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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 08:34

Eglise St Thomas LlupiaEn Roussillon, la mode des retables baroques a provoqué, dès le milieu du 17ème siècle, dans de nombreuses églises, le démantèlement ou la destruction des retables antérieurs. Dans l'église de Llupia près de Thuir (Pyrénées-Orientales), cet engouement pour le nouveau style apparut dans la seconde moitié du 18ème siècle, conduisant à un réaménagement du choeur. A cette occasion, le retable Renaissance de Llupia fut démembré et remplacé par un retable baroque.

En 1886, à l'occasion de travaux dans le choeur de l'église, ces panneaux peints furent sciés, badigeonnés et réemployés pour réparer le retable. Le panneau de l'Incrédulité fut restauré et encadré.

 

Samedi 13 octobre, dans une salle proche de l'église Notre-Dame des Anges où est exposé le tableau L'Incrédulité de saint Thomas jusqu'au 2 février 2013, une conférence par Isaline Trubert et Giorgio Bedani, tous deux conservateurs et restaurateurs, a décrit les personnages du tableau et a expliqué les différentes phases de sa restauration à partir de 2009. Ce tableau, peint vers 1512-1514, qui faisait partie d'un ensemble, a été le seul à être conservé et présenté dans le sanctuaire suite au démembrement du retable de la Renaissance dans la seconde moitié du 18ème siècle. Cette oeuvre a subi une importante première restauration en 1886. A cette occasion, le haut du panneau et des angles ont été sciés et un immense cadre lui a été ajouté.

 

Ce tableau, explique Isaline Trubert, relate le doute exprimé par l'apôtre Thomas qui ne croit pas en la résurrection du Christ apparu à ses disciples en son absence :

"- Puis il dit à Thomas : Mets ici ton doigt, et regarde mes mains ; avance aussi ta main, et mets la dans mon côté, et ne sois pas incédule mais croyant.

- Thomas répondit et lui dit : Mon Seigneur et mon Dieu !

- Jésus lui dit : Parce que tu m'as vu, Thomas, tu as cru. Heureux ceux qui n'ont pas vu, et qui ont cru !" (Evangile selon Jean, chapitre 20, versets 27 à 29)

La scène montre Thomas agenouillé devant Jésus. Les doigts de l'apôtre sont partiellement enfoncés dans la plaie qui a été faite à Jésus par un coup de lance. Les figures du collège des apôtres, parmi lesquelles saint Pierre - reconnaissable avec sa clef - entourent les deux personnages principaux du Christ et de Thomas. Le Christ porte un manteau blanc immaculé et tient une croix-étendard symbole de sa victoire sur la mort.

Aux pieds du Christ, le peintre a représenté un homme de petite taille, à genoux, mais jointes. Il s'agit d'un donateur car les commanditaires se plaisaient à être représentés sur les oeuvres qu'ils finançaient, comme témoignage de leur piété.

Saint Thomas est de taille disproportionnée (bras et jambes très longs) et si on le mettait debout, il dépasserait de trois têtes Jésus et les apôtres ; il a donc été représenté agenouillé. Derrière les apôtres représentés sur une même ligne, apparait le nez de Matthias. Ce personnage n'a pas d'auréole car il ne sera sanctifié qu'à la fin du 16ème siècle. Isaline Trubert, qui a opéré pour la conservation et la restauration de la couche picturale, a ensuite parlé des matériaux qui ont été utilisés pour peindre les personnages. Pour les manteaux de Thomas et de saint André (personnage à droite de la scène), on a utilisé du bleu d'azurite. Pour les broderies, on a utilisé des ors (huile chauffée et feuilles d'or), et aussi pour les auréoles et les brocards (ocre jaune puis colle puis feuilles d'or).

Giorgio Bedani, responsable de la conservation et de la restauration du support bois, a ensuite expliqué le travail qu'il a effectué pour sauver le support fait en sapin blanc d'une épaissseur de trois centimètres qui avait été dévoré pendant des décennies par les termites. La qualité du support n'était pas à la hauteur de l'iconographie et l'ampleur des dégâts était impressionnante. Il a détaillé, photos gros plan à l'appui, l'encrassement, l'oxydation et l'irrégularité du vernis, les résidus de colle et de papier, les retouches désaccordées et débordantes, les chancis (micro-fissures) profonds, l'usure de la couche peinte, la dégradation du bleu d'azurite, l'impression de la filasse laissée sur la couche peinte et son travail de restauration qui lui a pris environ six mois.

 

La prochaine conférence aura lieu le samedi 27 octobre 2012 à 17 heures sur le thème : "Peinture de la Renaissance inédites : sur la découverte de fragments de l'ancien retable de Llupia" par Jean-Bernard Mathon, responsable du Centre de Conservation et de Restauration du Patrimoine (CCRP) des Pyrénées-Orientales. 

 

 

 

 

 

Photo, la façade de l'église de Llupia (Pyrénées-Orientales). 

 

 

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Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
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