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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 09:06

 

 

Ier Empire, 1806. Fort de ses dernières conquêtes européennes, Ulm, Vienne, Austerlitz, victoire sur la Prusse, Napoléon Ier impose le Blocus continental afin d'asphyxier les exportations anglaises et de créer une crise économique britannique. Le Portugal, fidèle allié de l'Angleterre, montre son hostilité à ce processus. Napoléon fait fermer le port de Lisbonne. L'occupation du Portugal entraine celle de l'Espagne. Le roi Charles IV et son épouse Marie-Louise de Parme fuient l'Espagne et passent les dernières années de leur vie à Rome où ils meurent en 1819 à quelques jours d'intervalle. Napoléon Ier place son frère aîné Joseph sur le trône d'Espagne. Mais l'armée française qui doit faire face à une guérilla populaire, capitule en juillet 1808 à Bailen (Andalousie). Même si Napoléon Ier réinstalle son frère en décembre, ces difficultés en Espagne sont un coup de tonnerre en Europe. A la chute de l'Empire, le fils aîné de Charles IV monte sur le trône d'Espagne. La figure de ce roi est la plus controversée de l'histoire de ce pays et son règne, un des plus décisifs pour les générations à venir. Né en 1784 au palais de l'Escorial, il a comme précepteur le chanoine Escoiquiz qui lui inculque la haine de ses propres parents, l'incitant à conspirer contre eux en 1807 et faisant de lui, l'année suivante, l'instigateur de la révolte d'Aranjuez qui mit fin au règne de son père. Marié trois fois, mais resté sans enfants, Ferdinand VII épouse Marie-Christine de Bourbon en quatrièmes noces et a une fille. Cette naissance résout théoriquement le problème de sa succession, mais ne fait pas l'affaire du frère du roi, don Carlos, qui se serait bien vu monter sur le trône. A la mort de Ferdinand VII, les partisans de don Carlos et ceux de la jeune Isabelle, âgée de seulement trois ans, s'affrontent pendant une grande partie du 19ème siècle avec des conséquences politiques importantes pour l'avenir de l'Espagne.

En 1808, Sophie Dupin part rejoindre son époux Maurice, en Espagne où il est aide de camp du général Murat. Elle emmène avec elle sa fille Aurore, future George Sand, alors âgée de quatre ans. Trois ans plus tard, en 1811, Victor Hugo, alors âgé de neuf ans part avec sa mère et ses deux frères pour l'Espagne rejoindre le général Hugo alors en poste à Madrid. Victor Hugo retourne en Espagne trente-deux ans plus tard lors d'un voyage aux Pyrénées qui le conduira au Pays basque des deux côtés de la frontière. Il quitte Paris le 18 juillet 1843 et arrive à San Sebastian le 28.

 

"A quelque distance de Bayonne, un de mes compagnons de route me montra dans l'ombre sur une colline le château de Marrac, ou du moins ce qui en reste aujourd'hui.

Le château de Marrac est célèbre pour avoir été, en 1808, le logis de l'Empereur, à l'époque de l'entrevue de Bayonne. Napoléon avait en cette occasion une grande pensée, mais la providence ne l'accepta pas ; et quoique Joseph Ier ait gouverné les Castilles comme un bon et sage prince, l'idée, pourtant si utile à l'Europe, à la France et à la civilisation, de donner une dynastie neuve à l'Espagne fut funeste à Napoléon comme elle l'avait été à Louis XIV.

Joséphine, qui était créole et superstitieuse, accompagnait l'Empereur à Bayonne. Elle semblait avoir je ne sais quels pressentiments, et, comme Nunez Saledo dans la romance espagnole, elle répétait souvent : Il arrivera malheur de ceci.

Aujourd'hui qu'on voit le revers de ces événements déjà enfoncés dans l'histoire à une distance de trente années, on distingue, dans les moindres détails, tout ce qu'ils ont eu de sinistre, et il semble que la fatalité en ait tenu tous les fils.

(...) Tout ce qui assistait à cette aventure a fait une triste fin. Napoléon Ier est mort proscrit ; Joséphine est morte répudiée ; Charles IV et sa femme sont morts détrônés. Quant à ceux qui étaient alors de jeunes princes, l'un est mort, Ferdinand VII ; l'autre, don Carlos, est prisonnier. Le brigantin qu'avait monté l'Empereur s'est perdu deux ans après, corps et biens, sous le cap Ferret, dans la baie d'Arcachon ; le capitaine qui avait la main à l'impératrice, et qui s'appelait Lafon, a été condamné à mort pour ce fait, et fusillé. Enfin le château de Marrac, où Napoléon avait logé, transformé successivement en caserne et en séminaire, a disparu dans un incendie. En 1820, une nuit d'orage, une main restée inconnue y mit le feu aux quatre coins.

(...) La Bidassoa, jolie rivière à nom basque, semble faire la frontière de deux langues comme de deux pays et garder la neutralité entre le français et l'espagnol.

Nous traversons le pont. A l'extrémité méridionale la voiture s'arrête. On demande les passeports. Un soldat en pantalon de toile déchiré et en veste de drap vert rapiécé de bleu au coude et au mollet apparaît à la portière. C'est la sentinelle ; je suis en Espagne.

Me voici dans le pays où l'on prononce b pour v ; ce dont s'extasiait cet ivrogne de Scaliger : Felices populi, s'écriait-il, quibus vivere est bibere.

Je n'ai même pas regardé l'île des Faisans, où la maison de France a épousé la maison d'Autriche, où Mazarin, l'athlète de l'astuce, a lutté corps à corps avec Louis de Haro, l'athlète de l'orgueil. Cependant une vache broutait l'herbe ; le spectacle est-il moins grand ? la prairie est-elle déchue ? Machiavel dirait oui ; Hésiode dirait non.

Point de faisans dans l'île ! Cette vache et trois canards représentent les faisans ; comparses loués sans doute pour faire ce rôle à la satisfaction des passants.

C'est la règle générale. A Paris, au Marais, il n'y a pas de marais ; rue des Trois-Pavillons, il n'y a pas de pavillons ; rue de la Perle, il y a des gotons ; dans l'île des Cygnes, il n'y a que des savates naufragées et des chiens crevés. Quand un lieu s'appelle l'île des Faisans, il y a des canards. O voyageurs, curieux impertinents, n'oubliez pas ceci !" Victor Hugo, "Les Pyrénées"   

 

  

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