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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 08:49

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Collioure de Paul Signac à Thomas Verny

 

 

"Ce que le tableau représente ? Cela dépend de celui qui le regarde." Whistler

 

 

 

Mai 1905 : Henri Matisse arrive à Collioure avec son épouse Amélie, s'installe dans une auberge de l'avenue de la Gare et loue une chambre qui lui sert d'atelier avec vue sur la mer. Il ne tarde pas à se faire des amis parmi les artistes roussillonnais. Matisse rencontre Etienne Terrus qui comme lui a exposé plusieurs toiles au dernier Salon des Indépendants (mars-avril 1905) dont Le Racou, sa plage préférée (Argelès-sur-Mer). Par l'entremise de Terrus, Matisse fait la connaissance d'Aristide Maillol dans son mas de Banyuls-sur-Mer. Lorsque Matisse arrive chez Maillol, ce dernier "exécutait la femme accroupie dont le bronze est placé dans le charmant patio de l'hôtel de ville de Perpignan." (1) Chez le sculpteur banyulenc, arrivent aussi Georges-Daniel de Monfreid que Matisse a rencontré quelques semaines auparavant à Paris (voir notre article du 17 avril 2012) et Louis Bausil, le "peintre des pêchers en fleurs". Quelques jours plus tard, Matisse se rend avec Terrus chez Monfreid à Corneilla-de-Conflent. Enthousiasmé par ce séjour entre mer et montagne, Matisse écrit, le 25 juin 1905, à son ami André Derain : "Je ne saurais trop insister pour vous persuader qu'un séjour ici vous est absolument nécessaire pour votre travail - vous y seriez dans les conditions les plus avantageuses et vous tirerez des bénéfices pécuniaires sur le travail que vous ferez. Je suis certain que si vous m'écoutez vous vous en trouverez bien. C'est pourquoi, je vous le répète encore, venez." (2) Début juillet, Derain arrive à Collioure. Amélie Matisse écrit à Jeanne Manguin : "M. Derain est avec nous depuis une huitaine et, avec mon mari, ils travaillent ferme malgré la forte chaleur. A quand votre visite ? Et le travail marche-t-il ? Nous nous plaisons de plus en plus ici et avons déjà fait plusieurs excursions ; avons été en Espagne également et sommes enchantés de notre séjour." (2) Jusqu'en septembre, Matisse et Derain peignent des vues de Collioure, des barques, des fenêtres ouvertes sur le port d'Avall. Derain écrit à Vlaminck : "Ici, les lumières sont très fortes, les ombres très claires. L'ombre est tout un monde de clarté et de luminosité qui s'oppose à la lumière du soleil : ce qu'on appelle des reflets." (2) Matiise lui "reconstruit le paysage, le laisse pénétrer dans sa chambre et l'encadre dans l'ouverture de la fenêtre. (...) Ainsi, dans La Fenêtre ouverte (National Gallery of Art, Washington DC - Etats-Unis), le port de Collioure cesse d'être un port pour devenir un tableau." (3) Fin août, Derain quitte Collioure pour Marseille par un bateau venant d'Alger. Matisse rentre à Paris début septembre via Avignon.

En octobre-novembre a lieu le 3ème Salon d'automne au Grand Palais à Paris. Dans la salle VII, Matisse expose dix oeuvres, dont Les Toits de Collioure, et Derain expose neuf oeuvres parmi celles de Manguin, Marquet, Vlaminck, Bonnard, Valtat... Emile Loubet, président de la République, refuse d'inaugurer le Salon. Le critique Louis Vauxcelles le visite et écrit dans Gil Blas le 17 octobre 1905 : "Au centre de la salle, un torse d'enfant et un petit buste en marbre, d'Albert Marque, qui modèle avec une science délicate. La candeur de ces bustes surprend au milieu de l'orgie des tons purs : Donatello chez les fauves." (2) Les artistes qui exposent dans la Salle VII seront désormais regroupés sous ce terme de Fauves. Marcel Sembat, ami de Matisse depuis 1903, écrira : "Aujourd'hui Matisse est maître de lui-même. Il est en pleine et complète possession de tous ses moyens. Totale conquête ! Bergson aime à nous jurer que le destin de l'homme est de se créer lui-même. Cette nécessité magnifique s'impose à l'artiste avec plus d'évidence encore qu'aux autres hommes. En ce sens la création de Matisse par lui-même est maintenant accomplie. Son oeuvre des Sept jours est achevée : mais il ne songe guère à se reposer ! A quel signe connaissons-nous que Matisse s'est ainsi conquis tout entier ? Voici : sa puissance devient harmonieuse et se fleurit de douceur. Il produit un ensemble."

1906 : Derain passe l'hiver à Londres où il découvre Turner ; il passe l'été à l'Estaque et à Cassis. Matisse expose au Salon des Indépendants puis va en Algérie, puis à Collioure de novembre 1906 à septembre 1907.

 

 

(1) l'ABCdaire de Maillol (Flammarion, 1996)

(2) Matisse - Derain, la vérité du Fauvisme par Rémi Labrusse et Jacqueline Munck (Editions Hazan, 2005)

(3) l'ABCdaire de Matisse (Flammarion, 2005)    

 

 

Photo, Collioure (Pyrénées-Orientales) et reproduction de Matinée d'été, les Toits de Collioure par Matisse (Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg - Russie).

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