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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 15:43

 

 

LA RUE RAVIGNAN

 

                                  à Dorival

 

 

 

Importuner mon Fils à l'heure où tout repose

Pour contempler un mal dont toi-même souris ?

L'incendie est comme une rose

Ouverte sur la queue d'un paon gris.

Je vous dois tout, mes douleurs et mes joies...

J'ai tant pleuré pour être pardonné !

Cassez le tourniquet où je suis mis en cage !

Adieu, barreaux, nous partons vers le Nil ;

Nous profitions d'un Sultan en voyage

Et des villas bâties avec du fil

L'orange et le citron tapisseraient la trame

Et les galériens ont des turbans au front.

Je suis mourant, mon souffle est sur les cimes !

Des émigrants j'écoute les chansons

Port de Marseille, ohé ! la jolie ville,

Les jolies filles et les beaux amoureux !

Chacun ici est chaussé d'espadrilles :

La Tour de Pise et les marchands d'oignons.

Je te regrette, ô ma rue Ravignan !

De tes hauteurs qu'on appelle antipodes Sur les pipeaux m'ont enseigné l'amour

Douces bergères et leurs riches atours

Venues ici pour nous montrer les modes.

L'une était folle ; elle avait une bique

Avec des fleurs à ses cornes de Pan ;

L'autre pour les refrains de nos fêtes bacchiques

La vague et pure voix qu'eût rêvée Malibran.

L'impasse de Guelma a ses corrégidors

Et la rue Caulaincourt ses marchands de tableaux

Mais la rue Ravignan est celle que j'adore

Pour les coeurs enlacés de mes porte-drapeaux.

Là, taillant des dessins dans les perles que j'aime,

Mes défauts les plus grands furent ceux de mes poèmes.

 

 

Max Jacob, "Le Laboratoire Central"

 

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