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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 09:07

010-copie-5Chaque lundi jusqu'au début de l'été, nous roulerons sur la Highway 66 à la découverte d'une ville, d'un village, d'un musée, d'une église, d'une personnalité, d'un petit bout d'histoire des Pyrénées-Orientales. Aujourd'hui, parlons de Henry de Monfreid (1879-1974), aventurier et auteur de plusieurs romans sur ses séjours en Afrique et dans le golfe Persique. Il est le fils du peintre Georges-Daniel de Monfreid, ami de Gauguin ; les deux peintres ont co-signé une toile "Le bouquet de lilas" ; leurs deux signatures sont gravées dans la pâte : P. GO et GDM.

 

En 1879, naît à Leucate dans l'Aude, Henry, fils de Georges-Daniel de Monfreid. "Le plateau de Leucate, comme un îlot dressé sur les côtes basses, forme une presqu'île entourée par la mer et des étangs.

La tradition veut que son nom lui ait été donné par des navigateurs grecs, à cause de sa ressemblance avec le rocher de Leucate ; le t remplça de d par la prononciation locale.

On dit même que la population actuelle descend d'une colonie grecque qui se fixa en ce point à la suite d'un naufrage.

Encore aujourd'hui, le type des femmes conserve en son profil droit le souvenir de ses antiques origines." (1)

Leucate dans l'Aude, tiendrait donc son nom de Leucade, île Ionienne reliée au continent par un pont et connue pour son rocher près du village de Vassiliki, falaise haute de 72 mètres du sommet de laquelle se serait jetée la poétesse Sappho au 6ème siècle avant notre ère.

Marin comme son père, aventurier, il quitte la France à l'âge de 32 ans, en 1911, parce qu'il y étouffe ; il mène sur les rives de la mer Rouge et du golfe Persique ainsi qu'en Ethiopie, une vie tumultueuse qui lui inspire des récits de voyage parmi lesquels "Les Secrets de la mer Rouge" (1932), "Aventures en mer Rouge", "Aventures en Afrique", "La Sirène de Rio Pongo". Il sera tour à tour marchand de perles, trafiquant d'armes, passeur d'or. A Djibouti, Henry de Monfreid s'associe avec Paul Marill, qui né en Algérie est issu d'une famille du Roussillon, dans la construction de boutres (*) motorisés, dont l'Altaïr, embarcation sur laquelle il a sillonné la mer Rouge. Le Groupe Marill, toujours présent à Djibouti, est une société de transport routier, un concessionnaire automobile, et propose aussi des services dans l'immobilier, la gestion de patrimoine, la location de véhicules, etc.

De ses aventures agitées entre Afrique et Arabie, Henry de Monfreid publie en 1932 "Les Secrets de la mer Rouge". Orchestrée par Joseph Kessel, aventurier comme lui, la sortie de ce livre est rapidement couronnée de succès. Louis Nucéra raconte dans "Mes ports d'attache" que Joseph Kessel, grâce à ses relations, a souvent tiré Henry de Monfreid de mauvais pas : "C'est nanti d'introductions et de recommandations (elles faisaient de lui un personnage presque officiel) qu'il s'embarqua sur le Compiègne en janvier 1930. Durant la traversée, Monfreid le fascina avec des histoires vécues où le dépaysement était roi, des histoires façonnées par la sauvagerie des hommes et des éléments. (...) On sait comment, plus tard, sur son boutre, Monfreid confia son journal de bord à son compagnon. "Toi qui écris des romans et des reportages, cela peut te servir", suggéra le marin au visage cuivré et à l'ascétique maigreur. On sait aussi qu'enthousiasmé par ces notes, Kessel conseilla à celui qui était devenu son ami de se servir lui-même de ce Journal. La parution du premier livre d'Henry de Monfreid, "Les Secrets de la mer Rouge", fut la conséquence de ce conseil. (...) C'est sur ce boutre que, profitant de la présence de Jef, Monfreid, si surveillé par les autorités, tenta de passer le plus gros stock d'armes qu'il eût jamais transporté. Ce jour-là, à Djibouti, à peine si sa barque non pontée surnageait, tant la cargaison était lourde. Le plan que 'le gentilhomme de fortune' avait instantatément mis sur pied était simple. Jef était persona grata ; comment rêver meilleure couverture ? C'était omettre le ressentiment des douaniers, las d'être grugés ; c'était négliger les ordres du gouverneur, humilié par ce vendeur de peaux et de haschisch, 'ce pêcheur de perles au creux des îles secrètes', que des tribus insoumises recevaient et respectaient alors que lui, représentant officiel de la France, ne pouvait les approcher. (...) Monfreid fut jeté en prison. Jef se démena, télégraphia à Paris, obtint que le détenu fût libéré. Mais la caution était lourde. Deux cent mille francs du début des années trente ! Bien que sous surveillance, Monfreid rassembla la somme (...) 'Le plus extraordinaire, enchaînait-il, c'est que, de retour à Paris, il m'offrit le portrait de Mallarmé par Gauguin, portrait qu'il tenait de son père Daniel, le marchand du maître de Pont-Aven et de Tahiti ! Eut-il, de la sorte, l'impression de ne pas délier sa bourse ? C'est la seule explication que j'aie trouvée à cette prodigalité !'

L'autre explication, je la lui suggérai. Paul Guimard, à qui je rapportais cette aventure somalienne, me l'avait fournie. (...) Les portraits de Mallarmé par Gauguin, Henry de Monfreid les faisait lui-même. Les murs de milliardaires américains en sont pleins !"   

  

Après trente ans d'absence, Henry de Monfreid revient sur les lieux de son enfance dans le Conflent, "dans la riante vallée de Corneilla au pied de ce géant solitaire, le Canigou, aux cimes encore neigeuses, la montagne chantée par les trouvères, car c'est elle que, pour la première, les croisés voyaient surgir sur la mer au retour des guerres lointaines." (2)

Père et fils étaient passionnés de randonnées à bicyclette et ont souvent parcouru ensemble les routes des Catalognes. "J'ai éprouvé ce charme pour la première fois, il y a bien des années, dans ma prime jeunesse, aux temps héroïques du vélo, au cours d'un voyage avec mon père." (3) Mais après la mort du père (survenue à Corneilla-de-Conflent en 1929, voir notre article du lundi 16 mai), Henry de Monfreid passe revoit les endroits de son enfance sans regarder la maison familiale où il a grandi. "A droite du vallon je devine, dans les arbres grandis, la maison paternelle où se passa mon enfance. Aujourd'hui d'autres y habitent, la vieille maison est morte, son âme s'est enfuie devant le confort moderne des nouveaux maîtres. Elle m'est étrangère et je préfère ne point la voir pour garder intact un souvenir précieux.

Mieux vaut lever les yeux vers la sereine montagne qui, elle, n'a point changé ; je la retrouve toute, elle m'accueille comme m'a accueilli la voix vibrante et paisible des cloches de la vieille église." (2)

   

 

(*) Boutre : navire en général à voiles, employé sur la côte orientale d'Afrique et dans l'Océan Indien.

(1) "Le Naufrage de la Marietta", Henry de Monfreid.  

(2) "Histoire de chiens", Henry de Monfreid.

(3) "Les Trabucaires", Henry de Monfreid. 

 

 

Photo, Muntanyes regalades son les del Canigo, coronades de plata i vestides de flors. "Pendant les longues marches à travers le désert ou dans la brousse hostile de l'Afrique, j'ai fredonné souvent, moi aussi, 'Muntanyes regalades' cette vieille chanson nstalgique du montagnard parti en Terre Sainte avec le comte Guilhem et, comme lui, j'ai senti ma gorge se serrer à l'émotion des souvenirs." (2)

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