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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 09:14

 

 

Le 19 février 1972 - il y a quarante ans jour pour jour -, la télévision française (il n'y avait alors que deux chaînes à la disposition des téléspectateurs) diffusait à 20h30, une émission de variétés intitulée La Parade des Baladins dont la vedette principale était Nino Ferrer (disparu tragiquement en 1998). Outre les chansons qui avaient fait sa gloire dans les années 60, Nino Ferrer interprétait, dans cette émission, une chanson extraite de son nouveau disque Métronomie, opus qui sera un échec commercial sauf pour une chanson La Maison près de la fontaine qui se vendra en format 45 tours à 500 000 exemplaires. C'était le temps des chansons écologistes, le temps où l'on rêvait d'une vie différente et où, comme l'a écrit Pierre Bréchon dans la revue Regards sur l'actualité (*), "le défense de la qualité de la vie et la protection de l'environnement deviennent des thèmes du débat politique. Le mythe du progrès commence à être remis en cause : la technologie moderne n' a pas que des effets bénéfiques ; le développement doit être maîtrisé si l'on veut éviter des catastrophes pour notre planète".

"La maison près des H.l.m. a fait place à l'usine et au supermarché,

Les arbres ont disparu mais ça sent l'hydrogène sulfuré...

C'est pas si mal, et c'est normal, c'est le progrès", dit la chanson de Nino Ferrer. 

En janvier 1971, le président de la République, Georges Pompidou, et le Premier ministre, Jacques Chaban-Delmas, qui avait dix-huit mois plus tôt présenté à la Chambre des députés son projet de "nouvelle société", décident de créer à l'occasion d'un remaniement ministériel, un nouveau ministère, celui de l'Environnement. Robert Poujade sera la première personne à occuper ce nouveau poste. Poujade, qui restera ministre de la Protection de la nature et de l'Environnement jusqu'au décès du président de la République en avril 1974, interrogé par les journalistes sur sa nouvelle tache parle de 100 mesures prioritaires dont l'amélioration du cadre de vie dans les villes et de la lutte contre la pollution marine et des rivières.

Nino Ferre ne sera pas le seul à chanter un monde différent, sans voitures et sans béton. Parmi les quelques chansons de l'époque, on peut citer :

Michel Fugain (1972) : "Merde que ma ville est belle sans ces putains de camions ; plus de gas oil mais du gazon jusque sur le goudron..."

Jacques Dutronc (1972) : "C'était un petit jardin au fond d'une cour à la Chaussée d'Antin... A la place du joli petit jardin, il y a l'entrée dun souterrain où sont rangées comme des parpaings, les automobiles du centre urbain..."

Pierre Perret (1974) : "Donnez-nous, donnez-nous des jardins, des jardins pour y faire des bêtises,

D'où l'on r'vient des p'tites fleurs à la main,

Quand on a déchiré sa chemise,

Loin des marteaux-piqueurs, des marchands de béton,

Qui feraient mieux de vendre des choux-fleurs,

Laissez pousser l'herbe, les arbres et les fleurs."

En juin 1972, sortait en librairie un hors série du Nouvel Observateur : "La dernière chance de la Terre". On pouvait y lire parmi les propos alarmistes sur l'avenir de notre planète, un article d'Edgar Morin intitulé An 1 de l'ère écologique. Notre professeure de Sciences naturelles nous l'avait fait acheter. Cette femme, qui avait vécu en Afrique au milieu des lions et des girafes (elle nous racontait souvent ses aventures et nous projetait des films sur la vie des animaux), qui passait tous ses étés en Suède, seul pays, disait-elle, qui respectait la nature parce qu'on y roulait à vélo, et qui confisquait les gommes parce que le papier ne mérite d'être maltraîté, passait à nos yeux pour une douce illuminée. L'année scolaire 71-72 avait fini avec elle par la lecture à voix haute de ce numéro du Nouvel Obs qui prévoyait que d'ici à 30 ans, il n'y aurait plus d'oiseaux, plus de forêts et qu'on ne trouverait d'écureuils (pour paraphraser Pierre Perret) que dans les caisses d'épargne. Poutant, en 1974, j'admirais (il n'y a pas d'autre terme) une affiche publicitaire 4 x 3 pour une marque de jeans, où la place de la Concorde à Paris avait été transformée en un immense green à l'anglaise où se prélassaient, au pied de l'obélisque, des jeunes (qui étaient plus âgés que moi), assis ou allongés, qui portaient les pantalons de la fameuse marque. Je rêvais que la dite place fût un jour un lieu paisible de promenade et non plus cette autoroute polluée où toute la journée se bousculent les véhicules qui vont dans tous les sens. Trente-huit après ce n'est pas gagné !

1974 est l'année où un représentant écologiste s'est présenté pour la première fois à l'élection présidentielle : René Dumont. Il n'obtint que 1,3 % des suffrages exprimés.

 

        

(*) Extraits de l'article Les écologistes aux urnes de Pierre Bréchon, professeur de science politique à l'IEP de Grenoble dans la revue Regards sur l'actualité de février 1992.  

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