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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 19:26

L'exposition "Le Pays Catalan à l'affiche" qui se tient au Centre d'Art de Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales) jusqu'au 12 novembre 2014 réunit l'ensemble des affiches qui constituent l'histoire touristique des Pyrénées-Orientales de 1870 à 1970. Ces affiches ont été réalisées par des artistes de renom : Louis Steinlen, Paul Champseix, Salvador Dali, François Desnoyer. Je remercie Eric Forcada, historien d'art et commissaire de l'exposition, pour la visite guidée qu'il m'en a faite lors des dernières Journées du Patrimoine en septembre. Eric Forcada est aussi l'auteur du catalogue de l'exposition publié aux éditions Mare Nostrum. Pour la rédaction de cette article, je reproduirai des passages (en italique) de cet ouvrage qui concernent l'histoire du tourisme dans les Pyrénées-Orientales avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale.

Le tourisme en pays catalan est à l'origine un tourisme essentiellement thermal. Le département des Pyrénées-Orientales est l'un des plus riches en eaux minérales et les stations thermales y sont nombreuses : Amélie-les-Bains, le Boulou, Molitg-les-Bains, La Preste, Vernet-les-Bains.

"Les médecins du XIXème siècle sortent des quantités de traités sur toutes les stations thermales, balnéaires, climatiques pour l'été - et sur les villes d'hiver. "Du bon usage de l'hiver dans le Midi" est un titre qui beaucoup sévit. Ces ouvrages sont surtout des monographies intéressées. Leurs auteurs médecins exercent au lieu où ils veulent attirer une clientèle aisée. La scientificité affichée - des comparaisons de température pour l'hiver, de composition des eaux... - cache mal l'espoir d'un lancement mondain, d'équipements luxueux." (*)

Les techniques balnéaires s'affinent en offrant aux curistes des installations de qualité. L'ouverture des stations pendant l'hiver est la grande innovation du thermalisme roussillonnais au 19ème siècle. Mais l'efficacité du traitement thermal ne suffit pas. La bonne société doit aussi trouver des distractions pendant la cure. Les curistes finissent par fréquenter les stations autant pour se divertir que pour se soigner. Une partie de la clientèle passe ainsi insensiblement de la cure médicale au tourisme.

"L'achat des Thermes Hermabessières à Amélie-les-Bains en 1863 par le banquier Isaac Pereire vient accentuer ce mouvement. Directeur de la Compagnie des Chemins de Fer du Midi, Pereire entend amortir ses divers investissements et procède à une modernisation accélérée des installations thermales.

Il lance une politique de promotion ambitieuse, notamment à travers l'affiche et les guides touristiques, destinée à accroître la fréquentation de la clientèle aisée et cosmopolite qui séjourne pour son ensoleillement et ses bienfaits naturels dans la station thermale d'Amélie-les-Bains."

L'origine de la station thermale d'Amélie-les-Bains remonte à l'époque romaine. Située sur la rive droite du Tech à une altitude de 374 mètres, ses eaux sont abondantes et soignent les affections catarrhales des voies respiratoires. Amélie-les-Bains "devient la "Perle des Pyrénées" alors que Vernet-les-Bains prend le titre de "Paradis des Pyrénées".

La station thermale de Vernet-les-Bains qui bénéficie d'eaux sulfureuses, traite les affections respiratoires et la rhumatologie. Située à six kilomètres de Villefranche-de-Conflent, la station se situe à 650 mètres d'altitude et est dominée par le Canigou (2784 mètres). En 1833, en faisant des sondages sur la rive droite du Cadi, on trouve trois sources d'eau sulfureuse. L'exploitation va commencer avec la construction des thermes Mercader. Le vice-roi d'Egypte séjourne à Vernet en 1846. En 1903, le comte de Burnay, propriétaire des thermes Mercader, en confie la direction à Emile Kiechle. Ce dernier met en œuvre la modernisation des équipements et achève la construction de l'hôtel Mercader. Kiechle va promouvoir la station auprès d'une clientèle britannique pour l'hiver, l'aristocratie française et espagnole fréquentant Vernet durant l'été. Par l'instauration de relations avec les principaux journaux anglais, Vernet va connaître des années de gloire. La Belle Epoque voit la construction de bâtiments, villas, chalets, de l'hôtel du Portugal, du casino - tous deux selon les plans de l'architecte danois Viggo Petersen -, de l'aménagement du parc. L'écrivain anglais Rudyard Kipling séjourne à Vernet en 1910 et 1911. Avec son épouse Carrie qui vient pour une première cure en 1910, il revient l'année suivante pour un mois. La santé de Carrie s'améliorant, le couple se joint à la vie mondaine de la communauté anglaise. Kipling écrit une nouvelle intitulée Pourquoi la neige tombe à Vernet. En janvier 1912, SAR la princesse Béatrice de Battenberg, fille de la reine Victoria, séjourne à Vernet.

C'est aussi l'époque où Font-Romeu en Cerdagne (à 1800 mètres d'altitude) se développe. "L'ouverture, en 1913, du Grand Hôtel de Font Romeu permet de développer la fréquentation touristique en saison estivale par diverses activités de plein air destinées à séduire la haute société. Des parcours de golf aux courts de tennis, toutes les activités de plein air sont offertes.

De nombreuses excursions à la découverte d'un territoire réputé jusqu'alors totalement "inconnu" sont également proposées."

Car la région du Roussillon et ses alentours, de par sa situation géographique, était délaissé et restait une région à découvrir avec ses légendes et ses secrets. "Ce n'est pas qu'elle n'eût, elle aussi, son charme et ses beautés, mais elle était plus éloignée de Paris et difficilement accessible. L'automobile a commencé à rompre cet isolement" comme le précise un article du Touring-Club de France daté de 1911. Les adhérents parisiens du Touring-Club de France découvrent en janvier 1911 les beautés des Pyrénées-Orientales dans sa partie montagneuse : Vernet-les-Bains, Saint-Martin du Canigou, Mont-Louis, Font Romeu. "Malheureusement la caravane du Touring-Club de France ne put contempler, en ces délicieuses journées hivernales de janvier 1911, que la partie montagneuse des Pyrénées-Orientales. La joie et la surprise de mes camarades n'eussent pas été moins grandes si, au lieu de s'enfoncer dans la profondeur des vallées pyrénéennes, ils avaient suivi la côte qui s'étend du cap Leucate jusqu'au cap Cerbère, à la frontière espagnole."

A l'instar des autres côtes de France qui avaient été dénommées dès la fin du 19ème siècle, "le Club Touriste du Canigou propose d'identifier le territoire nord-catalan par l'appellation générique de Côte Vermeille. Le Touring-Club de France l'adopte officiellement en 1913". Un mois après, en mars 1913, les Fêtes Franco-Espagnoles organisées par le Club Touriste du Canigou sous la présidence d'honneur de Jules Pams et sous le haut-patronage du Touring-Club de France voient l'inauguration de la route de Banyuls à Cerbère.

Au début du 20ème siècle, des guides touristiques sont édités dont le Petit guide des Pyrénées-Orientales comprenant un chapitre sur l'Andorre par le Syndicat d'Initiative de Perpignan (5 rue Lazare Escarguel) et le Guide pratique du touriste : Excursions dans les Pyrénées-Orientales par M. Toubert et J. Soler publié sous le parrainage du Club Alpin français (Librairie Brun Frères, 22 rue des Augustins, Perpignan).

La première Guerre mondiale mettra un terme à ce développement... pour un temps.

(*) L'invention du tourisme par Marc Boyer (Gallimard, 1996)

Façade de l'hôtel du Portugal à Vernet-les-Bains (Pyrénées-Orientales)

Façade de l'hôtel du Portugal à Vernet-les-Bains (Pyrénées-Orientales)

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Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
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