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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 07:35

-21-photos philippe route du blues[1]

 

 

Le français à bout de souffle, dénaturé, moribond... tel est le thème qui revient comme un marronnier avant chaque sommet de la francophonie. Doublée par l'anglais, idiome plus souple dont les mots courts peuvent aisément remplacer les substantifs français, la langue de Molière vivrait ses dernières décennies. "Dans mille ans, peut-être, le français ne sera qu'une langue morte, mais pour l'instant, il vit encore", disait Antonine Maillet (Prix Goncourt 1979) au journal Le Figaro du 14 octobre 1999.

 

Et pourtant...! "Cette période qui suit la fin de la Première Guerre mondiale a été marquée, en Louisiane, par un événement considérable et consternant : l'interdiction faite, en 1921, de parler français dans les écoles. (...) L'interdiction a pris effet dans les écoles publiques et paroissiales (c'est-à-dire ici, dans les écoles qui dépendaient de l'administration laïque de la paroisse - on n'a pas oublié que, dans notre Louisiane, une paroisse est un comté, l'équivalent de la commune en France). Quelle tristesse ! Car ce sont certains de nos maîtres qui prirent à coeur d'appliquer la loi, non pas des maîtres de langue anglaise. La trahison venait donc d'éléments honteux de mon peuple, qui sont à l'origine de la quasi-disparition du français écrit et lu en Louisiane. Si les Acadiens parlent encore français aujourd'hui, rares, en revanche, ceux qui le lisent et, plus encore, ceux qui l'écrivent.(...) Car cette loi et (car la loi est toujours le fruit d'un état d'esprit...) pourquoi cet état d'esprit ? C'est que, sans que nous en prenions conscience, la Louisiane était en train de changer. Les Américains commençaient à arriver, chez nous, de plus en plus nombreux. Les Américains, c'est-à-dire les étrangers." (*) "La langue française est-elle sérieusement menacée ?", s'interrogeait Jean-Marie Rouart de l'Académie française dans le journal Le Figaro daté du 14 octobre 1999. "Outre que ce français est menacé de l'extérieur par l'influence dominante de l'anglais, qui exporte ses tournures et a créé ce qu'on a appelé le franglais, la langue est menacée de l'intérieur par le renouveau des langues régionales que les Européens ont décidé, on ne sait trop pourquoi, de réanimer et même de ressusciter."

 

Des émissions dans la langue nationale présentées par des journalistes sans accent apparent, telle est la stratégie qui a tué les langues de chez nous. "Un peu plus tard, la télévision s'est introduite dans les foyers, une télévison en anglais, faut-il le préciser. Quelques rares commentateurs politiques donnaient et analysaient, pendant de maigres minutes, les nouvelles en français. (...) Ce n'était, hélas, qu'une goutte d'eau dans la mer." (*) "Car le grand renfort linguistique, le grand fer à repasser les phrases (et,ce faisant, les mentalités et les originalités) a été la radio, puis la télévision. Plus besoins d'interdits administratifs, le micro sous toutes ses formes a aboli les pratiques particulières", constatait Eric Ollivier (Le Figaro, 25 août 1999).

 

"Sans l'école, le français est foutu", affirment des affiches éditées par le CODOFIL en Louisiane. "En 1932, les enfants le parlaient encore bien. Mes élèves à Saint-Martinville, avaient entre quinze et dix-sept ans. (...) En 1935 et 1936, soit trois ou quatre ans plus tard, j'ai découvert qu'ils ne me suivaient plus et j'ai compris, moi, que la langue de mon peuple était fichue dans les lycées si on ne l'apprenait pas aux enfants dans les classes élémentaires." (*) :  "Bonjour. Aux études je passe les écrit le moi prochains. Se plutôt bien. (...) Voila mais motivation de me donne a font tout les jours dans le boulot. (...) Si vous connaissez des gens suceptible d'être intéresser je suis preneur. (...) Alors venait nous montre vos talents de chanteur. On ne là pour s'amuse et passe une super soirée. (...) Sa serait avec plaisir, sa serai bien." peut-on lire dans des commentaires sur Facebook.

 

"La Charte, en tout cas, ne fait courir aucun risque à notre langue nationale. Les engagements du gouvernement ne mettent pas en cause sa place exceptionnelle, sur laquelle tous les Français sont d'accord. Elle est et restera la langue exclusive de l'Etat et des services publics ; elle est et restera l'unique langue obligatoire dans l'enseignement, la justice, l'administration ; elle est et restera la seule langue de France ayant une réalité politique quand les autres n'ont et n'auront de réalité que culturelle. On ne se mariera pas en basque, on ne plaidera pas en breton, on ne légiférera pas en picard...", écrivait Catherine Trautmann, ministre de la culture et de la communication du gouvernement Jospin, dans le journal Le Monde daté du 31 juillet 1999. Alors menacé le français ?    

 

 

(*) Moi, Jeanne Castille, de Louisiane (Luneau Ascot Editeurs, 1982). 

 

 

 Illustration ci-dessus : "I must not speak French."

 

 

 

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