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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 10:43

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Georges-Daniel de Monfreid, peintre roussillonais ami de Gauguin, épouse à Paris Emilie Bertrand en 1877. Un fils, Henry, naît deux ans plus tard, le 14 novembre 1879 à la Franqui (Aude), "sorte d'oasis au pied du plateau de Leucate, presqu'île isolée du monde". Une plaque rue Saint-Placide à Paris rappelle que "de 1885 à 92, il vit ici 'au milieu de cette ville aux maisons-falaises' jusqu'au divorce de ses parents ; à la mort de sa mère, un oncle sans scrupule le spollie de son cher domaine et le pousse vers une vie d'aventures. Sa rencontre avec Kessel le mène à la publication des Secrets de la Mer rouge. "J'ai donc écrit les 11 volumes de l'Envers de l'aventure... Mais je l'ai déjà dit, l'aventure est en nous. Elle surgit à l'improviste pour exploser au plus banal prétexte."   

En 1911, Henry de Monfreid quitte la France pour l'Abyssinie où il se lance dans le négoce des cuirs, puis s'installe à Djibouti deux ans plus tard. "Il allait y rester trente-deux ans. Marchand de perles, trafiquant d'armes, passeur d'or. Fasciné par la mer, les déserts de toutes natures et le fatalisme arabe. Peu à peu, il se transforme en cet escogriffe parcheminé dont la presse multipliera les photos, des années trente à celle de sa mort en 1974." (1)

A Djibouti, il doit subir des tracasseries administratives qui anéantissent ses plans. Il est alors fasciné par des îles sous domination turque au large de l'Arabie : les îles Farzan. "Une importante source de pétrole émerge à marée basse dans la partie sud des îles. Pour l'instant, cette source n'est utilisée que par les naturels, qui recueillent le naphte pour enduire leurs barques. En 1910, une compagnie allemande fit des forages qui amenèrent un grand débit de liquide, et l'anlyse révéla qu'il s'agissait de la même nappe pétrolifère exploitée en Egypte. Ces îles étaient turques au moment de la guerre avec l'Italie, en 1910. Les Allemands déguerpirent, mais, au préalable, ils aveuglèrent les forages en y coulant du plomb.

C'est dans cet état que je les trouvai en 1913." (2)  Henry de Monfreid voudrait y faire flotter les couleurs françaises car ces îles se trouvent dans un endroit stratégique en face du Yémen et y créer un établissement de culture perlière. "Cependant, je ne pouvais agir sans l'approbation de mon gouvernement en raison de l'état de l'état de guerre - nous étions en mai 1915. M. Dalbiez, député et ami de ma famille, m'offrit de me présenter au ministre des Colonies, M. Doumergue.

Le peintre Daniel de Monfreid, père de Henry, avait de nombreux amis aussi bien dans le monde artistique que dans le monde politique et connaissait bien Victor Dalbiez dont le père avait été maire de Corneilla-de-Conflent.

Victor Dalbiez (1876-1954) à été député des Pyrénees-Orientales de 1909 à 1919 et de 1924 à 1927 puis sénateur de 1927 à 1936 date à laquelle il s'est retiré de la vie politique. Il a aussi été ministre des Régions libérées de juin 1924 à avril 1925, maire de Perpignan et président du Conseil général des Pyrénées-Orientales.

"J'arrivai à Djibouti le 15 février, après un très pénible voyage vent debout. Ma première visite fut pour M. Simoni, le gouverneur, que me remit une lettre du ministre. Je la transcris :

 

Ministère des Colonies, Service de l'Océan Indien

S.A. des îles Farzan

 

Paris, le 7 janvier 1916

 

Le ministre des Colonies à M. de Monfreid, Djibouti

 

Monsieur,

 

Par lettre du 7 octobre 1915 et sous le couvert de M. Dalbiez, député, vous avez cru devoir me faire savoir les difficultés que vous rencontrez dans votre tentative d'installation aux îles Farzan.

D'accord avec M. le président du Conseil, ministre des Affaires étrangères, j'ai l'honneur de vous faire connaître que nous ne saurions intervenir en quelque façon que ce soit en faveur d'une entreprise dont vous reconnaissez vous-mêmes les très grandes difficultés.

Vous agissez à vos risques et périls, à titre purement privé, et M. le ministre des Affaires étrangères m'a demandé de vous notifier d'une façon très nette que son département ne se laisserait entraîner à votre égard à aucune initiative vis-à-vis du gouvernement britannique.

Recevez, monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.

DOUMERGUE

 

Je restai abasourdi de cette réponse. Alors, voilà tout le parti que le ministre des Affaires étrangères a su tirer de mes efforts ! En vérité, les Anglais doivent bien rire, et cette façon d'agir laisse prévoir déjà quelle sera notre attitude au Traité de Versailles !

M. Simoni parut également surpris de ce manque de fermeté, mais il m'exhorta à la philosophie.

Il avait raison. N'avons-nous pas laissé prendre aux Anglais les Indes et le Canada ? Un peu de fermeté eût changé les choses, car nous aurions aussi perdu l'Algérie si, en 1830, Polignac s'était laissé intimider par les rodomontades anglaises et n'avait pas débarqué, malgré eux, les troupes d'occupation...

A l'heure actuelle, le pavillon anglais flotte à Farzan, les sources de pétrole sont gardées et leurs abords interdits, même aux indigènes." (2)^

 

Au cours de son long séjour en Arabie et dans la Corne de l'Afrique, Monfreid fait la connaissance de deux personnages importants : Paul Marill et Antonin Besse.

 

"Pierre Paul Marill, mieux connu par son second prénom, débarque à Djibouti le 14 février 1903. Paul Marill, bien que né en Algérie en 1880, était issu d'une famille du Roussillon. Son père possédait une liégerie à Algésiras qu'il vendit au tournant du siècle. L'argent recueilli fut partagé entre les deux enfants. Paul Marill s'orienta vers le jeune territoire français de la Côte des Somalis. Jean Guarrigue, créa en 1896, une factorerie au Harar (Ethiopie). Ce négociant qui avait diversifié ses affaires, s'apprêtait à ouvrir une nouvelle factorerie à Diré-Dawa (Ethiopie). Sans héritier pour le soutenir, il se tourna vers sa région d'origine, le Roussillon, pour recruter un partenaire sérieux et entreprenant. Il le trouva en la personne de Paul Marill qui détenait de la vente de la liégerie, un solide capital de 50 000 francs-or. Ils fondèrent alors la maison Garrigue et Marill, implantée à la fois au Harar et à Djibouti. Au décès de Jean Garrigue, survenu en 1909, Paul Marill reprenait seul la direction de l'affaire. (...)

Le déclenchement du premier conflit mondial allait contraindre Paul Marill à abandonner ses affaires et à les confier à son associé Joseph Allègre. Il fut affecté au bataillon de réserve de Rabat et, devenu sursitaire en appel, le 7 octobre 1917, il regagna Djibouti, accompagné de son épouse française. Le ménage eut trois enfants. Paul Marill reprit ses activités, et les diversifia, café, armes, peaux et notamment en s'associant avec Henry de Monfreid pour la construction de boutres motorisés, dont l'Altaïr, boutre de légende à bord duquel Henri de Monfreid parcouru la Mer rouge et écrivit Les Secrets de la Mer rouge." (3) 

 

Antonin Besse (1877-1951), originaire du Languedoc mais de descendance anglaise était un homme d'affaires qui a fondé un puissant empire commercial à Aden. "Antonin Besse est un homme extraordinaire, une sorte de génie dans le domaine des affaires. Originaire du Midi de la France, du Languedoc je crois, où ses parents faisaient un commerce de chevaux, sans fortune, avec un léger bagage d'instruction très primaire, il vint en Afrique comme commis de factorerie. Il épousa une femme plus âgée que lui, mais assez riche pour lui permettre de tenter la fortune.

En quinze ans, il est parvenu à la tête d'une affaire qui brasse des millions, avec des bureaux à Londres, à New York et à Hambourg. Il est le seul maître de cette organisation splendide, qu'il a créée et qu'il mène avec une géniale intuition, comme s'il avait un don de double vue.

Une mémoire prodigieuse lui a permis de cultiver son esprit par des lectures que, d'instinct, il a choisi bonnes. Il a découvert ainsi Stendhal, Rémy de Gourmont, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, etc., et révèle ces noms inconnus à ceux qu'il pense digne d'entretiens littéraires. Je n'ai eu garde de lui dire que j'avais entendu parler de ces écrivains, pour lui laisser la visible satisfaction de m'instruire. Mais, si j'ai été amusé de sa naïveté, je n'en ai pas moins admiré la sûreté de son goût." (2)

 

 

 

(1) Extrait d'un article de Eric Deschodt (Le Figaro-Magazine, 16 juillet 1988).

(2) Aventures de mer, Henry de Monfreid (Grasset, 1950).

(3) Extrait de la page internet "groupe-marill.com" 

 

Photo : La Costa Brava où Henry de Monfreid se rendait souvent à bicyclette. 

 

 

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