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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 08:18

 

 

Petit rappel historique (voir notre article du 7 mars 2012) : Récipiendaire du prix Nobel de la paix en 1926 qu'il partage avec le ministre allemand des Affaires étrangères Gustav Stresemann (1878-1929), Aristide Briand est l'artisan d'un pacte qui condamne la guerre et qui est signé à Paris le 27 août 1929 sous le nom de Pacte Briand-Kellog, ce dernier étant secrétaire d'Etat américain (*), et qui est signé par cinquante-sept pays. "La mariée était ce parchemin virginal disposé sur ce cocasse petit pupitre. Silencieusement, les délégués venaient y apposer leurs signatures. Assis sous l'horloge symbolique, Briand avait à sa droite le grand juriste américain Kellog et à sa gauche Stresemann visiblement mourrant." (1) L'année suivante, le ministre français des Affaires étrangères propose un régime d'union fédérale européenne. "Renversant pour la première fois le problème, Briand s'écrie : "C'est en traitant les questions sous l'angle politique que les gouvernements pourront résoudre les problèmes de collaboration économique. Entre des peuples géographiquement groupés comme les peuples d'Europe, devrait exister un lien fédéral !" (1)

 

L'élection présidentielle de 1931 : Début 1931, Pierre Laval devient le nouveau président du Conseil. Aristide Briand reste au Quai d'Orsay, poste qu'il occupe depuis 1926. Le mandat de Gaston Doumergue s'achevant, l'élection présidentielle est prévue pour le 13 mai 1931. Sous la IIIème République, le président de la République était élu "à la majorité absolue des suffrages par le Sénat et par la Chambre des députés réunis en Assemblée nationale. Il est nommé pour sept ans. Il est rééligible." (3)

"L'élection présidentielle de 1931 divisa pendant quinze jours, non la France, mais les cinq mille personnes qui, "parce qu'elles se couchent tard, croient mener le monde", presque aussi profondément que jadis l'Affaire Dreyfus.

(...) - Admettons même, dit-il, que vous ayez raison sur le fond... En fait et dans l'état présent de l'opinion publique, l'élection de Briand n'est plus souhaitable parce qu'elle couperait la France en deux. Le Président doit être un élément de modération, un frein, un volant, non un sujet de controverse... Supposons que demain vous fassiez élire Briand ; que sera son retour à Paris ? Vous aurez des manifestations hostiles." (2)

L'entourage d'Aristide Briand, hormis son chef de Cabinet Alexis Léger, le pousse à se présenter : Briand élu, l'Elysée arborerait alors le drapeau de la paix et il pourrait écarter du pouvoir tous ceux susceptibles de troubler l'entente franco-allemande. "En réalité, c'est au progrès de sa maladie qu'il faut attribuer la décision inattendue, que prend Briand à la fin de la première semaine de mai 1931, de se présenter à la présidence de la République, lui qui avait toujours eu horreur de la vie que mène en France le chef de l'Etat." (1) C'est seulement quelques jours avant l'élection que Briand décide de poser sa candidature. Paul Doumer est aussi candidat. "Peycelon dit : "Il faut nous attendre aux trahisons de la dernière minute ! Il y a huit jours, Tardieu qui, à la Chambre des députés, a promis à Briand 60 voix, avant-hier, ne lui en garantissait plus que 40 ! Et hier soir, il ne lui en a plus laissé que 10 !" (1) Sénateurs et députés votent. On annonce à Briand que Doumer a 40 voix de plus que lui au premier tour. Au second tour, Briand est encore plus largement distancé : Flandin, Maginot et Tardieu qui ont pourtant poussé Briand à se présenter, jouent maintenant contre lui pour le "ruiner complètement vis-à-vis de l'opinion publique et surtout vous discréditer comme ministre des Affaires étrangères". (1) Paul Doumer est élu président de la République. "C'était lugubre... Les couloirs sentaient la trahison et le renfermé... Dès que le résultat du premier tour a été connu, un vide affreux s'est fait autour de briand... Ce vieil homme courbé, soudain seul au milieu de la Galerie des Glaces, c'était shakespearien... Je me suis approché ; il m'a dit avec un effort de gaieté : "Que voulez-vous, ils ont voté pour leur Président". (2)

 

Que deviennent Briand et Doumer ? : Aristide Briand reste au Quai d'Orsay jusqu'en janvier 1932. Pour des raisons de santé, il démissionne de son poste de ministre des Affaires étrangères. Il meurt le 7 mars 1932. Paul Doumer est assassiné à Paris le 7 mai 1932.

 

 

(1) Geneviève Tabouis, Vingt ans de suspense diplomatique (Editions Albin Michel, 1958).

(2) André Maurois de l'Académie française, Le Cercle de famille (Bernard Grasset éditeur, 1932). 

(3) Chapitre sur la loi du 25 février 1875 relative à l'organisation des pouvoirs publics dans les Constitutions de la France depuis 1789 (Garnier-Flammarion, 1979). 

 

(*) Franck B. Kellog (1856-1937) reçut le prix Nobel de la paix en 1929.   

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