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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 09:25

 

Juillet 1931 : Pierre Laval, président du Conseil et son ministre des Affaires étrangères, Aristide Briand, accueillent à Paris le chancelier allemand Bruning, le Foreign Secretary anglais et le secrétaire d'Etat américain. Erich Salomon est là, embusqué, appareil photo en main, pour fixer pour l'éternité les images des conférenciers avant et après les pourparlers, mais pour en faire des portraits de contemporains célèbres dans un moment d'inattention, selon le titre d'une conférence donnée par le photographe à Berlin le 6 mai 1931.  

 

"En 1930, Aristide Briand, alors ministre des Affaires étrangères, demanda un jour à ses collègues, lors d'une conférence internationale sur la paix, d'attendre avant d'entrer en séance qu'Erich Salomon fût là pour les photographier. "Quel crédit accorder à une conférence qui ne serait pas photographiée par Salomon ? demanda Briand. Personne ne croirait à son importance !" Il ne plaisantait qu'à demi.

Sa remarque soulignait la place qu'avait prise le reportage photographique et, dans ce domaine, la personnalité d'Erich Salomon. Grâce à lui, la photo sincère et révélatrice était devenue un véritable art. Le photographe recherchait à saisir le côté humain des grands de ce monde au travail et y parvenait. Il ne s'intéressait pas à la photo de groupe présentant les hautes personnalités figées sur un seul rang une fois réglées les affaires litigieuses, mais il cherchait à saisir une image des efforts des hommes pour élaborer une décision historique. En fait, pour décrire le travail photographique de Salomon, le journal anglais Graphic dut forger de toutes pièces l'expression de "candid camera" (photographie prise "à la sauvette")." (*)

 

Erich Salomon (1886-1944), fils d'un riche banquier de Berlin, lui-même docteur en droit, à débuté sa carrière de photographe professionnel en 1928 à l'âge de 42 ans. Et c'est à celui qui compte sans doute parmi les photographes les plus importants de l'histoire du photojournalisme - qu'Aristide Briand surnommait "le roi des indiscrets"-, que le musée du Jeu de Paume à Paris a rendu hommage dans une exposition en 2008. Il photographiait les personnalités et les célébrités et c'est en dévoilant la face cachée du portrait officiel et posé qu'il a donné naissance au photojournalisme moderne.

"Cependant, dans la personnalité de Salomon, il existait un aspect méconnu qu'il exprimait dans des photographies plus intimes grâce à un symbolisme subtil et un peu forcé. Ses commentaires photographiques sur son époque sont tout aussi éloquents que ses photographies de Pierre Laval et de Benito Mussolini, surpris dans des attitudes d'un grand naturel." (*)

 

En 1933, Erich Salomon quitte l'Allemagne nazie et se réfugie aux Pays-Bas. Dénoncé pendant la guerre, il est arrêté et déporté à Auschwitz où il meurt en 1944.

 

 

 

(*) Les grands photographes par Time-Life International (1971)

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