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20 septembre 2014 6 20 /09 /septembre /2014 09:29

En juillet 1914, Guillaume II est persuadé qu'en cas de conflit, l'Angleterre restera neutre. Mais, "ne pas intervenir en cas de guerre impliquant l'Allemagne d'une part, la France et la Russie de l'autre, c'était certes faillir à quelques engagements, mais surtout affaiblir de manière décisive sa position en cas de défaite de ces dernières." (1)

Avec la France, l'Entente cordiale de 1904 conclut "à la nécessité, en cas de conflit, d'envoyer un corps expéditionnaire britannique en France ; en 1913, on en vient à un partage de la responsabilité navale, la flotte française se voyant chargée de la protection de la Méditerranée centrale et occidentale, la marine britannique, quant à elle, assurant la défense de la Manche." (1)

Avec l'Allemagne, son plus gros client en 1913, l'Angleterre approuve le 15 juin 1914 "une convention germano anglaise sur le chemin de fer de Bagdad, sur les travaux de navigation sur le Tigre et l'Euphrate et sur l'exploitation des pétroles de Mossoul.." (1)

"Les Anglais entendent préserver leur Empire des dangers que pourrait lui faire courir une puissance navale excessive de l'Allemagne. Ils se méfient des ambitions de Guillaume II dans l'Empire ottoman, en Afrique, en Asie, et craignent que ce tard-venu de l'expansionnisme ne remette en question le partage du monde." (1)

"Cet été 1914, Zweig se trouve donc en Belgique. Il doit se rendre comme chaque année au Caillou-qui-bique pour passer quelques jours avec Verhaeren (rencontré à Bruxelles

en 1902, ndlr) et sa femme. A Ostende où il s'est d'abord arrêté, les gens semblent très insouciants. Chez le peintre James Ensor, où il se trouve pour l'après-midi, tous s'accordent à dire que la guerre est impossible. Zweig affirme à ses amis que jamais au grand jamais les Allemands ne pénétreront en Belgique. Qu'il soit pendu à la lanterne s'il se trompe... Pourtant, le paysage si serein et si estival de ce bord de mer est soudainement envahi pas des soldats de l'armée belge. " (2)

"En fin de compte, en violant la neutralité de la Belgique, les Allemands fournirent le casus belli qui, autrement, aurait peut-être été moins facile à trouver. Le 2 août, c'est sur ce point que le Cabinet forge sa stratégie ; le 3, Morley et Burns (ministres favorables à la neutralité de leur pays, ndlr), abandonnés par Lloyd-George, doivent prendre acte de cette position et démissionnent du gouvernement ; le 4, devant l'absence de réponse allemande à un ultimatum exigeant la fin de toute atteinte à l'indépendance belge, le Conseil privé proclame l'état de guerre à partir de 23 heures." (1)

Quand la guerre éclate en août 1914, l'armée allemande compte plus d'un million d'hommes. Le service militaire y est obligatoire pour les garçons

de plus de 17 ans. En Grande-Bretagne, l'armée est composée de soldats professionnels qui sont au nombre de 270 000. Le 5 août 1914, Lord Kirchener est nommé ministre de la Guerre et entame une grande campagne de recrutement. En décembre 1915, ce seront plus de deux millions d'hommes qui seront enrôlés. La conscription ne sera obligatoire qu'en 1916.

En août 1914, Winston Churchill demande à la Compagnie Générale des Omnibus de lui fournir des autobus pour transporter des troupes vers la France et la Belgique. Vingt-cinq auteurs célèbres dont Conan Doyle, Thomas Hardy, Rudyard Kipling et H. G Wells sont conviés dans les QG du bureau pour la Propagande (War Propaganda Bureau) dirigé par Lloyd George afin de trouver

la meilleure façon de promouvoir les intérêts britanniques durant la guerre. Cette activité devant restée secrète, ne sera révélée au public qu'en 1935. La campagne d'enrôlement porte ses fruits : 30 000 hommes par jour sont recrutés en août 1914. L'enrôlement se fait par voie d'affiches, dans les usines, les villages, les clubs... Aucun conflit n'a provoqué depuis un tel enthousiasme. Les jeunes s'engagent par patriotisme, pour quitter un emploi ennuyeux, par goût de l'aventure, voir du pays. Les femmes écrivains Mary Ward et Emma Orczy participent à la propagande via l'Ordre de la Plume Blanche (The Order of the White Feather) créé en août 14, ordre chargé d'enrôler les réfractaires en leur portant une plume blanche. Les Anglais participent à la bataille de Mons le 23 août 14. Les soldats Indiens servent sur le front occidental dès octobre 14. Ils prennent part à la bataille d'Ypres. (3)

"Et levant son verre :

- Je bois à la fin de ces folies, conclut-il, et à l'enfer pour les Boches qui nous ont amenés ici.

Mais l'ardent Warburton entonna aussitôt l'antiphrase :

- Moi j'aime la guerre, dit-il ; la guerre seule nous fait une vie normale. Que faites-vous en temps de paix ? Vous restez à la maison ; vous ne savez que faire de votre temps ; vous vous disputez avec vos parents et avec votre femme si vous en avez une. Tous pensent que vous êtes un insupportable égoïste et vous l'êtes.

Arrive la guerre : vous ne rentrez plus chez vous que tous les cinq ou six mois. Vous êtes un héros, et, ce que les femmes apprécient bien davantage, vous êtes un changement. Vous savez des histoires inédites, vous avez vu des hommes étranges et des choses terribles. Votre père, au lieu de dire à ses amis que vous empoissonnez la fin de sa vie, vous présente à eux comme un oracle. Ces vieillards vous consultent sur la politique étrangère. Si vous êtes marié, votre femme est plus jolie qu'autrefois ; si vous ne l'êtes pas, toutes les girls vous assiègent." (4)

" -Avez-vous lu La Grande Illusion ? dit Aurelle.

- Oui, dit la major, c'est un livre faux. Il prétend démontrer que la guerre est inutile, parce q'elle ne rapporte rien. Nous le savons bien, mais qui se bat pour un profit ? L'Angleterre n'a pas pris part à cette guerre pour conquérir, mais pour défendre son honneur. Quant à croire que les démocraties seront pacifiques, c'est une

naïveté. Une nation digne de ce nom est plus susceptible encore qu'un monarque. L'ère des rois a été l'âge d'or, précédant l'âge d'airain des peuples." (4)

"Vous êtes trop jeune pour avoir fait la guerre. C'était le bon temps. On ne reverra jamais plus ça. Je suis sûr que je n'ai pas dessoûlé deux heures de tout le temps qu'elle a duré. Mais malgré ça je suis retombé dans le merdier, et jusqu'au cou cette fois. C'était en France. Ils m'ont dit : "Ecoute, Grimes, on ne veut pas de conseil de guerre dans ce régiment. Tu vas te conduire comme un gentleman. Nous allons te laisser seul pendant une demi-heure. Adieu, vieux", m'ont-ils dit affectueusement en partant. Je suis resté là longtemps à regarder le revolver. Je l'ai collé deux fois contre ma temps, et puis je l'ai remis sur la table. "Un public school man ne finit pas comme ça", me suis-je dit. Ce fut la plus longue demi-heure de ma vie. Heureusement, ils m'avaient laissé une bouteille de whisky. Ils en avaient même bu pas mal aussi. C'est pour ça qu'ils étaient tous si solennels. Quand ils sont revenus, il n'en restait plus. Grâce à ça, et à cause de la tension qui régnait, je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir le fou rire quand je les ai revus. Si vous aviez vu leur gueule ahurie quand ils m'ont retrouvé vivant et beurré !" (5)

L'Angleterre et son Empire ont mobilisé, au cours de la guerre 14-18, 8 904 467 hommes. 908 371 soldats sont morts au cours du conflit, ; il y a eu 2 090 212 blessés et 191 652 prisonniers ou disparus. Le pourcentage des pertes s'élève à 36%. (Chiffres donnés dans l'ouvrage Le jour le plus meurtrier de l'Histoire de France 22 août 1914 de Jean-Michel Steg - Librairie Arthème Fayard, 2013)

(1) L'Angleterre de 1914 à 1945 par Roland Marx (Armand Colin, 1993)

(2) Stefan Zweig par Catherine Sauvat (Editons Gallimard, 2006). Catherine Sauvat est aussi l'auteur d'une biographie sur Louis Moreau Gottschalk (Editions Payot, 2011), pianiste et compositeur américain né à la Nouvelle-Orléans (Louisiane) en 1829 et mort à Rio de Janeiro (Brésil) en 1869 où il donnait une série de concerts.

(3) Sources : National Army Museum, Londres.

(4) Les silences du colonel Bramble par André Maurois de l'Académie française (Editions Bernard Grasset, 1921)

(5) Grandeur et décadence par Evelyn Waugh (Decline and fall, 1928) - Editions Robert Laffont pour la traduction française, 2006.

Monument à l'Entente cordiale de 1904 à Vernet-les-Bains (Pyrénées-Orientales)

Monument à l'Entente cordiale de 1904 à Vernet-les-Bains (Pyrénées-Orientales)

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