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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 08:03

Eglise St Thomas LlupiaLa Chapelle Notre-Dame des Anges (Perpignan, Pyrénées-Orientales) expose jusqu'au 2 février 2013 des fragments retrouvés du retable Renaissance de l'église Saint-Thomas de Llupia (photo ci-contre) qui ont été attribués à un peintre venu dans le Roussillon et sans doute originaire des Flandres ou de Germanie au début du 16ème siècle. Samedi 27 octobre, Jean-Bernard Mathon, directeur du Centre de Conservation et de Restauration du Patrimoine (CCRP) du Conseil généeral des Pyrénées-Orientales, a donné une conférence sur la découverte de ces fragments du retable Renaissance qui ont servi pour la plupart à restaurer le retable baroque du 18ème siècle.

 

En 1998, le CCRP est sollicité afin d'effectuer un traitement de nettoyage et de conservation sur le retable baroque du maître-autel de l'église Saint-Thomas de Llupia. Lors de cette intervention, le prêtre souhaita que l'autel maçonné, édifié en 1886, soit réduit en profondeur afin de laisser plus d'espace pour la liturgie. C'est à l'occasion du dégagement de cet autel qu'eut lieu la découverte des fragments qui sont exposés dans la Chapelle Notre-Dame des Anges de Perpignan. En Roussillon, la mode des retables baroques a provoqué, dès le milieu du 17ème siècle, dans de nombreuses églises, le démantèlement ou la destruction des retables antérieurs. C'est à partir de 1760 que le retable Renaissance de Llupia a été démembré et remplacé par un retable baroque.

 

Cette exposition est un moment important pour l'histoire de l'art, la réhabilitation de la peinture de la Renaissance en Roussillon, une peinture occcultée qui a connu une mauvaise fortune. Parmi les oeuvres exposées jusqu'en février, on peut voir le Martyre de saint Thomas (peint vers 1512-1514) sur un panneau de sapin blanc d'une épaisseur de 2,8 centimètres. Cette planche est la seule rescapée d'un panneau dont on a éliminé les parties latérales. Assemblée en 1886, tête bêche, avec le panneau représentant la rencontre de saint Thomas avec Gondophorus (autre panneau lui aussi exposé), elle a servi à fermer la partie centrale du soubassement du retable baroque. Ce panneau est un exemple de l'histoire matérielle cahotique des oeuvres de Llupia mais son réemploi a eu des conséquences sur leur intégrité physique qui les a sauvé de la complète destruction. Il ne reste du panneau du Martyre que la planche centrale mais on peut supposer que son format était proche de celui du panneau de la rencontre. Les dégradations au fil des siècles à cause de l'humidité ont entraîné une perte d'adhésion de la couche picturale ainsi que la perte d'une importante surface peinte. L'attaque de vrillettes et dans une moindre mesure de termites a eu pour conséquences la perte de cohésion du support bois. Ce panneau a été restauré par le CCRP entre 2009 et 2011.

 

Jean-Bernard Mathon a expliqué au cour de sa conférence que le retable baroque avait été restauré en 1998, que son autel avait été démoli et que, par ce travail, deux panneaux - peints au 16ème siècle - différents réassemblés ainsi qu'un panneau peint qui servait d'étagère avaient été découverts. Du retable Renaissance, il ne reste rien. L'Indécrulité de saint Thomas (voir notre article du 15 octobre 2012) en faisait partie puis a été exposé dans le choeur de l'église de Llupia. On peut dire que ces panneaux sont l'oeuvre d'un seul artiste qui a été baptisé du nom de Maître de Llupia. On ne sait pas qui il est mais on suppose qu'il venait du Nord de l'Europe à l'instar de ces nombreux peintres originaires de Germanie et des Flandres qui ont oeuvré dans le Roussillon entre 1490 et 1530. Le retable Renaissance de Llupia était encadré ; il reste peu de choses de cet encadrement mais il s'agit du même encadrement (daté de 1500) que celui du retable de Puigcerdà en Cerdagne. Ce qui fait penser que ce "Maître" venait du Nord, c'est que sur le tableau du Martyre est représenté un braquemart, arme blanche qui sert à décapiter saint Thomas, arme utilisée en Germanie au 16ème siècle. L'origine du mot braquemart (épée courte à deux tranchants) est incertaine ; on sait que ce mot est apparu au 14ème siècle. Rabelais écrit dans le chapitre 44 de la Vie très honorifique du Grand Gargantua : "Puis, tirant soudain ledit braquemart, il en frappa l'archer qui se tenait à sa droite, lui coupant les veines jugulaires, les artères parotides et la gorge jusqu'aux deux glandes ; puis, retirant son arme, il lui ouvrit la moelle épinière entre la seconde et la troisième vertèbre. L'archer tomba mort."

 

Prochaine conférence le samedi 17 novembre à 17 heures à Notre-Dame des Anges : "La création du Maître de Llupia" par Joseph Maureso, scénographe de l'exposition.

 

Des visites commentées ont lieu le mardi, le mercredi et le jeudi de 15 heures à 17 heures, le premier vendredi du mois de 16h30 à 19h30 et le samedi du 14 heures à 17 heures.

 

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Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
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