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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 08:44

 

 

Reprenons tout depuis le début. Allan avait rencontré Typha alors qu'il venait de réussir son diplôme d'ingénieur. Il était aussi sobre qu'elle était hystérique. Alors qu'il était au bureau à plancher sur le dessin d'une nouvelle éolienne performante et efficace, elle avait fouillé dans ses affaires au premier étage de la villa et avait trouvé, bien caché, le révolver qu'Allan avait reçu de son père quelques semaines avant sa mort. Allan, qui détestait les armes à feu, l'avait transporté en catimini dans ses bagages entre Perpignan et Aurillac, son père le lui ayant demandé car, disait-il, il voulait en finir avec sa maladie et en finir tout court. Le père n'avait pas eu besoin de s'en servir, le cancer ayant eu raison de lui avant même qu'il eût le temps de remplir le chargeur. Typha examinait la pièce de collection en se demandant ce qu'elle allait bien pouvoir faire avec. La télé et ses émissions grotesques alimenteraient bien son imagination déjà fertile. Mais la télé ne serait que le détonateur, pas l'arme elle-même. Elle savait qu'Allan rentrerait tard ce soir-là, à 22 ou 22 heures 30, pas avant. Cette éolienne dont le prototype était une commande de la section locale du Parti Ergologique arrivé récemment au pouvoir dans le département, lui donnait la migraine et du fil à retordre. Typha, elle, ne travaillait pas et passait ses journées à se demander ce qu'elle pourrait bien faire pour tuer le temps, pratique en vogue aux Etats-Unis où là-bas on l'appelait le "gunemployment". Et pendant que son amoureux, ce bêta, travaillait pour gagner quelques milliers d'euros, elle, Typha, l'orpheline battue sans instruction, pouvait grâce à cette arme, brasser des centaines de milliers d'euros. Las Vegas, Atlantic City, elle allait écumer les casinos du coin entre ciel étoilé et côte vermeille, plages de sable fin et landes de bruyère. Allan se faisait offrir des cadeaux et se faisait inviter dans les restaurants à la mode avec vue sur tous les ports de plaisance et quand il demandait d'où venait l'argent que Typha dépensait sans compter, elle lui disait avoir hérité de sa vieille grand-mère de Rochefort, celle-qui-n'était-pas-morte-dans-la-misère. Allan la croyait, une fille si gentille, enfin, gentillette, et quand on aime on ne met pas en doute la probité de son/sa partenaire. Un jour, alors qu'ils rentraient d'une journée de promenade, restaurant de fruits de mer, marche main dans la main à Paulilles et crêpe suzette à Collioure, elle qui avait trop bu de vin cuit et de vin blanc, n'avait pas trouvé mieux que de sortir de son petit sac à main le pistolet maudit que Allan avait rangé aux oubliettes. Allan avait eu peur et avait failli perdre le contrôle de son véhicule sur cette route départementale qui les ramenait chez eux. Elle, bouche grande ouverte d'où sortait ce rire bête et gras qu'ont les adolescents quand ils se croient intéressants, lui, interloqué ayant envie de lui arracher des mains cet engin de malheur, ce bout de tôle capable de tuer.   

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Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
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