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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 08:34

 

 

 

Chaque lundi jusqu'au début de l'été, nous roulerons sur la Highway 66 à la découverte d'une ville, d'un village, d'un musée, d'une église, d'une personnalité, d'un petit bout de l'histoire des Pyrénées-Orientales. Lundi dernier, nous avons visité les caves de Thuir, ville de 7 500 habitants à 13 kilomètres de Perpignan. Aujourd'hui, partons pour Ille-sur-Tet, ville de 5 200 habitants à 25 kilomètres à l'ouest de Perpignan.

 

Ille-sur-Tet est une ville connue pour ses "Orgues", son Hospici et pour la nouvelle que Mérimée a écrite en 1837 et qui s'intitule "La Vénus d'Ille". Prosper Mérimée est né en 1803. Le 27 mai 1834, Thiers, ministre de l'Intérieur, le nomme au poste d'inspecteur général des Monuments historiques. Avec cette nomination, une nouvelle vocation s'ouvre pour celui qui avait déjà publié une comédie, "Théâtre de Clara Gazul" en 1825, "Chronique du règne de Charles IX" en 1829 et "Mosaique" en 1833, recueil de souvenirs de son récent voyage en Espagne. Au cours de la mission qui lui a été confiée, ses publications s'espacent mais ses nouvelles les plus célèbres datent de cette époque dont "La Vénus d'Ille". Mérimée commence par une tournée d'inspection dans l'Ouest de la France (Bretagne, Poitou) puis part pour le département des pyrénées-Orientales. En novembre 1834, il est à Perpignan. Il est à la recherche de traces du culte de Vénus dans les Pyrénées car on sait qu'un temple lui a été consacré à Portus Veneris, aujourd'hui Port-Vendres. Dans sa nouvelle, Mérimée mêle des souvenirs de voyage à une histoire fantastique pour susciter chez le lecteur une émotion forte. L'inspecteur des Monuments historiques, qui doit être reçu chez M. de Peyrehorade, arrive à Ille au moment où son hôte doit marier son fils :

 

"Vous savez, dis-je au Catalan qui me servait de guide depuis la veille, vous savez sans doute où demeure M. de Peyrehorade ?

- Si je le sais ! s'écria-t-il, je connais sa maison comme la mienne ; et s'il ne faisait pas si noir, je vous la montrerais. C'est la plus belle d'Ille. Il a de l'argent, oui, M. de Peyrehorade ; et il marie son fils à plus riche que lui encore."

Prosper Mérimée comptait sur M. de Peyrehorade pour lui montrer toutes les ruines des environs d'Ille qui sont riches en monuments antiques et du Moyen Age, mais il craint que ce mariage change ses plans.

"Il faut que vous appreniez à connaître notre Roussillon, et que vous lui rendiez justice. Vous ne vous doutez pas de tout ce que nous allons vous montrer. Monuments phéniciens, celtiques, romains, arabes, byzantins, vous verrez tout, depuis le cèdre jusqu'à l'hysope." Foi de M. de Peyrehorade. Mais ce qui intrigue Mérimée, c'est cette Vénus qui a des pouvoirs fantatisques et maléfiques. Le lendemain, on lui montre la statue qui a été découverte récemment en déracinant un vieil olivier ; des badauds sont là aussi. Certains qui en parlent le font en catalan. Mérimée dit : "Ils s'arrêtèrent pour regarder la statue ; un d'eux l'apostropha même à haute voix. Il parlait catalan ; mais j'étais dans le Roussillon depuis assez longtemps pour pouvoir comprendre à peu près ce qu'il disait." Mérimée dira même : "Croyez, Monsieur, que le catalan qui me faisait tant enrager n'est qu'un jeu d'enfant auprès du bas-breton."

Le lendemain de la noce, le jeune marié est retrouvé mort, ses meurtissures laissant présumer qu'il a été victime des étreintes de la Vénus de bronze que le guide de Mérimée et un ami avaient déterrée. Le père meurt de chagrin quelques mois après son fils.

Mérimée dira plus tard que sa nouvelle est selon lui son chef-d'oeuvre et la critique parlera de chef-d'oeuvre du fantastique. La nouvelle se termine ainsi : "Mon ami M. de P. vient de m'écrire de Perpignan que la statue n'existe plus. Après la mort de son mari, le premier soin de Mme de Peyrehorade fut de la faire fondre en cloche, et sous cette nouvelle forme elle sert à l'église d'Ille. Mais, ajoute M. de P., il semble qu'un mauvais sort poursuive ceux qui possèdent ce bronze. Depuis que cette cloche sonne à Ille, les vignes ont gelé deux fois."

 

S'il est un monument d'Ille moins connu que les autres, c'est bien l'église. Fondée au 10ème siècle, construite à côté du chateau, son clocher, qui a une hauteur d'environ 40 mètres, avait un rôle de donjon. La construction de cette église s'est étalée sur plusieurs siècles ; elle est de grande dimension : la nef a une largeur de 32 mètres et sa longueur est de 52 mètres.

Les lieux les plus visités sont l'Hospici d'Illa pour son art roman et son art baroque, et les "Orgues" qui ne se trouvent pas dans l'église, mais qui sont un site naturel, oeuvre sculptée, par les eaux courantes ou érosion, de roches peu résistantes et qui ont donné un paysage exceptionnel dit de "cheminées de fées".

L'Hospici d'Illa ou Hôpital d'Ille, construit sur les chemin des pélerins et des voyageurs qui y faisaient étape dès le Moyen Age, recèle des fresques romanes, des retables, et de la statuaire médiévale et baroque. Dans la plupart des villages populeux, des fondations avaient été consacrées à la création et à l'entretien de maisons de refuge pour les pauvres et les vieillards. L'Hôpital d'Ille est une de ces créations et c'est en 1200 que son existence à été constatée.

L'Hospici d'Illa est un lieu ouvert toute l'année sauf en décembre et en janvier; il se visite en avril, mai et juin de 14 heures à 18 heures, en juillet et en août, de 10 heures à 13 heures puis de 14 heures à 18 heures, en septembre de 10 heures à midi puis de 14 heures à 18 heures.   

 

    

 

   005-copie-4.JPG                                                                                                     "Je descendais le dernier coteau du Canigou, et, bien que le soleil fût déjà couché, je distinguais dans la plaine les maisons de la petite ville d'Ille, vers laquelle je me dirigeais." Prosper Mérimée (1803-1870)

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commentaires

Michel Cristofol 21/03/2011 16:31


Où l'on va tous apprécier de prendre cette carretera 116 !


louisiane.catalogne.over-blog.com 09/05/2011 18:22



Il convient de préciser en marge de cet article qu'Ille-sur-Tet a vu naître deux poètes : Jean-Sébastien Pons en 1886 et sa soeur, Simone Gay, en 1898.