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21 mai 2011 6 21 /05 /mai /2011 08:22

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Nouvel épisode de la rubrique 'C dans l'Art' : Aujourd'hui Raoul Dufy à Perpignan.

Le 10 juin 1940, l'Italie déclare la guerre à la France. Par crainte des bombardements, Raoul Dufy (1877-1953) quitte Nice avec sa femme pour les Pyrénées-Orientales. Le peintre natif du Havre, qui a souvent peint la plage de Sainte-Adresse et des paysages proches de Marseille (Martigues, l'Estaque...) - le thème des régates comme celui de la musique fait partie de sa vie -, est connu pour avoir réalisé, en 1920, les décors et les costumes du "Boeuf sur le toit", un ballet de Jean Cocteau, mis en musique par Darius Milhaud, et, en 1937, une fresque gigantesque présentée à l'Exposition universelle de Paris, à la gloire de la "Fée Electricité".

"Le poète (*) n'oublie pas ses amis des Six. Pour eux, il décide de monter un spectacle à la comédie des Champs-Elysées, louée pour quelques représentations à Hébertot. C'est Etienne de Beaumont qui se charge de faire la salle en demandant à tout le gratin de Paris de louer des places. Le shah de Perse, de passage, paiera même 10 000 francs une loge. Ne faut-il pas voir ce qu'il y a de plus insolite à Paris ?

Il ne sera pas déçu. Cocteau a écrit lui-même l'argument du "Boeuf sur le toit", un ballet pantomique inspiré à Milhaud par une matchiche entendue au Carnaval de Rio. Les clowns Fratellini y font merveille dans une chorégraphie bouffonne, ainsi que dans "Adieu New York", un fox-trot de Georges Auric. Satie est représenté par ses "Trois petites pièces montées" et Poulenc par les "Cocardes" sur un poème encore de Cocteau. Une partie de la salle siffle, l'autre trépigne d'enthousiasme. Cocteau, fiévreux, contient mal sa joie, en ce soir du 20 février 1920." (1)

 

Raoul Dufy est atteint de polyarthrite et c'est à Céret, dont on lui vante la climat favorable, qu'il se rend et qu'il fait la connaissance de Pierre Brune, peintre à l'origine de la création du musée d'art moderne du chef-lieu du Vallespir. Malgré la douceur du climat, l'état de santé de Dufy ne s'améliore pas et sur les sollicitations de Pierre Brune auprès de son ami le docteur Pierre Nicolau, il est admis, au début de l'année 1941, à la clinique des Platanes à Perpignan. Après un séjour bienfaisant dans cet établissement hospitalier, le docteur Nicolau invite le peintre chez lui rue de la Poste [cf. l'article sur Cocteau et Marais du 18 mars] où le salon de l'appartement devient l'atelier de Dufy pendant six mois. Il y peint "Atelier de la rue Jeanne d'Arc à Perpignan" (musée des Beaux-Arts de Valence), "Atelier de Perpignan rue Jeanne d'Arc", "Atelier de Perpignan, la Frileuse" (ces deux derniers au musée d'Art moderne de la ville de Paris).

 

En 1943, Dufy retourne à Paris, dans son atelier de l'impasse Guelma (18ème arrondissement) où il détruit 300 dessins et aquarelles qui lui paraissent tous mauvais. C'est dans cet atelier qu'il loue depuis 1911, et qu'il conservera jusqu'à son décès, qu'il a peint "L'Atelier de l'impasse de Guelma" (1935), tableau dans lequel "on y retrouve les couleurs préférées de Dufy, rose, bleu et orange, des accents de vert et de rouge unis par un blanc lumineux, et l'indispensable ligne noire, omniprésente. La fenêtre, esquissée en blanc, fait écho à la forme du chevalet. A travers la vitre et les murs transparents, l'intérieur et l'extérieur se confondent ; Dufy incorpore l'architecture de la rue à celle de l'atelier, le monde concret entre dans la toile." (2)

En 1944, Dufy réalise les décors et les costumes de la pièce d'Armand Salacrou, mise en scène par Pierre Dux et jouée à la Comédie Française, "Les Fiancés du Havre". Après un séjour à Vence, il s'installe, en 1946, dans un atelier à Perpignan, à l'angle de la place Arago et la rue de l'Ange, où se trouve une imposante console rococo surmontée d'un grand miroir que l'on voit dans un tableau "Le Compotier de pêches à la console", daté de 1948, et exposé au musée d'Art moderne de la ville de Paris. La console et le miroir deviennent "des éléments de liaison dans les oeuvres exécutées par Raoul Dufy à cette époque" où "le miroir dans ces différentes oeuvres ne renvoie aucun reflet, il intervient en tant que composante lumineuse de l'ensemble". (3) C'est l'époque où il encontre le violoncelliste Pau Casals et où il reçoit de nombreux amis, dont Marcelle Oury, mère du réalisateur de "La Grande Vadrouille", qu'il a rencontrée à Paris, le 24 juin 1911, lors d'une soirée mémorable donnée par le couturier Paul Poiret, une fête persane baptisée "La Mille et deuxième nuit", pour laquelle Raoul Dufy avait dessiné les invitations et avait décoré le velum qui protégeait le jardin de la chaleur de l'été naissant. Pour Marcelle Oury, Dufy peint "Nature morte aux poires et aux citrons" (1946), aquarelle sur papier qu'il dédicace d'un "A Marcelle Oury que je retrouve à Perpignan ce 23 fév. 1946 - Raoul Dufy".

 

"Sur une corbeille de fruits de Raoul Dufy

 

Sur un fond bleu, comme d'un ciel glacé d'hiver,

s'offrent dans la blancheur d'une porcelaine ajourée

la rouge pomme colorée,

avec l'acide grappe verte, et quelque amer

citron à l'écorce dorée ;

Mais plus que tes couleurs, que tes froides saveurs,

y chantent les douceurs dont ta mélancolie

pare tes dernières faveurs,

belle saison d'automne en l'hiver abolie !" (4)

 

"De sa fenêtre, Dufy pouvait voir les fêtes et l'animation de la place Arago (sardanes et carnavals) mais aussi les fenêtres de l'appartement de son ami l'écrivain roussillonnais Ludovic Massé, qui habitait rue Vauban, de l'autre côté de la place." (5)

Son état de santé contraint Dufy à faire une cure à Caldes de Montbui (Catalogne Sud) et même à partir pour Boston (Etats-Unis), où il subit un traitement à la cortisone dans l'hôpital du professeur Freddy Homburger.

Raoul Dufy s'installe ensuite à Forcalquier (Basses-Alpes) où il décède le 25 mars 1953. 

 

 

(*) Il s'agit de Jean Cocteau.

(1) Extrait du livre de Gilbert Gilleminault et Philippe Bernet, "les Princes des Années Folles".

(2) Extrait du catalogue de l'exposition au musée du Luxembourg (Paris), "la Collection Phillips à Paris" (2005).

(3) Extrait du catalogue de la Collection Gérard Oury mise en vente à Artcurial (Paris) en avril 2009.

(4) Poème de Pierre Camo (1877-1972) qui fonda avec Paul Valéry et quelques autres le groupe néo-parnassien de la Pléiade. 

(5) "Perpignan, le dernier havre de Raoul Dufy" par Marie-Claude Valaison (musée Rigaud, Perpignan). 

 

Photo, au premier plan, l'immeuble où Raoul Dufy avait son atelier dans les années 40. 

     

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