Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 08:02

 

 

Tandis que se tenait à Genève une importante conférence générale sur le désarmement, tandis que le nombre des chômeurs ne cessait d'augmenter en France, en Allemagne, aux Etats-Unis, tandis que le président Hoover allait annoncer qu'il réduirait son salaire de 20 %, tandis que Ravel s'apprêtait à créer son Don Quichotte à Dulcinée sur des textes de Paul Morand, tandis qu'André Maurois achevait son roman Le cercle de famille dans lequel il parle longuement de l'élection présidentielle de 1931, Aristide Briand se mourait.

 

Aristide Briand est mort le 7 mars 1932. Il y a quatre-vingts ans jour pour jour. Onze fois président du Conseil et vingt-cinq fois ministre, il avait, début janvier, quitté le gouvernement pour des raisons de santé, et s'était retiré dans sa maison de Cocherel dans l'Eure.

"Le 7 mars au matin, ambassadeurs, ministres et parlementaires de tous pays accourent 52, avenue Kléber où Briand, revenu de Cocherel, mourant, le dimanche précédent, vient de s'éteindre.

J'entre dans sa petite chambre, plus simple que celle d'un petit employé. Sur un modeste lit d'acajou, il est gauchement étendu, vêtu de sa jaquette noire, sa tête reposant parmi des violettes sur un oreiller blanc.

La mort a bien dissipé la tristesse mais point l'amertume de son visage ! Sa main est ouverte, la gauche crispe encore l'index de son pouce. Tous ses familiers sont là. L'artiste Charmy fait l'ultime portrait. Et le monde entier défile !" (1)

 

Aristide Briand est né le 28 mars 1862 à Nantes. Son père, Pierre-Guillaume Briand tient, avec sa femme, Marie-Magdeleine, un café dans la rue du Marchix. Après la guerre de 1870, il entre au collège à Saint-Nazaire où il est demi-pensionnaire ; il y est un excellent élève. En 1878, pourvu d'une bourse, il entre comme interne au lycée de Nantes. Il va avoir seize ans. Il paraît qu'il a gardé à partir de ce moment-là, le mépris des habits neufs et de toute discipline vestimentaire. Depuis l'enfance, il tient de sa mère, une légère déviation de la colonne vertébrale qui expliquera plus tard la voussure de son dos. A la fin de la troisième, il obtient le prix de Discours français, décerné par l'Académie de Rennes. Il passe et réussit le baccalauréat. Aussitôt il entre chez Maître Lucas, avoué, en qualité de clerc apprenti. En 1883, il va à Paris pour faire son droit. Il descend dans un ces modestes hôtels qui abondent alors dans les parages de la place Saint-Michel. Il étudie le droit, travaille dans une étude d'avoué située dans le quartier Latin et après deux ans, loue un modeste logement sur la rive droite, au 65 de la rue de Cléry. Il fait ses débuts de journaliste à la Démocratie de l'Ouest et son premier article, daté du 17 août 1884, qui lui avait été demandé par Eugène Couronné, fondateur du dit journal, parle du Congrès constitué de Versailles qui avait eu lieu quelques jours auparavant, pour statuer sur la révision partielle de la Constitution. Le titre de l'article Alea jacta est ne manque pas de piquant et met en évidence l'aspect déclamatoire qui fera son style lorsqu'il sera député. Il est vrai que dès ce début dans la vie puvlique, on va voir se préciser chez Briand une curieuse tactique pour conquérir les masses. Les violences verbales seront immédiatement suivies d'un correctif prudent dans ses actes. Il ne reculera pas au besoin devant la provocation des mots, mais il se reprendra aussitôt dans l'action par une réserve d'attitude d'autant plus aisée à observer qu'il s'est solidement attaché les confiances des auditoires par excès de langage. Le 24 octobre 1884, toujours dans le même journal, Briand fait paraître un article anticlérical à propos d'un enterrement civil. En novembre 1886, il s'inscrit au barreau de Saint-Nazaire en qualité de stagiaire et quitte le journal pour lequel il travaillait mais sera son avocat jusqu'en 1888. Une grave affaire de diffamation l'amène à défendre la Démocratie de l'Ouest qui, dans son numéro du 10 février 1888, a publié contre l'abbé Tixier, curé de Saint-Gohard, un article qui commençait par ces mots : "Le marchand de pain à cacheter de Saint-Gohard". On y lisait aussi que "l'église n'est qu'une baraque foraine et l'on n'y rentre qu'en payant...". C'est la première que Briand plaide devant une cour d'assises. En 1890, Briand demande son inscription au tableau d'avocat et cesse alors de plaider en qualité de stagiaire. En 1889, il se présente aux élections législatives dans l'arrondissement de Saint-Nazaire. Il est le candidat radical et boulangiste contre Simon, candidat opportuniste, et Maillard, candidat conservateur. Le programme de Briand se résume ainsi et on y retrouve ce qui fera le fil conducteur de sa politique quand il sera aux affaires :

Constitution, justice :

I. Election sous le régime du mandat impératif.

II. Révision de la Constitution : suppession du Sénat ou tout au moins son élection par un mode plus conforme aux principes du Suffrage universel.

III. Séparation des Eglises et de l'Etat ; suppression du budget des Cultes : consultation nationale.

IV. Suppression des trésoriers-payeurs généraux et des grosses sinécures. Augmentation du traitement des petits employés et des instituteurs.

V. Réformes judiciaires : suppression de l'inamovibilité des juges ; magistrature élue ; suppression des derniers privilèges.

VI. Autonomie communale.

VII. Rétribution de toutes les fonctions électives pour en faciliter l'accès à tous le citoyens.

VIII. Abolition du cumul.

Economie politique et finances :

I. Réformes fiscales : impôt progressif et proportionnel.

(..) III. Caisse et maisons de retraite pour les vieux ouvriers sans famille.

IV. Création de cours publics et gratuits d'économie ploitique et de législation populaire.

(...) IX. Révision des pensions de retraites servies aux bonapartistes et aux orléanistes.

Au premier tour, Maillard obtient 7 538 voix, Simon, 6 088, et Briand, 2 246 voix. Pour le second tour, Briand se désiste en faveur de Fidèle Simon qui est élu. (2) 

 

 

 

 

 

 

(1) Extrait de Vingt ans de suspense diplomatique de Geneviève Tabouis (Editions Albin Michel, 1958)

(2) D'après le livre de Georges Suarez : Briand. Sa vie, son oeuvre

 

"Briand était quand même la porte de la France ouverte sur le monde." : citation de l'écrivain allemand Sieburg reprise par Geneviève Tabouis dans le livre cité plus haut.

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
commenter cet article

commentaires