Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 16:51

 

Dimanche 23 octobre, on annonçait le décès de Jean Amadou. "Natif de Lons-le-Saunier, Jean Amadou fait ses débuts au Théâtre des Célestins à Lyon avant de 'monter' à Paris. On pourra le voir au Théâtre Hébertot, ou bien au La Bruyère, mais c'est au Théâtre de Dix heures qu'il trouve vraiment sa voie en y distillant chaque soir ses réflexions acidulées sur l'actualité politique. Très vite la radio, puis la télévision feront appel à lui. De 1953 à 1958, il produit 'Ce soir on égratigne' et quelques années plus tard, il devient la vedette de 'C'est pas sérieux' sur TF1 qui lui vaudra un Sept d'Or. France Inter, d'abord, puis Radio Monte Carlo et enfin Europe 1 lui demanderont de suivre le Tour de France pour nous livrer ses réflexions sur la grande boucle, un exercice qu'il affectionne particulièrement. C'est grâce à son esprit et à son sens de la formule que le célèbre Bébête-Show prendra toute sa dimension satirique et deviendra un rendez-vous politico-médiatique incontournable. Durant plus de dix ans, il animera avec esprit et la complicité de Maryse, 'les matinées d'Europe 1'. 'Fidèle au poste' de la rue François Ier, Jean Amadou continue à explorer chaque jour de sa voix grave et familière les tribulations de l'actualité. Tel est son plaisir ; tel est notre bonheur." (1)

En 1978, lors d'une signature de livres, Jean Amadou m'avait dédicacé le livre "Il était une mauvaise foi" qu'il venait de publier : " Pour Pascal... en toute amitié... de très bonne foi... pour une fois. Jean Amadou." Puis, plus tard, au tournant des années 2000, je l'ai vu à deux reprises au Théâtre des Deux-Anes, 100 boulevard de clichy, Paris 18ème, dans des spectacles intitulés "Chichi, j'ai rétréci la droite" et "Notre Drame de Paris". où il nous faisait ses décapantes confidences avec Jacques Mailhot (Président Directeur Général du théâtre), Jean-Pierre Marville (administrateur du théâtre) et Jean Roucas. En 1998, le dit théâtre renouait avec une tradition abandonnée à la fin des années 80 avec la disparition de Pierre Jean Vaillard : la Revue d'Actualité Satirique, un peu abrasive mais politiquement salutaire.

"Lorqu'il m'arrive de passer devant l'Ecole Nationale d'Administration, a écrit Jean Amadou dans "Il était une mauvaise foi", je la contemple avec le respect qu'elle mérite. Derrière ces murs, travaillent ceux qui demain vont s'occuper sérieusement de moi. S'ils usent leurs yeux sur les livres, s'ils se privent de sortie, c'est pour que je sois, dans dix ans, un homme heureux dans une société épanouie, au milieu d'un environnement serein.

Cette pensée me rassure. L'idée d'être abandonné m'est intolérable. Certes, je suis déjà pris en main, guidé sur le chemin du bonheur, mais il y a encore trop de domaines où mon libre arbitre peut s'exercer. Je choisis encore le lieu de mes vacances et l'heure de mon départ. Comme nous sommes des millions dans ce cas, c'est l'anarchie totale, les embouteillages de l'autoroute du Soleil, les agglutinements de la Côte d'Azur. Il faudra bien, un jour, qu'un 'Monsieur Etalement des Vacances' prenne le problème en main."

Plus loin : "Les technocrates de Bruxelles sont des gens réalistes et habiles, accoutumés à établir des prévisions à long terme, ils savent qu'on peut céder sur la carotte si on se ratrappe sur le chou-fleur. Ils ont travaillé à l'Europe agricole, peiné sur l'Europe monétaire, transpiré sur l'Europe de l'atome. Ils calculent de tête, sans effort apparent, combien font en florins 121 marks plus 285 lires, moins 74 francs. Mais devant la solidarité, ils se trouvaient tout bêtes, comme un ordinateur dont on attendrait une déclaration d'amour."

"Je ne voudrais pas que les technocrates, les experts, les savants, les ingénieurs pensent que je leur en veux. Comment en vouloir à quelqu'un que l'on ne distingue pas ? (...) On peut se méfier d'un gendarme dont on voit poindre le képi. Comment se méfier de l'I.N.R.A. ? Qui pourrait imaginer un instant que l'I.N.R.A. soit capable d'exercer une influence quelconque sur sa vie quotidienne ? (...) Eh bien ! méfiez-vous. L'I.N.R.A. a inventé l'A.V.I.V. Qu'est-ce que l'A.V.I.V. ? Peu de chose en vérité. Un 'Aliment Végétal Imitant la Viande', qui se présente sous une forme appétissante, tenant le milieu entre le boeuf gros sel trop cuit et de la ficelle. Ma mauvaise foi m'aveugle ? Oh, que non ! Cette description, à faire venir l'eau à la bouche, je l'ai empruntée à l'inspecteur général de l'I.N.R.A. lui-même, que je ne me permettrais pas de soupçonner d'humour. (...) 'L'aliment végétal imitant la viande' est composé, pour 70% de bas morceaux pilés et, pour 30 % de protéines végétales extraites du soja et du tournesol."

Enfin : "Une autre méthode de sondage particulièrement humiliante pour les intéressés consiste à demander : 'Lequel de ces hommes politiques aura, d'après vous, l'avenir le plus brillant ?'. Et de jeter en pâture au bon peuple une liste de vingt personnalités. Cela donne un beau jeu de massacre. (...) Si un institut de sondage avait publié, en 1938, la liste de ceux qui influeraient sur la vie politique dans les vingt ans à venir, qui aurait pensé à un obscur colonel nommé Charles de Gaulle, à un obscur journaliste appelé Geoges Bidault, ou encore à un certain Pompidou, professeur de français ?" (2)    

 

(1) Extrait du programme du spectacle "Chichi, j'ai rétréci la droite" donné au Théâtre des Deux-Anes (Paris 18ème) en 1999.

(2) Extraits de "Il était une mauvaise foi" par Jean Amadou (Robert Laffon -1978). 

Partager cet article

Repost 0
Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
commenter cet article

commentaires