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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 10:27

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C'est en 1946 qu'Edouard Glissant quitte son île natale, la Martinique, pour aller suivre ses études à Paris. Il a alors dix-huit ans. En 1953, il obtient une licence de philosophie puis des diplômes d'études supérieures en ethnologie. Au début des années quatre-vingt, il est appelé à l'UNESCO et devient le directeur du Courrier de l'Unesco. Il quitte l'organisation internationale en 1988 pour accepter la proposition qui lui est faite aux Etats-Unis d'un poste de Distinguished Professor à l'université de Louisiane (LSU, Louisiana State University, à Baton Rouge). En 1993, il publie Les grands chaos dont Bayou constitue l'un des chapitres :

 

 

- Présentation

 

Au large du Meschacebé, Père des Eaux. Le paysage, horizontal à vertige, qui suit le cours de la rivière Atchafalaya. Il rencontre celui, obstiné en hauts et abîmes, qui en Martinique va de Balata au Mont Pelé, par la route de la Tracée. Approche d'un temps primordial, terre et eaux mêlées, où le rythme de la voix est élémentaire : Ici, battu de huit cadences. Tous se fond en cette mer et cette terre : Mythologies, la nuit africaine, le Vésuve imaginé, les caribous du Nord. L'écho-monde parle indistinctement. Le langage de l'Ile promet de s'accorder avec celui du continent, la parole archipélique avec la dense prose étalée. Un chant désarticulé en roches raides, sur la trace qui mène du conte au poème. Ainsi : "Boutou", bâton de mort, instrument de commandeur. "Grand-dégorgé", Caraïbe qui s'est jeté avec les siens du haut de la falaise, refusant Habitation... Les lis s'enmeurent, pourrissement fertile, par la grâce des dieux disparus. Mémoire de cette eau. Saisissement des avenues.

 

 

 

Que renaissent les lis sauvages

Renaissent les dieux en amont

Vrais dieux, vraies hordes, les Saturne

Ogoun, les sirènes, les lis

 

 

La mer sagace est entrée là

Elle a plani surface, elle a

Fêlé aux broussailles son val

Egalé souffrance et frontal

 

Ce qui reste de jour s'enferme

Dans un bord d'eau sous un ventail

Un homme y joute à ce travail

En parentale décimée

 

Les mousses-tain étaient d'Espagne

Et de Pérou la mer si proche

Attendez que s'y marque l'an

Sur une rose qui ne vèle

 

Quel, augure de mélaisser

La rumeur qui tarit là-bas 

Au noeud de branche où prend l'ennui

Recroquevillé lentement

 

La hottée de lentisques va

De chaussée en Golfe, le jour

A mis son eau dans la nuit claire

Et s'y mire de nuit sérère

 

Tout penche au silence et régale

A l'indécis des Vésuviers

Un caribou que vent n'achève

Un frais de houx qui ne dévire

 

Quel, augure de délacer

Le nid où sont nassés les mots

Turbulence tourbe nouées

Dans une faille qui chavire

 

Où vont les aptes Maléfices

Qui courent les sèves en fruit

Où, les embrassures de terre

Les embruns d'air déraisonné

 

N'attendez que défaille à cru

Aux idées qui tombent des Ombres

Cela qui pousse loin devant

La paille en or au clairin dur

 

Il n'y faut qu'un étal de larmes

Lis sauvage ou horde en haut mont

Ne faut qu'alarme et faute bise

Et que la rame lame au fond

 

Tombe et lève rien qu'une auto

Qui navigue en un pays fou

Il y mesure l'esu des mots

A l'ouvrage de vos glouglous

 

Et revient à cadence frèle

Au risque ardent de ses matins

Les cohées y fuient en dérade

Et s'y meurtrirent les oiseaux

 

                    *

 

Ras du sel de mai, cayali

Qui scellait étoile en midi

Sa voyance est de plume folle

Il s'est noyé dans un mécrit

 

D'ombre, bois durci, sucrier

Nom de cri plus que doux-mis

A tous chemins inachevés

Nous avons garé son dédit

 

Ortolan, dont on dit le rythme

Zortolan zortolan bénis

Leur nuage a péri, leur vent

A tourné en mévent maudit

 

Nous crions : C'est un bout de terre

Sur un Vaisseau de paradis,

Pipiri, touffe qui s'achève

Où s'effarent les hauts de nuit

 

Frégate ah frégate, navire

Qui n'est yole ni gommier bleu

Tu ne poses plume en corolle

Plus jamais sur les chadrons gris

 

                    *

 

Oiseaux zouézo gibiers partis

Où sont allés les tire-d'ailes

Flambants, messagers, tourterelles

Tant de souffles y ont tari

 

D'alors jusqu'à dorénavant

La feuille en la boue ruisselle

La racine d'eau fait liane

A l'arbre dont l'île est le fruit

 

Venait aux hâles de la gamme

Qu'avaient chantée les xamanas

La terre n'osait poser rame

A fond de l'Atchafalaya

 

Dieux perdus, qui cherchez travail

A séparer terres et nues

Quand l'eau hue au gras du feuillage

Sa rumeur jaune, sa massue

 

De la branche pend l'Ennemi

Recroquevillé sourdement

Nord et sud se sont immolés

Dans son mauve crucifiement

 

Mots d'îles mots de continent

Broussaillaient ce même chemin

Un pseudo saule vient lambin

Causer un lent tamarinier

 

Cela qui est horizontal

Plus que savane démarrée

Plus que noce qui se défait

Monte aux trois pattes d'un cheval

 

                    *

 

Bélès Boutous Mont-à-Missié

Assurés pas peut-êtrement

Falaise à vent, Grand dégorgé

Rache-fale qui prend balan

 

                    *

 

Bélè, bel air et beau serment

Du poème qui tourne à conte

Et dont le rythme ne mécompte

La prose plate du marais

 

Fale, falaise des aisselles

Que sueurs ravinent d'autant

Nous ne sommes sûrs que de vent

De bâton, ne frayons que laisse

 

Frayons mots que nous dérivons

En huit tambours de long antan

Mots qui font qu'homme bêche en boue

Et que pays souque patience

 

La mer remonte à tant d'enfance

Elle a pleuré sa face elle a

Tracé brousses dans Bezaudin

Equarri sable et vases fous

 

Fusent les dieux loueurs de houes

Etales noyés au chemin

Qui crochaient les palétuviers

Aux épyphites du bayou

 

 

 

 

Et que meurent les lis sauvages

Sous les ramiers de Balata,

La Tracée mêle en son nuage

L'eau qui piète aux boucans d'en-bas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo : Sur les bords du Mississippi en Louisiane. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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