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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 07:49

Dans le quartier de la Prade, la rue François Arago (Saint-Cyprien, Pyrénées-Orientales) borde, du parc de la Prade au stade Gaston Godail, un lotissement dont les voies portent des noms de peintres (Picasso, Matisse, Miro, Braque,...) et un centre scolaire et de loisirs avec la médiathèque Prosper Mérimée, inaugurée le 1er novembre 2003 en présence du maire de l'époque, Jacques Bouille, et du ministre délégué aux Libertés locales Patrick Devedjian. Décoré de tapisseries signées par Jean Lurçat, Jean Picart Ledoux, André Derain, ce lieu culturel propose au public du mardi au samedi, le prêt de livres, journaux, magazines, Cd et Dvd.

François Arago voit le jour à Estagel (Pyrénées-Orientales) en 1786. Encore élève à l'Ecole polytechnique, il est nommé secrétaire du Bureau des longitudes de l'Observatoire de Paris. Avec Jean-Baptiste Biot, il propose de poursuivre jusqu'aux Baléares la mesure de la méridienne passant par Paris. Tous deux reprennent alors le travail commencé par Pierre Méchain décédé à Valence (Espagne) de la fièvre jaune en 1804. George Sand, qui a passé l'hiver 1838-1839 à Majorque, conte la mésaventure qui est arrivée à Arago au cours de son séjour : "Chargé par Napoléon de la mesure du méridien, M. Arago était, en 1808, à Majorque, sur la montagne appelée le Clot de Galatzo, lorsqu'il reçut la nouvelles des événements de Madrid et de l'enlèvement de Ferdinand. L'exaspération des habitants de Majorque fut telle alors qu'ils s'en prirent au savant français, et se dirigèrent en foule vers le Clot de Galatzo pour le tuer." (1)

Napoléon Ier qui a imposé à l'Europe un blocus continental afin de mettre l'Angleterre à genou sait que le Portugal continue de commercer avec la perfide Albion. Il lui faut donc occuper ce pays afin de faire cesser tout échange de marchandises entre Lisbonne et Londres. "Cependant, pour atteindre la frontière portugaise, les troupes françaises devront traverser plusieurs provinces espagnoles. (...) Non point parce que Charles IV veut s'opposer au passage des troupes françaises d'invasion - la platitude de ce roi Bourbon devant Napoléon finit par écœurer - mais, bien au contraire parce que, convoitant une part du gâteau portugais, le roi d'Espagne en signant - ce même 27 octobre 1807 - avec l'Empereur un traité de partage devient son allié. Aussi, tout naturellement, lorsque se déclenchera à Madrid un conflit familial, qui dégénérera vite en conflit national, le descendant de Louis XIV appellera-t-il Napoléon au secours." (2) Le règne de Charles IV, roi naïf et débonnaire, fut rempli d'intrigues politiques attisées par son épouse Marie-Louise de Parme et par son premier ministre Manuel Godoy et dut affronter les conspirations de son fils, le futur Ferdinand VII qui montera sur le trône après le départ en 1813 de Joseph Ier, frère aîné de Napoléon Bonaparte. Ferdinand avait eu pour précepteur le chanoine Escoiquiz qui n'avait eu de cesse de lui inculquer la haine de ses parents l'amenant à conspirer contre eux en 1807 en devenant l'année suivante la pièce maîtresse de la mutinerie d'Aranjuez qui mit fin au règne de son père.

La nouvelle de la sanglante insurrection madrilène du 2 mai 1808 à Madrid fait que "M. Arago quitta aussitôt sa montagne et se rendit à Palma. (...) En arrivant à Palma, il se rendit sur son brick ; mais le capitaine don Manoel de Vacaro, qui jusque-là avait toujours déféré à ses ordres, refusa formellement de la conduire à Barcelone, et ne lui offrit à son bord pour tout refuge qu'une caisse dans laquelle, vérification faite, M. Arago ne pouvait tenir." (1) Détenu dans une prison de Palma pendant deux mois, Arago s'en échappa et gagna Alger sur une barque de pêcheur.

En 1824, il est président de l'Académie des Sciences. Sa carrière politique commence avec la Révolution de juillet 1830. D'abord partisan du roi Louis-Philippe, il prend à partir de 1832 la tête de l'opposition républicaine. Il est député des Pyrénées-Orientales de 1831 à 1848 puis de 1849 à 1851.

En 1837, est mise en service en France la première ligne de chemin de fer entre Paris et Le Pecq. Dans un rapport, Arago montre son enthousiasme pour ce nouveau moyen de locomotion. Il parle des vitesses réalisées par des trains en Angleterre - où les 100 km/heures ont été atteints - et imagine la France à l'ère du Tgv : "Les résultats... ont déjà été si étonnants que l'on pouvait... parler de l'époque où les riches oisifs partiront le matin à 6 heures pour aller voir appareiller notre escadre à Toulon, déjeuneront à Marseille, visiteront les établissements thermaux des Pyrénées, dîneront à Bordeaux et, avant que les 24 heures soient révolues, reviendront à Paris pour ne pas manquer le bal de l'Opéra." (3) Même si Arago se montra dubitatif quant aux risques que pourraient causer sous les tunnels la fumée des machines et pour les bronches des voyageurs le passage subit du chaud au froid entre l'extérieur et l'intérieur des tunnels, "le chroniqueur du Siècle note, non sans quelque malice, que l'adversaire convaincu des tunnels tint, pendant tout le voyage, des propos extrêmement favorables. La distance fut couverte en vingt-cinq minutes, ce qui, pour un trajet de quatre lieues, parut fort remarquable." (3)

Début janvier 1839, un article de La Gazette de France annonce la découverte de la photographie par Daguerre. Quelques jours plus tard, Arago prononce un discours sur cette invention devant l'Académie des Sciences. L'idée d'Arago est de prendre de court William Henry Fox Talbot que les Britanniques voient comme l'inventeur de la photographie et faire de Daguerre le véritable inventeur de ce procédé. Pour cela, Daguerre et le fils de son associé Nicéphore Niepce sont parés par décision académique des vertus de leur invention et une rente leur est attribuée.

Le premier numéro de la Revue du progrès qu'il a fondée avec Louis Blanc est un plaidoyer en faveur de la machine. Il se fait ministre du Travail avant la lettre (ce ministère ne sera créé qu'en 1906). A cette époque, le mécontentement des ouvriers est grand et la stagnation de l'économie est la cause de nombreuses faillites et d'un fort taux de chômage. Selon Arago, la machine n'est pas fautive. Même si elle entraîne un chômage temporaire, la diminution du prix des marchandises provoque une consommation et un confort accrus. La machine ne se contente pas de se substituer au travail humain, elle permet de fabriquer des produits plus parfaits. Dans un discours qu'il prononce en 1840 à l'Assemblée sur la réforme électorale et l'organisation du travail, il se définit comme un ami du progrès.

Après le départ de Louis-Philippe, il devient ministre de la Marine puis de la Guerre et signe le décret abolissant l'esclavage dans les colonies.

Il décède en 1853. Son fils Emmanuel sera entre 1876 et 1896 sénateur des Pyrénées-Orientales.

En 1994, la ville de Paris a souhaité célébrer la mémoire de François Arago en confiant à Jan Dibbets le soin de créer une œuvre qui jalonnerait cette ligne imaginaire qu'est le méridien de Paris (supplanté par celui de Greenwich en 1911). L'artiste néerlandais a imaginé de sceller dans la pierre et le macadam 135 médaillons de bronze de la Mire du Nord (Montmartre) à celle du Sud (parc Montsouris) via la Comédie Française, l'Institut de France, le jardin du Luxembourg et l'Observatoire de Paris créé par Louis XIV et dont Arago a rendu la place qu'il avait perdue sur le plan international depuis la Révolution.

(1) Un hiver à Majorque par George Sand (1841)

(2) Napoléon par André Castelot (Librairie Académique Perrin, 1968)

(3) Le train dans la littérature française par Marc Baroli (Editions N.M., 1969)

Majorque : François Arago y mesura la méridienne passant par Paris.

Majorque : François Arago y mesura la méridienne passant par Paris.

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