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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 13:16

Le 18 mai 1917, est créé au théâtre du Châtelet à Paris un ballet interprété par la troupe des Ballets russes de Diaghilev, sur une chorégraphie de Léonide Massine, sur une musique d'Erik Satie, sur un livret de Jean Cocteau et des décors et costumes de Pablo Picasso : Parade.

La générale comme les représentations suivantes des 21 et 23 mai déclenchent un scandale comparable à ceux provoqués par certains spectacles des Ballets russes et autres concerts : L'Après-midi d'un faune, sur une musique de Claude Debussy, où Nijinski, nu sous un vêtement qui le couvre à peine, prend son plaisir sur l'écharpe d'une nymphe (1912) et Le Sacre du Printemps d'Igor Stravinski (1913). "Œuvre outrageante pour le goût français" pour Jean Pouiegh, mal comprise par le public de 1917 qui "trouva tout naturellement indécent que l'on représentât en pleine guerre une œuvre soi-disant "munichoise" selon Raymond Radiguet, Parade connaitra néanmoins le succès en décembre 1920. Mais en 1920, l'auteur du programme de ce spectacle, le poète et critique d'art qui voyait le sur-réalisme capable de "séduire l'élite et se promet de modifier de fond en comble les arts et les mœurs, dans l'allégresse universelle" n'est plus là pour jouir du succès du ballet composé par ses amis. Guillaume Apollinaire s'est éteint en novembre 1918 à Paris, loin de Rome, sa ville natale où ont eu lieu au printemps 1917 les répétitions de Parade.

En mai 1909, Jean Cocteau qui n'a pas encore vingt ans, assiste à un spectacle des Ballets russes puis fait la connaissance de Serge de Diaghilev et de Nijinski. Le jeune Cocteau pense-t-il déjà à une collaboration avec le directeur des Ballets russes ? A relever le défi que Diaghilev a lancé au jeune poète en lui disant : "Etonne-moi." ? Cocteau pense à une collaboration pour un spectacle, un ballet. Le temps passe et en avril 1915, Jean Cocteau a l'idée de Parade au cours d'une permission - "J'étais alors aux armées", écrit-il - en écoutant Satie jouer à quatre mains avec Ricardo Viñes ses Morceaux en forme de poire. "Satie est le contraire d'un improvisateur, écrit Jean Cocteau. On dirait que son œuvre est toute faite d'avance et qu'il la dégage note par note, méticuleusement."   

Au cours de l'automne 1915, Picasso reçoit, dans son atelier de la rue Schoelcher à Paris la visite d'un jeune poète accompagné d'Edgar Varèse. Jean Cocteau qui, grâce à sa mère, est en relation avec la haute société parisienne et avec Diaghilev qui, deux ans plus tôt, a monté son Dieu bleu sur une musique de Reynaldo Hahn. C'est au cours d'une troisième visite, le 1er mai 1916, que Cocteau propose au peintre espagnol de collaborer à son ballet pour les décors et les costumes. Mais ce n'est qu'en août 1916, à force de relance, que Picasso accepte de faire Parade. "Picasso fait Parade avec nous", annonce triomphalement Cocteau à Valentine Grosz par un télégramme daté du 24 août 1916. A la fin de la même année, Cocteau fait la connaissance de Guillaume Apollinaire. Ce dernier qui vient de publier Le Poète assassiné, se remet lentement de sa blessure d'un éclat d'obus à la tempe droite (17 mars) et d'une trépanation subie le 9 mai. Jean Cocteau est subjugué par l'auteur du Pont Mirabeau. "Je l'ai connu en uniforme bleu pâle, écrit Cocteau, le crâne rasé, la tempe marquée d'une cicatrice pareille à l'étoile de mer." Le 26 novembre 1916, une soirée d'hommage à Apollinaire (excusé pour cause de convalescence) réunit Cendrars, Cocteau, Reverdy, Salmon et Max Jacob. Jean Cocteau lit Tristesse d'une étoile :

Une belle Minerve est l'enfant de ma tête

Une étoile de sang me couronne à jamais

La raison est au fond et le ciel est au faîte

Du chef où dès longtemps Déesse tu t'armais

C'est pourquoi de mes maux ce n'était pas le pire

Ce trou presque mortel et qui s'est étoilé

Mais le secret malheur qui nourrit mon délire

Est bien plus grand qu'aucune âme ait jamais celé

Et je porte avec moi cette ardente souffrance

Comme le ver luisant tient son corps enflammé

Comme au cœur du soldat il palpite la France

Et comme au cœur de lys le pollen parfumé.

(Guillaume Apollinaire)

Le 31 décembre 1916 a lieu un grand banquet au Palais d'Orléans (Paris) en hommage à Apollinaire. Le menu, rédigé par Max Jacob, propose entre autres, des "hors d'œuvre cubistes, orphistes, futuristes", des fromages "en cortège d'Orphée", etc. Après ces agapes, il faudra encore laisser passer quelques mois avant le début des répétions à Rome où Picasso et Cocteau séjourneront au printemps 1917...

              

  

   

Fresque dans l'église du Tibidabo (Barcelone)

Fresque dans l'église du Tibidabo (Barcelone)

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Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
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