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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 21:53

Au cœur du quartier de la Prade à Saint-Cyprien dans les Pyrénées-Orientales, l'impasse Edgar Degas borde le parc de la Prade, magnifique lieu de promenade avec vue sur les Albères qui propose autour de ses trois lacs artificiels des allées pour les cyclistes et un parcours sportif pour les joggers.

Alors que le nord des Etats-Unis connaît une industrialisation intensive et que les usines de textile se multiplient, un certain Henry Hester propose l'idée de la création d'une bourse du coton (New Orleans Cotton Exchange) dans le premier port exportateur qu'est la Nouvelle-Orléans. Les transactions étaient faites jusqu'à présent par des commissionnaires dans des bars pompeusement appelés "Exchange". Fondée par dix-huit négociants, la nouvelle institution qui prend ses quartiers au coin des rues Carondelet et Gravier - à quelques blocks de Canal street - souhaite réguler un marché du coton désorganisé par la guerre de Sécession et le terrible ouragan de 1867.

A la fin de l'été 1872, René de Gas se rend à Paris pour affaires. Dans le quartier de la Nouvelle Athènes, il retrouve son frère Edgar qui, après s'être inscrit à la faculté de droit a souvent séjourné en Italie pour y étudier la peinture avant de rencontrer Manet et Ingres. Edgar de Gas - qui signera Degas à partir de 1872 - est né à Paris en 1834 d'un père natif de Naples (Italie) et d'une mère, Marie Célestine Musson, native de la Nouvelle-Orléans (Etats-Unis). "... Edgar Degas avait toujours entendu sa mère parler avec émotion et nostalgie de la vie en Louisiane où le frère de celle-ci, Michel, s'était fait une belle situation, d'abord comme maître des postes, puis comme négociant en coton." (1)

Son frère lui parle de sa vie à la Nouvelle-Orléans avec tant d'enthousiasme qu'Edgar décide sur un coup de tête de le raccompagner et de faire dans la cité du Croissant (the Crescent City) un séjour qui durera cinq mois. C'est durant ce séjour qu'il peint Le Bureau de coton à la Nouvelle-Orléans (1873) - première œuvre de Degas acquise par un musée français, en l'occurrence celui de Pau, pour la modique somme de 2000 francs en 1878 -, Portrait d'Estelle (Mme René de Gas) (1872), Madame René de Gas (assise vêtue d'une robe rouge) (1872). Le Bureau de coton à la Nouvelle-Orléans que beaucoup comme Zola jugèrent sans intérêt est un portrait de famille au masculin. Il représente l'intérieur de l'établissement de sa famille louisianaise avec, assis au premier plan, son oncle maternel, Michel Musson, coiffé d'un chapeau haut-de-forme examinant un morceau de coton, et ses deux frères, René, le plus jeune, assis lisant un journal et Achille, le cadet, debout jambes croisées dans l'angle de la pièce. D'autres personnes inspectent du coton étalé sur une longue table tandis qu'à droite, deux hommes consultent des livres de compte et des registres lourdement posés sur un bureau devant lequel se trouve une corbeille à papier.

A son retour en France, il fonde avec Claude Monet, Camille Pissarro, Alfred Sisley, Berthe Morisot et Paul Cézanne, une Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs, graveurs qui tient sa première exposition en avril 1874 dans les ateliers du photographe Félix Nadar au 35 boulevard des Capucines. Degas prévoit d'y exposer dix œuvres mais devant l'échec commercial de l'exposition la Société est dissoute. Mais de cette exposition, on retiendra que Claude Monet y exposant Impression, soleil levant a fait naître le mot "impressionnisme" par la plume sarcastique du critique Louis Leroy dans le journal Le Charivari. Au fil des expositions, les œuvres de Degas atteignent des prix élevés. En 1895, il achète huit toiles de Paul Gauguin mises en vente à Drouot pour permettre au peintre de Pont-Aven de financer son deuxième et dernier voyage à Tahiti. "Pauvre Gauguin ! sur son île là-bas ; il doit penser tout le temps à la rue Lafitte. Je lui avais conseillé d'aller à La Nouvelle-Orléans, mais il trouvait que c'était trop civilisé. Il lui faut des gens avec des fleurs sur la tête et un anneau dans le nez." (2)

On a dit d'Edgar Degas qu'il était misogyne, antidréyfusard. "Peu bavard, assez hautain, quelquefois même ours mal léché, d'après les uns, il passait aux yeux des autres pour un brillant causeur, sachant à l'occasion se souvenir qu'il avait été rapin, lançant des traits d'esprit à la façon " artiste" sans trop mâcher ses mots." (1) Degas était célibataire devant l'éternel mais marieur impénitent. Au marchand d'art Ambroise Vollard il dit : "Vollard, il faut se marier. Vous ne savez pas ce que c'est que la solitude, quand on vieillit.

Vollard - Mais, vous-même, Monsieur Degas, pourquoi ne vous êtes-vous pas marié ?

Degas - Oh ! Moi ! ce n'est pas la même chose. J'avais trop peur, quand j'aurais fait un tableau, d'entendre ma femme me dire : "C'est bien joli ce que tu as fait là." (2) Degas fut l'instigateur du mariage de son élève Ernest Rouart avec Julie Manet (*) et du mariage de Jeannie Gobillard (cousine de la précédente) avec Paul Valéry. Sévère avec ses contemporains, il ne se laissait pas commander. A son ami le peintre Jean-Louis Forain qui venait de se faire installer le téléphone, il dit : "Alors, c'est ça, le téléphone ! On vous sonne et vous y allez ? Eh bien ! moi, on ne me sonne pas !" (2)

Deux ans avant sa mort, alors que le peintre habite au 6 boulevard de Clichy depuis 1912, un jeune cinéaste qui souhaite faire un reportage sur les grands noms de la culture française sonne à sa porte. Degas qui s'apprête à sortir éconduit le jeune homme. Ce dernier qui ne se laisse pas impressionner, suit et filme Degas qui dédaigne la présence de la caméra alors que de nombreux passants se retournent et sourient au cinéaste qui répond au nom de Sacha Guitry.

Edgar Degas meurt le 27 septembre 1917 des suites d'une congestion cérébrale à l'âge de 83 ans.

(1) Fausse-Rivière, Maurice Denuzière (Editions Jean-Claude Lattès, 1979)

(2) Edgar Degas "Je veux regarder par le trou de la serrure" (Editions Mille et une nuits, 2012)

(*) Julie Manet était le fille de Berthe Morisot et de Eugène Manet, frère du peintre Edouard Manet. Orpheline à l'âge de quinze ans, elle aura pour tuteur le poète Stéphane Mallarmé. Un conseil de famille décidera que Julie vivra désormais avec ses cousines Jeannie et Paule Gobillard (filles d'une sœur de Berthe Morisot) également orphelines. En mai 1900, sont célébrés conjointement le mariage de Julie Manet avec Ernest Rouart et celui de Jeannie Gobillard avec Paul Valéry.

La Nouvelle-Orléans en Louisiane (Etats-Unis)

La Nouvelle-Orléans en Louisiane (Etats-Unis)

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