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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 09:38

037 Sur la façade de l'hôtel Tryp Gran Via à Madrid, une plaque rappelle que "Desde el hotel Gran Via Ernest Hemingway escribio en 1936 sus mejores cronicas sobre la guerra civil Espanola", dans cet hôtel, Ernest Hemingway a écrit en 1936 ses meilleures chroniques sur la guerre civile espagnole. Ernest Hemingway est mort il y a cinquante ans, le 2 juillet 1961.

 

Il effectue un premier voyage en Espagne au printemps de l'année 1923, puis y retourne chaque année, où il participe à des fêtes taurines à Pampelune qui lui inspirent le thème de son premier roman, "Le Soleil se lève aussi". En 1931, année de la proclamation de la IIème République, il fait un nouveau voyage en Espagne, au cours duquel il acquiert une connaissance approfondie de la tauromachie auprès de toreros de renom ; ce nouveau voyage lui inspire "Mort dans l'après-midi". Le 16 octobre 1933, il écrit de Madrid : "L'Espagne est dans ce qu'on appelle une situation confuse. Tous les idéalistes à présent au pouvoir se partagent le gâteau et ils en sont arrivés au point où les parts sont plutôt minces. Quand ils n'auront plus de gâteau il y aura une autre révolution." 

Le 17 juillet 1936, un soulèvement contre le gouvernement de Frente Popular, formé quelques mois plus tôt, a lieu au Maroc espagnol. Ernest Hemingway, qui durant la première Guerre mondiale s'est engagé sur le front italien ("l'Adieu aux armes"), qui aime passionnément l'Espagne, qui s'inquiète de la montée des fascismes en Europe, veut payer de sa personne. Il ne fait pas que donner 40 000 dollars à l'Espagne républicaine pour l'achat de matériel sanitaire ; par Paris, Toulouse et Barcelone, il rejoint Madrid comme correspondant de guerre de l'association des journalistes américains. En 1938, en collaboration avec Joris Ivens, il écrit le commentaire du film "The Spanish earth" ("Terre d'Espagne"). Pendant le tournage, il partage la vie des combattants sur le front de Madrid. De nombreux Américains et Canadiens se sont engagés aux côtés des républicains, comme l'a rappelé John V. Murra, de la Cornell University de Ithaca (Etat de New York), lors du colloque qui s'est tenu à Perpignan, en septembre 1989 sur la guerre civile espagnole :

"Quelques mois après le commencement du recrutement des Brigades internationales, alors que leur rôle décisif dans la défense de Madrid pendant l'automne 1936 était déjà connu, les premiers volontaires canadiens et nord-américains quittaient le port de New York, fin décembre 1936. Ils passaient la frontière espagnole légalement, par train. En février 1937 ils rejoignaient au front de Jarama, leurs camarades anglais, gallois et écossais, arrivés en octobre. Tous ensemble, ces volontaires allaient former les bataillons 57, 58 et 60 de la XVème Brigade internationale. Ce premier contingent d'outre-mer fut suivi par d'autres jusqu'au paquebot Ile-de-France qui, en février 1937, amenait plus de 200 volontaires canadiens, cubains et nord-américains. Ces volontaires arrivèrent au Havre trop tard. La frontière était fermée, le gouvernement du Front Populaire ayant accepté les instructions du Comité de non-intervention. Le préfet du Havre et le consul des Etats-Unis ont essayé de convaincre les nouveaux arrivés que le voyage en Espagne était impossible ; on leur offrait de retourner en Amérique. (...) Vingt-quatre heures après notre arrivée à Paris, je recevais l'ordre de mon commissaire politique, qui nous avait accompagné depuis Chicago, de partir pour Perpignan. J'étais accompagné par un autre jeune francophone, Ferrer Marcellin, fils d'un anarchiste québecois. Nous passâmes trois mois dans la région qui nous accueille aujourd'hui, entre Perpignan, Carcassonne, Narbonne, Béziers, Sète et même Arles, à recevoir et caser des centaines (peut-être plus de mille) volontaires de langue anglaise et à leur trouver un hébergement chez l'habitant dans des communes dirigées par des maires de Front populaire. (...) Les habitants qui nous offraient leur hospitalité étaient pleins de soins à notre égard, Les camarades de Perpignan payaient la facture mais nous bénéficiâmes aussi d'une hospitalité qui n'est pas facturable. Le football était un lien et les camarades irlandais et gallois en profitaient, mais en 1937, aux Etats-Unis, c'était un sport marginal, presqu'inconnu. L'attente, l'ennui, particulièrement les premiers mois, quand le réseau qui faisait passer la frontière n'était qu'irrégulier, créaient des tensions, des malentendus entre communautés ethniques. Il n'y avait rien à lire en anglais. (...) Au mois de mai 1937, Marcellin et moi, nous passâmes aussi la frontière, vers l'armée."

 

Le séjour de Ernest Hemingway en Espagne durant la guerre civile donne, en 1940, un roman, "Pour qui sonne le glas". Dans ce roman, où des hommes ont pour mission de faire sauter un pont pour permettre une offensive républicaine vers Ségovie et ainsi empêcher les troupes franquistes d'envoyer des renforts, Hemingway décrit les atrocités de la guerre dans les deux camps : massacres, viols, règlement de compte.

Le 23 décembre 1938, Franco déclenche une offensive pour envahir la Catalogne. Barcelone tombe presque sans combats à la fin de janvier 1939. Les armées franquistes remontent alors vers la frontière pousant devant elles un demi-million de réfugiés et toutes les autorités républicaines qui sont autorisés à entrer en France à partir du 28 janvier. Le 10 février 1939, les troupes franquistes atteignent les derniers postes-frontière. Le 1er avril 1939, Franco lance alors l'invasion finale sur Madrid et les dernières portions de territoire républicain tombent.

 

Dans les années 50, Ernest Hemingway retourne en Espagne pour la première fois depuis la fin de la guerre civile ; il travaille sur un livre consacré à la tauromachie avec la collaboration de Dominguez et d'Ordonez, deux toreros réputés.

"D'après la version imprimée, indéniablement plus flatteuse pour le narrateur, le policier des frontières à Irun avait immédiatement reconnu Hemingway, il s'était levé en lui tendant la main et l'avait félicité pour ses romans, qu'il assurait avoir lus. Difficile à croire, néanmoins. Il semble peu probable qu'en 1953 un policier de la dictature ait lu, et apprécié, l'oeuvre romanesque d'Ernest Hemingway.

(...) Au restaurant El Callejon, pendant la paisible conversation qui s'engagea après le repas, Leidson entendit une première version de cette histoire du retour. D'après celle-ci, le policier avait dit, tout en examinant le passeport d'Hemingway : 'Quelle surprise ! vous avez le même nom que cet Américain qui s'est engagé aux côtés des rouges, pendant notre guerre...' En disant cela, il avait levé les yeux. Et Hemingway lui avait répondu : 'J'ai le même nom que lui, parce que je suis précisément cet Américain qui s'est engagé aux côtés des rouges, pendant votre guerre...' Le policier tressaillit. Son regard s'emplit d'une noirceur rageuse. Il se sentit néanmoins impuissant. Un yankee était un yankee, intouchable, qu'il se fût engagé aux côtés des rouges, des blancs, et même du côté du diable." Jorge Semprun, "Vingt ans et un jour" 

  

 

Photo, la tauromachie, passion d'Ernest Hemingwway.

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Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
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commentaires

for more details 19/09/2014 13:47

Ernest Hemingway was one the great writers of all time. I have read the novel the sun also rises. I was stunned by the novel for next two or three weeks. It was that good. I am a writer too. He is my idol actually.