième réunion sur le sujet de la rénovation du centre historique de Perpignan, vos commentaires sont les bienvenus sur overblog et Facebook.

Réunion dans la salle des Actes de l'ancienne université de Perpignan le 15 février 2016

Réunion dans la salle des Actes de l'ancienne université de Perpignan le 15 février 2016

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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 10:57
Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales)
Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales)

Le développement touristique de Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales) date des années 1960 avec la Mission Racine, du nom de son responsable pour la région Languedoc-Roussillon. Cette Mission avait pour but l'aménagement de la côte entre Port-Camargue et Argelès-sur-Mer, afin de la moderniser, de l'urbaniser pour accueillir les vacanciers français et ceux originaires des pays du nord de l'Europe qui habituellement se dirigeaient vers l'Espagne et aussi pour contenir la constante croissance de la Côte d'Azur. En 1967, la visite à Saint-Cyprien du président de la République Charles de Gaulle lance le développement de la station balnéaire qui ne comptait à l'époque que 2600 habitants. Cette même année, le port commence à être creusé pour accueillir 300 bateaux en 1968 et 700 l'année suivante. Les villages de pêcheurs appelés "Las Routes" et "L'Aygual", se transforment pour accueillir vacanciers et villégiateurs venus pour de courts ou moyens séjours. Dans la partie la plus ancienne de Saint-Cyprien, dans ce quartier nommé "Le Village", se trouve, à l'ombre de l'église romane, la rue Jean Cocteau.

Né à Maisons-Laffitte en 1889, Jean Cocteau publie ses premiers poèmes en 1909. Dans le Paris de la Belle Epoque, il compte parmi ceux qui se rendent régulièrement chez la comtesse de Noailles : Paul Claudel, André Gide, Colette, Max Jacob. Il est aussi l'invité de Simone Casimir-Périer qui reçoit aussi Alain-Fournier et Charles Péguy. En 1914, Jean Cocteau, bien que reconnu inapte au service militaire, s'engage à la Croix-Rouge. Il vit le bombardement de Reims qu'il décrira en 1923 dans son roman Thomas l'imposteur. Jean Cocteau aime à citer ses maîtres : Erik Satie et Pablo Picasso. En 1915, il rencontre Picasso dans son atelier de la rue Schoelcher dont les fenêtres donnent sur les tombes du cimetière Montparnasse. Il convainc le peintre espagnol de faire les décors d'un ballet dont il a écrit le livret : Parade. Muté dans un service du ministère des Affaires Etrangères, il obtient en 1917 une permission grâce à laquelle il peut rejoindre à Rome Picasso et la troupe des Ballets russes - dirigée par Diaghilev - qui répète Parade. De Rome, Cocteau écrit à son ami Guillaume Apollinaire qu'il réside à l'hôtel de Russie et des Iles Britanniques sis dans la via del Babuino ("la belle rue du Singe") où ce dernier est né en 1880. Parade sera joué au Châtelet en mai 1917 et donnera lieu à un beau scandale.

En 1918, Cocteau rencontre Raymond Radiguet, auteur décédé prématurément qui a laissé deux romans : Le Diable au corps et Le Bal du comte d'Orgel. En 1937, il rencontre Jean Marais lors d'une répétition de sa pièce Œdipe roi et lui demande s'il accepterait de jouer dans une pièce qu'il s'apprête à monter au théâtre de l'Œuvre : Les Chevaliers de la Table ronde. La carrière de Jean Marais est lancée. En septembre 1939, suite à la déclaration de guerre, Jean Marais doit rejoindre son régiment d'affectation. Après la débâcle de mai 1940, il est démobilisé et rejoint Cocteau à Perpignan où ils sont les hôtes du docteur Nicolau et de sa famille. Après la guerre, Jean Marais joue dans des films de Jean Cocteau comme La Belle et la Bête (1946), Orphée (1950) et Le Testament d'Orphée (1959), dernier film du Maître au casting impressionnant : Jean-Pierre Léaud, François Périer, Maria Casarès, Yul Brynner, Charles Aznavour, Françoise Arnoul, Brigitte Bardot, Lucia Bose et Luis Miguel Dominguin - parents du chanteur/acteur espagnol Miguel Bose -, Nicole Courcel, Daniel Gélin, Serge Lifar, Pablo Picasso, Françoise Sagan, Roger Vadim, Alice Sapritch.

Il est élu à l'Académie Royale de Belgique et à l'Académie française en 1955. Il décède en octobre 1963 dans sa maison de Milly-la-Forêt.

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