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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 08:20

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Figueres, ville principale de l'Ampourdan, à 55 kilomètres au Sud de Perpignan, est reliée par TGV depuis Paris - gare de Lyon en seulement 5 heures 25. Chaque jeudi matin, la ville s'anime grâce à son marché qui attire la foule des Sud-Catalans, mais aussi celle des Catalans du Nord. La visite de la ville de Figueres, cité millénaire - l'histoire de la paroisse Saint-Pierre remonte à l'an 1020 -, mêle architecture, promenade sur la Rambla, et surprise quand on pénêtre pour la première fois dans le musée Dali.

 

L'église Saint-Pierre actuelle, construite à partir de 1346 - la nef gothique date de cette période -, a été achevée au 16ème siècle. C'est dans cette église qu'eut lieu, en 1701, le mariage du roi Philippe V avec la princesse Marie-Louise de Savoie. Philippe V, monté sur le trône quelques mois auparavant, se trouvait à Barcelone pour la tenue des Etats Généraux de Catalogne et pour son mariage qui devait avoir lieu dans cette ville. La princesse Marie-Louise devait arriver par mer depuis l'Italie, mais la tramontane, empêchant le navire d'aller au-delà de Marseille, elle dût continuer sonn voyage par la route. Le roi, apprenat ce changement d'itinéraire, décida que le mariage aurait lieu à Figueras, première ville espagnole après la frontière française. Le mariage fut célébré le 3 novembre 1701 à six heures de l'après-midi au cours d'une cérémonie très simple, présidée par le Patriarche des Indes. Le couple royal resta deux jours à Figueras avant de repartir pour Barcelone. C'est dans cette même église que fut baptisé, le 20 mai 1904, le petit Salvador Dali, né quelques jours plus tôt. C'est aussi dans cette église qu'eurent lieu ses obsèques, le 25 janvier 1989. Le représentant du gouvernement espagnol, Jorge Semprun, ministre de la Culture de 1988 à 1991, assiste à la cérémonie à côté de Jordi Pujol, président de la Generalitat de Catalunya.

 

" Debout, dans la nef de l'église de Figueras, j'écoutais le prêtre qui déclamait l'oraison funèbre de Salvador Dali. Qui la déclamait pour la troisième fois, d'ailleurs. Il l'avait dite d'abord en catalan, en castillan ensuite, puis en français. Nous y étions. (...) Quoi qu'il en fût des véritables desseins du prêtre polyglotte, nous étions le mercredi 25 janvier 1989 dans l'église de Figueras. Nous assistions à l'office funèbre pour Salvador Dali. Jordi Pujol y représentait le gouvernement autonome catalan, j'y représentais le gouvernement espagnol. De ce fait, j'étais en quelque sorte l'héritier de Dali, car le peintre avait fait un pied de nez à l'opinion publique catalane en léguant tous ses biens à l'Etat espagnol. L'ouverture de son testament, la veille de cette cérémonie funèbre, avait provoqué un tollé considérable chez certains hommes politiques et intellectuels de l'extrémisme nationaliste, qui reprochaient avec véhémence à l'Etat espagnol cette 'nouvelle spoliation des richesses culturelles de la Catalogne'.

(...) A l'issue de la cérémonie, j'ai échangé quelques mots avec le président de la Generalitat. Je lui ai fait comprendre que j'étais décidé à traiter la question du legs de Dali dans l'intérêt mutuel des deux parties. 'Même si l'Etat est propriétaire des tableaux, lui ai-je annoncé, la Catalogne gardera dans ses musées la part qui lui correspond naturellement de l'héritage dalinien. Nous ferons un partage équitable, soyez-en assuré !'. La première lueur de son regard exprimait la surprise. Mêlée de satisfaction sans doute. Surprise tout de même. (...) Sa méfiance ne concernait pas seulement la crédibilité de ma déclaration. C'était une méfiance à un niveau plus profond, plus essentiel. Ne valait-il pas mieux, tout compte fait, pour le nationalisme catalan, que l'Etat se montrât arrogant et annexionniste, dans la question de l'héritage de Dali ? Ainsi se justifierait une propagande habituée à charger Madrid de tous les péchés, à en faire le bouc émissaire des difficultés catalanes.

Quelques jours après cette conversation lors des obsèques de Salvador Dali, je fus obligé de me rendre à Barcelone. 

(...) La question fut réglée aisément. J'eus une longue entrevue avec le président Pujol, suivie d'une réunion de travail avec Joan Guitart, le Conseller de Culture de la Generalitat. Ils furent bien obligé de se convaincre du sérieux de mes propositions. Nous décidâmes de créer une commission mixte d'experts qui se chargerait d'établir un inventaire complet des biens constituant l'héritage de Dali et de préparer un partage équitable des toiles, tenant compte des besoins et des possibilités des divers musées concernés, à Madrid et en Catalogne.

La conférence de presse tenue après ces accords mit fin, ou du moins une sourdine, aux campagnes extrémistes en cours." Jorge Semprun, "Federico Sanchez vous salue bien"

 

 

Photo, Figueres, à 55 kilomètres au Sud de Perpignan, à 24 minutes en TGV.

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Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
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