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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 10:36

 

 

Après avoir jeté un coup d'oeil sur le programme télé du soir, Allan décida d'aller au casino pour passer le temps. Célibataire, voisin aimable pour les uns, voisin attentionné pour les autres, ceux de la rue du docteur Schweitzer, il recevait peu et ne répondait pas toujours aux invitations que ses collègues et amis lui envoyaient. Pour aller au casino, il prit sa voiture et se gara sur le parking de cet établissement. Comme souvent, le portail du dit  parking ne fonctionnait pas ; les voitures pouvaient donc y entrer et en sortir facilement même celles de ceux qui n'allaient pas au casino. Après avoir échangé quelques billets contre des jetons, il se dirigea vers la salle des machines à sous. Trois cerises, trois pommes, trois trèfles, on ne sait jamais. Les pièces tombaient, cliquetaient, se multipliaient et faisaient miroiter à Allan le possible achat de ce qu'il avait envie d'acheter en ce moment. Deux, trois, quatre pots remplis de jetons qui faisaient d'Allan un garçon argenté et heureux. Vers 22 heures 30 il sortait du casino et regagnait son véhicule avec deux sacs contenant les billets qu'il venait d'empocher, un ou deux billets dépassaient même des poches de sa veste. Rentrer à domus à cette heure aurait été déraisonnable. Avec cet argent facilement gagné, il n'était pas pressé de rentrer, et l'émission littéraire "Entre sien et vous" indiquée sur le programme ne commençait qu'à 23 heures 45. Une jeune femme l'accosta sur le parking. "Vous pouvez me conduire à Canet ?" Il passa le giratoire Maillol et donna un coup d'accélérateur. 45, 50, 60, 65... Ce satané compteur, il faudrait constamment avoir l'oeil dessus, et la route alors ! c'est elle qu'il faut regarder. Un premier feu passé au vert, un deuxième aussi, un troisième à l'orange, puis le boulevard rectiligne jusqu'à la sortie de la ville avant le long ruban de quatre kilomètres jusquà Canet. C'était compter sans ce fameux radar, le malin, le pernicieux, Allan ne vit que sa lumière crue et cruelle. La radio en sourdine chantait "Street life". "I play the street life because there's no place I can go, street life, is the only life I know..."

Allan lui aurait demandé :"Vous étiez au casino ? "  La femme n'aurait répondu que par un "Je peux allumer une cigarette ?" Allan aurait acquiescé d'un signe de tête mais à contrecoeur, lui qui ne supportait pas l'odeur du tabac, lui qui faisait la guerre à ses collègues de bureau, lui qui n'allait jamais au restaurant car, selon lui, la séparation entre la zone des fumeurs et celle des poumons sains, était mince et hypocrite. Au bout du ruban d'asphalte menant de Saint Cyprien à Canet, il vit plusieurs gyrophares s'agiter dans la nuit et lâcher vers le ciel des faisceaux blancs et bleus. Des gendarmes arrêtaient les quelques véhicules qui circulaient vers la station balnéaire à l'emblème du flamand rose. La femme demanda à quitter le véhicule ce qu'elle fit en emportant un des sacs de billets. Allan n'eut pas le temps de réagir. Dans un mouvement irréfléchi, il fit faire à son véhicule un demi-tour sec et bruyant et sur le chemin inverse essaya d'apercevoir cette mijaurée sans foi ni loi. Non seulement sa voiture aurait senti le tabac mais il se trouvait plus maigre de quelques centaines d'euros. Il n'eut pas le temps de scruter longtemps l'horizon car deux voitures de police le cernaient déjà. "Papiers du véhicule svp !" Allan s'exécuta. "Vous fuyiez le barrage routier ?" Il tenta d'expliquer qu'une femme qui s'était volatilisée dans la nature, lui avait pris une partie de son bien, mais il se retrouva manu militari et en quelques secondes dans un fourgon en direction du commissariat le plus proche. Il allait être 23 heures 45 et son émission favorite allait commencer. On le laissa mijoter dans un local sans fenêtre jusqu'au lendemain matin. "Donc vous étiez avec une jeune femme dans votre véhicle ?" Allan répondit par l'affirmative. Le policier lui demanda de bien regarder cette photo, un cliché que le radar de Saint Cyprien avait pris la veille vers 23 heures 25. "Alors, toujours accompagné ?" La femme avait donc disparu, disparu de sa vie avec une partie de ses économies. C'était bien d'elle. Je t'aime chéri, je ne peux pas vivre sans toi, et hop ! je disparais avec ton argent sur une route sombre entre mer et étang sans donner de nouvelles, mais en te laissant entre deux policiers qui vont t'expliquer que c'est mal de mentir. Un radar, monsieur, ça ne ment pas, c'est objectif et fiable !   

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commentaires

Michel Cristofol 20/02/2011 16:32


Bon diumenge, Pascual!Une route sombre entre lac et océan ? Une route sombre entre mer et étang, plutôt non? Sinon, je ne reconnais plus St-Cyprien et me crois à Hossegor.


louisiane.catalogne.over-blog.com 20/02/2011 20:47



Voilà qui est corrigé cher Michel, vous avez raison "entre mer et étang" fait plus vrai même si dans ces nouvelles, on ne sait plus trop où on est ou plutôt où on en est !