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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 07:45

 

 

"Je suis en Espagne. J'y ai un pied du moins. Ceci est un pays de poètes et de contrebandiers. La nature est magnifique ; sauvage comme il la faut aux rêveurs, âpre comme il la faut aux voleurs. Une montagne au milieu de la mer. La trace des bombes sur toutes les maisons, la trâce des tempêtes sur tous les rochers, la trace des puces sur tous les chemins ; voilà Saint-Sébastien." Victor Hugo, "Les Pyrénées"

 

 

 

Le 18 juillet 1843, Victor Hugo quitte Paris pour aller prendre les eaux à Cauterets (Hautes-Pyrénées). Avant de gagner la station thermale, il s'attarde en Espagne et visite le Pays basque. Il s'agissait pour Victor Hugo de son second séjour en Espagne, car l'auteur de "Notre-Dame de Paris" y était déjà allé, à l'âge de neuf ans, en 1811, avec sa mère et ses deux frères, pour rejoindre un père, Léopold Hugo, alors général de brigade en poste à Madrid, au service de Joseph Bonaparte, roi d'Espagne. Dès la frontière passée, Victor Hugo découvre, en cette année 1843, un pays ravagé par six ans de guerre civile, guerre qui a opposé entre 1833 et 1839, les partisans de la reine Isabelle à ceux de don Carlos, frère de feu le roi Ferdinand VII.  

"Cette guerre a laissé des traces partout. Au milieu de la plus belle nature et de la plus belle culture, parmi des champs de tomates qui vous montent jusqu'aux hanches, parmi des champs de maïs où la charrue passe deux fois par saison, vous voyez tout à coup une maison sans vitres, sans porte, sans toit, sans habitants. Qu'est cela ? Vous regardez. La trace de l'incendie est sur toutes les pierres du mur. Qui a brûlécette maison ? ce sont les carlistes. Le chemin tourne. En voici une autre. Qui a brûlé celle-ci ? Les cristinos. Entre Hernani et Saint-Sébastien, j'avais entrepris de compter les ruines que je voyais de la route. En cinq minutes, j'en ai compté dix-sept. J'y ai renoncé.

(...) Cette guerre de 1833 à 1839 a été sauvage et violente. Les paysans ont vécu cinq ans disperséss dans les bois et dans la montagne, sans mettre le pied dans leurs maisons. Tristes instants pour une nation que ceux où le 'chez soi' disparaît. Les uns étaient enrôlés, les autres en fuite. Il fallait être carliste ou cristino. Les partis veulent qu'on soit d'un parti. Les cristinos brûlaient les carlistes, et les carlistes les cristinos. C'est la vieille loi, la vieille histoire, le viel esprit humain.

(...) Ferdiand VII n'aimait pas don Carlos, et le craignait. Il l'accusait de conspirer sous son règne ; ce qui n'était pas. Pourtant la dernière personne que le roi Ferdinand voyait tous les soirs avant de s'endormir c'était son frère. A minuit, don Carlos entrait, baisait la main du roi, et sortait, souvent sans que les deux frères eussent échangé une parole.

Les gardes du corps avaient ordre de ne laisser rentrer à cette heure dans la chambre royale que don Carlos et le fameux père Cyrillo. Ce père Cyrillo avait de l'esprit et des lettres. C'est un profil qui eût valu la peine d'être dessiné entre deux pareils princes et deux pareils frères. Les partis l'ont défiguré à fantaisie avec une étrange fureur.

(...) A vai dire, don Carlos fut perdu comme prétendant le jour où Zumalacarregui mourut. Zumalacarregui était un vrai Basque. Il était le noeud du faisceau carliste. Après sa mort, l'armée de Charles V ne fut plus qu'un fagot délié, comme dit le marquis de Mirabeau. Il y avait deux partis autour de don Carlos, le parti de la cour, 'el rey neto', et le parti des droits, 'los fueros'. Zumalacarregui était l'homme des 'droits'. Il neutralisait près du prince l'influence cléricale ; il disait souvent : 'El demonio los frayles !' Il tenait tête au père Larranaga, confeseur de don Carlos. La Navarre adorait Zumalacarregui. Grâce à lui, l'armée de don Carlos compta un moment trente mille combattants réguliers et deux cent cinquante mille insurgés, répandus dans la plaine, dans la forêt et dans la montagne.

(...) La guerre de Navarre finit en 1839, brusquement. La trahison de Maroto, payée, dit-on, un million de piastres, brisa l'armée carliste. Don Carlos, obligé de se réfugier en France, fut conduit jusqu'à la frontière à coup de fusil."

 

Les carlistes sont vaincus. Don Carlos expulsé (c'est la troisième fois) (1) se réfugie à Bourges, tandis que le courageux mais malheureux général carliste Ramon Cabrera, entre en Roussillon avec dix-mille hommes. Une armée de débâcle qui joue de la guitare, une carcasse d'armée où se mêlent les vieillards, les enfants et leurs mùères, où se mêlent aussi tous ceux qui s'y faufilent, tels les Trabucayres. bandits dont le nom vient de trabuc ou tromblon, fusil court dont la gueule est évasé en forme d'entonnoir.

 

(1) Exilé avec sa famille à Valençay (Indre) par Napoléon Ier qui nomme, en 1808, son frère, Joseph roi d'Espagne. Exilé une seconde fois par son propre frère Ferdinand VII, et enfin en 1840 exilé à Bourges après la défaite des Carlistes.

 

Cet article a été réalisé grâce à la lecture du récit de Victor Hugo sur son voyage en Espagne en 1843 et intitulé "Les Pyrénées".    

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