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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 14:50

"Je cite mes maîtres : Erik Satie et Picasso. Je leur dois plus qu'à n'importe quel écrivain." (Jean Cocteau)

Comme l'indique le bulletin d'information édité par la mairie de Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales) dans son numéro de décembre 2016 - janvier 2017, la place Erik Satie entièrement piétonne - située dans le quartier du Port entre des immeubles qui bordent le boulevard Desnoyer et la place de Marbre -, se découvre presque par hasard alors qu'elle comprend une douzaine de commerces (tabac-presse, coiffeur, restaurants...).

Le 15 juillet 1937, Georges Auric et Francis Poulenc jouent et enregistrent à Paris une version pour piano à 4 mains du ballet Parade et rendent ainsi hommage à Erik Satie (décédé en 1925), éternel jeune homme natif de Honfleur (Normandie), ville où ont aussi vu le jour l'humoriste Alphonse Allais, le peintre Eugène Boudin et Henri de Régnier de l'Académie française.

Erik Satie naît en 1866. A vingt-deux ans, il s'installe à Montmartre. Comme il est inscrit sur une plaque apposée sur la façade du 6 de la rue Cortot (Paris 18ème) : "Erik Satie compositeur de musique a vécu dans cette maison de 1890 à 1898." C'est l'époque où il rencontre Suzanne Valadon et son fils le peintre Maurice Utrillo. Pour gagner sa vie, il accepte un poste de pianiste au cabaret Le Chat Noir dont le décor gothique lui convient, puis à l'auberge du Clou où il fait la connaissance de Claude Debussy qui deviendra son ami. Il compose alors les Sarabandes et les Gymnopédies. Mais ses finances ne s'améliorant pas, il doit renoncer à la chambre inconfortable de la rue Cortot dont la vue "jusqu'à la frontière belge" lui permettait pourtant de se sentir, comme il disait, "au-dessus de ses créanciers".

Durant l'année 1915, il déjeune souvent au 4 de la rue Gaillard (Paris) chez des amis. Il ne connaissait pas Darius Milhaud qui habitait à proximité, mais il était intrigué lorsqu'au printemps, alors que les fenêtres étaient toutes ouvertes, il entendait de l'autre côté de la rue la musique de Milhaud. En cette même année, Jean Cocteau ébauche le livret d'un ballet qui sera créé deux ans plus tard : Parade. "L'idée m'en est venue pendant une permission d'avril 1915 (j'étais alors aux armées), en écoutant Satie jouer à 4 mains avec Viñes ses Morceaux en forme de poire." Jean Cocteau ajoute : "Satie est le contraire d'un improvisateur. On dirait que son œuvre est toute faite d'avance et qu'il la dégage note par note, méticuleusement." Au début de l'année 1917, Pablo Picasso et Jean Cocteau rejoignent à Rome - Apollinaire et Satie restent à Paris - la troupe des Ballets russes dirigée par Diaghilev pour les répétitions de Parade, ballet créé au théâtre du Châtelet (Paris) le 18 mai. L'orchestre est dirigé par Ernest Ansermet qui avait fait en 1916, une tournée aux Etats-Unis d'où il avait ramené des disques de jazz qui impressionnèrent Cocteau et dont Satie s'est inspiré pour écrire la musique de Parade. Après le scandale provoqué par le spectacle - et amplifié par Cocteau : "Picasso, Satie et moi ne pouvions rejoindre les coulisses. La foule nous reconnaissait, nous menaçait. Sans Apollinaire, son uniforme, et le bandage qui entourait sa tête, des femmes, armées d'épingles, nous eussent crevé les yeux." -, la critique s'en prend plus à la musique de Satie qu'à l'argument de Cocteau, la chorégraphie de Massine et les décors et costumes de Picasso. Le musicien supporte mal ces attaques. Et lorsqu'il lit dans la presse, sous la plume de Jean Poueigh qui l'avait pourtant félicité : "Les temps que nous vivons ne sont guère propices à de telles bravades", il réplique par une carte postale - avec l'humour qui le caractérise  : "Monsieur et cher ami, vous n'êtes qu'un cul, mais un cul sans musique". Poueigh assigne alors Satie en justice pour injures et diffamation - la carte postale n'ayant pas été mise sous enveloppe et ayant pu être lue par n'importe qui -, et prend pour le défendre l'avocat José Théry, celui-là même qui avait défendu Apollinaire lors de l'affaire des statues volées au Louvre en 1911. Satie est d'abord condamné à huit jours de prison et à mille francs d'amende. Il interjette appel et obtient un sursis.

Le ballet Parade est de nouveau représenté en 1920 avec cette fois beaucoup de succès. Raymond Radiguet écrira dans le journal Le Gaulois daté du 25 décembre 1920 : "Donc Parade n'est plus une œuvre "maudite", et les auteurs eux-mêmes sont tout prêts à trouver des excuses à l'attitude du public du Châtelet : mal averti, il croyait se trouver non pas devant une œuvre ne relevant d'aucune école, mais devant un manifeste cubiste. De plus, croyant le cubisme d'origine allemande, le public trouva tout naturellement indécent que l'on représentât en pleine guerre une œuvre soi-disant "munichoise".

Pourtant, "la partition à quatre mains de Parade est, d'un bout à l'autre, un chef-d'œuvre d'architecture; c'est ce que ne peuvent comprendre les oreilles habituées aux vagues et aux frissons. (...) Le public n'adopte hier que comme une arme pour frapper sur maintenant." (Jean Cocteau)                    

La place Erik Satie à Saint-Cyprien-Plage (Pyrénées-Orientales)

La place Erik Satie à Saint-Cyprien-Plage (Pyrénées-Orientales)

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Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
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