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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 09:10

 

 

En juin 1940, l'exode conduit Jean Cocteau à Perpignan où Jean Marais, démobilisé, le rejoint. Ils y restent jusqu'à leur retour à Paris en septembre.

 

 

Le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre à l'Allemagne. Jean Marais est mobilisé. A la fin de l'année 39, Jean Cocteau va rendre visite à Jean Marais dans son unité à Roye.

Le 17 février 1940, a lieu la première de la pièce "Les Monstres Sacrés" au théâtre Michel. Jean Cocteau dit de cette pièce : "C'est une pièce où les larmes et les cris se contiennent. (...) Esther et Florent (deux Montres Sacrés - deux grands comédiens) vivent dans la paresse du succès sur scène. Ils oublient presque de vivre et prennent leur quiétude sans ombre pour le bonheur. Une petite menteuse tombe dans le calme d'une gloire qui exprime les passions sur les planches. Elle le dérange et amène le drame. Alors l'actrice célèbre cherche pour vivre ce drame réel de quoi se défendre parmi les armes du magasin d'accessoires."

La pièce passe ensuite aux Bouffes-Parisiens avec en lever de rideau, celle en un acte que Jean Cocteau a écrite pour Edith Piaf, "Le Bel Indifférent".

Jean Cocteau écrit à Jean Marais : "Je t'écris après la soirée des Bouffes. C'était étrange - comble - succès énorme pour les Monstres et Robinson - Piaf arrivait tard - et, je te le jure, c'était sublime - elle - Bébé - Meurisse - tout. Le public a écouté avec respect et a même applaudi plusieurs fois - mais il y avait le malaise que suscitent les choses belles et enviables - trop belles. A la fin j'ai senti que la timbale ne se décrochait pas. Cependant il paraît qu'à la sortie on n'entendait que des éloges."

En mai et juin 1940, c'est la débâcle ; la France est envahie. L'exode conduit Jean Cocteau à Perpignan. Jean Cocteau écrit à Jean Marais dans différentes lettres : "Nous partons cette nuit vers Amboise et Perpignan. (...) Chez le docteur Nicoleau - rue de la Poste - Perpignan. Pyrénées-Orientales. (...) Ici j'ai trouvé une famille. Le docteur Nicoleau, sa femme et les gosses (1) m'aiment et t'aiment de telle sorte que je serais heureux si on pouvait être heureux. (...) Si par chance incroyable cette lettre t'arrive, écoute : à la moindre égratignure, à la moindre foulure - fais-toi évacuer sur Perpignan où le docteur te prendra dans son service. (...) Jamais tu n'aimeras assez les Nicoleau. Ils viennent (les enfants) de monter comme des fous dans ma chambre en criant : Deux lettres de Jeannot ! (...) Les Breton voulaient m'entraîner à Alger. J'ai répondu que ma peau toute seule ne valait rien - sauf multipliée par la tienne - et que rien ne me ferait quitter un continent où tu te trouves et devancer mon sort. Les Nicoleau m'approuvent et t'attendent du même coeur que moi. (...) Je ne suis venu à Perpignan que parce que je priais le ciel que tu m'y rejoignes et que, de repli en repli, le sort nous réunisse."

Jean Marais, démobilisé, rejoint Jean Cocteau à Perpignan. Dans son livre "L'Inconcevable Jean Cocteau", Jean Marais parle de son séjour dans les Pyrénées-Orientales : "Il m'arriva à moi-même et donc à Jean Cocteau ce fait curieux. En 1940, après avoir été démobilisé, je fus invité avec Jean Cocteau à Vernet-les-Bains, dans les Pyrénées, par une adorable famille composée du docteur Nicolau, de sa femme et de leurs quatre enfants. J'avais décidé de peindre un châtaignier qui devait avoir mille ans d'âge et qui me fascinait par sa rude beauté. Cet énorme châtaignier avait été frappé par la foudre. Une entaille impressionnante et noire divisait l'arbre en deux. Les feuilles d'un vert cru formaient contraste. Dans le fond se profilait le paysage fantastique des Pyrénées. Je peignais comme d'habitude, c'est-à-dire en tirant la langue et en reproduisant le moindre détail. A telle enseigne qu'un passant, se penchant sur ma toile, m'interrogea : 'Vous êtes myope ?'

- Oui, je suis myope. A quoi le voyez-vous ?

- A votre peinture. Il n'y a qu'un myope qui puisse peindre ainsi.

J'étais sidéré.

Soir après soir, je retournais chez les Nicolau, et en repartais le lendemain. J'étais si lent à peindre qu'il me fallait plus d'un mois pour faire un paysage. Un soir, regardant mon tableau, les enfants me disent : 'C'est amusant que tu aies mis le portrait de Jean Cocteau dans l'arbre, comme dans les dessins-devinettes de notre enfance.'

(...) En effet, la déchirure de l'arbre représentait le profil de Jean Cocteau. (...) Nous étions si troublés, les uns et les autres, que, le lendemain, nous nous sommes rendus au pied du châtaignier, et nous avons pu constater que la déchirure figurait bien le visage de Jean Cocteau. A peu de temps de là, nous retournons à Paris. Les journaux nous apprennent alors qu'un violente secousse sismique a secoué les Pyrénées, faisant jaillir de terre des eaux qui ont dévalé jusqu'à Perpignan, emportant tout sur leur passage. Les Nicolau nous téléphonent et nous disent que non seulement le châtaignier a été arraché par les eaux torrentueuses, mais que le paysage lui-même où il dressait sa masse noire a disparu"

Jean Marais parle des inondations d'octobre 1940 qui ont frappé le département des Pyrénées-Orientales, détruisant une grande partie de la ville de Vernet-les-Bains et faisant de gros dégâts jusqu'à Perpignan.

 

(1) Le docteur Pierre Nicolau et sa femme Yvonne ont quatre enfants : Jacques, Simone, Colette et Bernard.

 

 

Ce dossier sur Jean Cocteau et Jean Marais a été réalisé grâce aux ouvrages suivants : Lettres à Jean Marais" par Jean Cocteau aux éditions Albin Michel, le livre de Jean Marais "L'Inconcevable Jean Cocteau" aux éditions du Rocher et le programme de la pièce "Les Monstres Sacrés" reprise aux théâtre des Bouffes Parisiens en 1993 par Michèle Morgan et Jean Marais.  

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