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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 00:18

Parallèle à l'impasse Edgar Degas, l'impasse André Derain se situe dans le Quartier de la Prade à Saint-Cyprien-Village (Pyrénées-Orientales).

André Derain naît en 1880 à Chatou (Yvelines) où son père tient une boulangerie. A 18 ans, il entre à l'académie Camillo où enseigne Eugène Carrière et où il rencontre Henri Matisse. Il séjourne pour la première fois dans le sud de la France en 1905. Matisse, qui se trouve à Collioure depuis le 16 mai, le presse de venir le rejoindre en lui vantant la beauté du site. Il arrive dans le petit port de pêche catalan au début du mois de juillet et s'installe à l'hôtel de la Gare. Il y restera jusqu'à la fin du mois d'août. Le 15 juillet, Amélie Matisse écrit à l'épouse du peintre Henri Manguin (alors en villégiature à Saint-Tropez) : "M. Derain est avec nous depuis une huitaine, et avec mon mari ils travaillent ferme malgré la forte chaleur." En effet, depuis son arrivée, Derain et Matisse travaillent beaucoup, peignent les mêmes lieux mais pas au même moment sauf peut-être pour quatre ou cinq pièces. Ils reproduisent chacun de son côté les remarquables sites de Collioure, le Boramar, la plage d'Avall, la plage Sant Vicens, où les barques étaient hâlées par les pêcheurs pour être mises à l'abri des tempêtes. Derain réalise là trente toiles - dont Le Port de Collioure (huile sur toile exposée au musée d'Art moderne de Troyes) où l'on peut voir au premier plan une carriole et un cheval blanc, puis des barques, et la mer qui bien qu'occupant une grande partie du tableau n'est que simplement suggérée -, vingt dessins, une cinquantaine de croquis. Il fait aussi plusieurs portraits de Matisse et de son épouse - dont Matisse peignant Madame Matisse en Japonaise au bord de l'eau (crayon et encre sur papier exposé au Metropolitan Museum de New York). Grâce à Matisse qui dès le début de son séjour a fait la connaissance d'artistes locaux, Derain fait le Portrait du peintre Etienne Terrus originaire d'Elne (huile sur toile exposée au Colombus Museum of Art). Le 31 août, Derain embarque sur un bateau à Port-Vendres en direction de Marseille. Il retrouve Albert Marquet et Matisse à Avignon avant de regagner Paris.

Le 18 octobre s'ouvre le IIIème Salon d'automne. Derain y expose ses tableaux peints à Collioure. Mais c'est la salle VII du Salon qui fait scandale. Le 17 octobre, le critique Louis Vauxcelles, après y avoir vu un petit buste en marbre d'Albert Marquet au milieu d'œuvres aux couleurs criardes, écrit dans Gil Blas : "Donatello chez les fauves". Le Fauvisme est né. Le 23 novembre, le marchand d'art Ambroise Vollard achète à Derain 89 peintures et 81 dessins.

Du 6 au 17 mars 1906, Derain effectue à la demande de Vollard un séjour à Londres. Il raconte à Matisse ses impressions sur la ville qu'il peint comme dans Le Pont de Charing Cross (Washington National Gallery of Art) et relate aussi ses visites au British Museum et à la National Gallery. Il commente Turner, Lorrain, Velasquez, Rembrandt, les primitifs, mentionne aussi les arts océaniens, les statues de Nouvelle-Zélande. Dès son retour à Paris, il commence ses premières sculptures en bois. Dans son "documentaire" intitulé Paris Tombouctou dédié à André Derain, Paul Morand relate aussi les visites du peintre de Chatou au plus grand musée londonien : "Quelles stations au British Museum, en 1908 et 1909 ! Des carnets, pleins de dessins d'armes, de masques, de costumes polynésiens, décèlent chez moi ce qu'on nomme aujourd'hui des besoins d'évasion. Trois ou quatre ans plus tôt, un jeune Français travaillait là aussi, dans ces salles, je l'ai su plus tard, c'était Derain. Le British n'était pas alors le musée scientifiquement ordonné qu'il est aujourd'hui ; il y régnait un magnifique désordre romantique et les objets du Zambèze voisinaient avec ceux de l'Ile de Pâques. Un peu comme notre Musée du Trocadéro où Derain affirme qu'il y a encore dans les greniers des caisses envoyées par les explorateurs et jamais ouvertes, pleines de dieux inconnus qui attendent le jour." (*) C'est certainement cette visite de Derain au British Museum qui marque l'intérêt croissant des Fauves pour la plastique des masques africains. "A mesure que les bois s'épaississent, les masques gagnent en réalisme, en férocité, en étrangeté. (...) Masques baoulés, tatouages en relief noirs ; masques de Man, à lunettes de kaolin blanc ; masques de Haute-Volta, plats, pâles, séparés par une arête en crémaillère qui figure le nez, comme dans la Grèce mycénienne ; masques congolais à barbes de rafia, à chevelure de plumes, à yeux en tubes ; masques pahouins, les plus beaux, blancs et plats, sans reliefs, aux yeux mi-clos, magiques et mystérieux et qui font penser aux premiers masques japonais du VIII ème siècle, du musée de Nara. (...) "Ils ne sont pas faits pour être vus de jour, dit très justement Derain, mais la nuit, à la lune. Eclairez-les d'une bougie, voyez les ombres portées par leurs reliefs, et vous comprendrez." (*)

Début mai 1906, Derain loue un atelier dans la villa Les Fusains, rue Tourlaque (Paris 18ème). Tandis que Matisse retourne à Collioure, Derain passe l'été 1906 à l'Estaque. Il s'y rend via l'Auvergne, Béziers, Narbonne et Marseille. Il y retourne en novembre après le Salon d'automne. Il peint l'Estaque (huile sur toile, musée des Beaux-Arts, La Chaux-de-Fonds). "Ici les paysages sont très jolis la lumière est plutôt plus claire qu'à Collioure mais aussi douce", écrit-il lors de son séjour. En janvier et février 1907, il retourne à Londres à la demande de Vollard. Il passe l'été 1907 à Cassis où Matisse le rejoint pour une semaine. Il séjourne à Martigues de mai à novembre 1908. Il peint Vue de Martigues (huile sur toile, Kunsthaus, Zurich). Dans ce tableau, les couleurs sont plus sobres que celles des paysages fauves peints à Collioure et à l'Estaque. Il s'inspire aussi de Cézanne dont il a admiré les œuvres à la galerie Bernheim-Jeune l'année précédente.

(*) Paul Morand, Paris Tombouctou (Flammarion, 1928)

"Ils ne sont pas faits pour être vus de jour, dit très justement Derain, mais la nuit, à la lune."

"Ils ne sont pas faits pour être vus de jour, dit très justement Derain, mais la nuit, à la lune."

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