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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 14:53

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Aller plus vite, toujours plus vite, pour aller où, vers quoi, vers qui ? Après les supersoniques, les trains à grande vitesse, l'information qui se déplace plus vite que la lumière, la fabrication des gens speedés, du fast tout et n'importe quoi,  voici venu le temps de la limitation de vitesse, du slow quelque chose, du plaisir d'aller lentement. C'est un coup d'arrêt aux gens qui courent après le train ou le dernier métro, qui courent dans un stade après qui, après quoi ?, qui s'agitent dans les bourses, les supermarchés, pour les soldes, les rabais, les promotions, les augmentations. On achète tout sur internet parce que ça-va-plus-vite, même s'il n'y a rien à vendre au bout de la transaction, mais on pense faire une bonne affaire, cela évite d'avoir à parler à quelqu'un, un employé pressuré par un superviseur, lui-même laminé par un supérieur qui veut du chiffre, du chiffre et encore du chiffre... Cette idée d'aller plus vite, toujours plus vite, une idée neuve ? : "En Louisiane même, des compagnies financées par des hommes aussi confiants que le fils de Virginie établissaient des projets, achetaient des terrains et mettaient en chantier des lignes nouvelles. Ainsi, la compagnie 'Nouvelle-Orléans-Mobile and Chattanooga Railroad' s'apprêtait à poser le premier rail de la voie qui relierait, après un parcours de cent quarante miles, La Nouvelle-Orléans à La Mobile, en Alabama.

Une autre ligne prévue entre Chattanooga (Tennessee) et Meridian, dans l'Etat du Mississippi, permettait de desservir le nord de l'Alabama. Animée par des financiers de Boston, la compagnie concessionnaire venait d'émettre sur les marchés d'Europe pour trois millions de dollars d'obligations garanties par l'Etat de l'Alabama. Cette ligne, raccordée à celle de 'La Nouvelle-Orléans - Jackson and Great Southern Railroad', raccourcirait de deux cents miles le parcours ferroviaire entre La Nouvelle-Orléans et New York." (1)

Raccourcir les parcours, il faut voir comment l'Homme vainc les distances, comment la carte de France s'est réduite (la superficie en est-elle toujours de 550 000 km2 ?) ; Lille est à 1 heure de Paris, Marseille à 3 heures, Nice et Perpignan à 5 heures en TGV. Mais il est temps de se calmer, de souffler, de respirer, la durée de vie s'allonge. Chopin est mort à 39 ans, Jacques Brel et Bernard Dimey à 49, mais nous, nous avons tout le temps puisqu'on nous dit qu'un bébé sur deux qui naît maintenant vivra cent ans ; alors pourquoi accélérer quand nous pouvons ralentir. On nous le dit, on nous le répète, partout dans les multimédia, le monde est lancé à pleine vitesse et il est grand temps d'apprendre à ralentir le rythme. "Ah ! Messieurs, qu'est-ce donc que cette vitesse dont on nous rebat les oreilles et qui, dans le domaine spirituel est aussi risible que dans le domaine de la route ? Tout le monde se retrouve au feu rouge ou à l'hôpital. Au reste on allait jadis plus vite que nous. César a conquis la Gaule en six jours et Benjamin Constant, manquant Madame de Staël à Moscou, l'allait rejoindre à Londres, non sans s'être assuré qu'elle avait fait un crochet par Florence.

Ce culte de la vitesse détermine un vocabulaire sportif. Sur notre route abstraite une immobilité vertigineuse n'oblige personne à dépasser personne. Or, il convient aujourd'hui de dire qu'on dépasse ou qu'on est dépassé.

Paradoxalement, ce vocabulaire et ce culte obligent la jeunesse à devenir conservatrice d'anciennes anarchies. J'ai vu des jeunes embrasser si étroitement une idée neuve et courir si vite avec elle, qu'ils ne la sentaient point prendre de l'âge entre leurs bras. Ce culte est un vrai piège pour les jeunes. Le jeune homme marche au bord de la grande route, éclaboussée de boue, de lumières insolentes. Il se ronge de fièvre, de fatigue, de honte. Que faire ? Et il se livre à la pantomime de l'auto-stop. Il monte dans une voiture inconnue. Il adopte une vitesse inconnue. Imitant la phrase du roi de l'égocentrisme, il pense : 'J'ai failli attendre.' Et il ajoute : 'Je suis sauvé.' Il est perdu." (2)

 

 

Citations extraites de : (1) "Fausse Rivière" (roman de Maurice Denuzière), à propos de la construction de voies ferroviaires aux Etats-Unis dans les années 1860. (2) Discours de réception prononcé par Jean Cocteau à l'Académie française en 1955.        

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commentaires

christian lemenuisiart 10/07/2011 12:57


Une visite a pleine vitesse mais sur l'ordi alors sans risque
Bon dimanche


michel.cristofol.over-blog.com 01/07/2011 19:22


Et si l'on se faisait, tout simplement, une petite sieste catalane ? " Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. " nous a dit
Blaise Pascal. Lire " Du bon usage de la lenteur " de Pierre Sansot ( manuels Payot ) et voir les deux articles consacrés à ce sujet des 23/11/10 et 22/02/11 sur le blog de Michel Cristofol.


bonnel 30/06/2011 16:37


T.Bon article, au rythme rapide ! Les futuristes me semble-t-il faisaient l'éloge de la vitesse et des voitures de course...Un sociologue (originaire de Montpellier..?) a fait l'éloge de la
lenteur, mais je n'ai pas lu ce livre au titre prometteur...