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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 09:02

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Cadaqués, village de pêcheurs dominé par le pic du Peni (613 mètres), semble être loin de tout, seulement accessible par la mer. "Le long de la côte, sur les sables des plages minuscules, dans les grottes et les anfractuosités, sur les rochers à fleur d'eau, sur les écueils, la mer semble s'être arrêtée en un point de fixité, et avoir renoncé - un moment - à son éternel mouvement d'inquiétude inéluctable. Ce calme exceptionnel n'est perceptible habituellement que pendant les longs couchers de soleil estivaux. Et le silence semble augmenter l'immobilité statique des profondeurs de l'eau." (1) Une route y mène pourtant soit depuis Roses, soit depuis Port de la Selva. Cette route aux très nombreux virages, Salvador Dali l'a souvent empruntée lorsqu'avec ses parents il quittait Figueres, sa ville natale, pour passer quelques moments au bord de la mer dans la résidence familiale. Parler de Cadaqués, fait immédiatement penser à Dali qui a rendu ce village célèbre, bien que Picasso y ait fait un séjour en 1910 (du 1er juillet au 26 août). Dali à cette époque n'avait que six ans. Plus tard, alors qu'il étudie à l'Académie Royale des Beaux-Arts de San Fernando (Madrid), il commence à peindre : Port Alguer (1924) et Falaise (1926) sont deux tableaux qui représentent Cadaqués et ses environs. En 1925, Federico Garcia Lorca passe ses vacances à Cadaqués avec Dali. En 1929, à Paris, alors que Paul Eluard est un soir dans un établissement à la mode, il rencontre le poète et galeriste belge Camille Goemans qui est en compagnie d'un "inconnu, aux allures de chat sauvage, avec une moustache aussi fine qu'un trait de crayon". (2) Cet inconnu, jeune peintre espagnol est Salvador Dali alors âgé de vingt-cinq ans. "Pourtant, assez brutalement, d'une voix marquée par un terrible accent, il les invite aussitôt, Goemans et lui, à venir le voir dans son atelier de Cadaqués - un petit port de pêche catalan. Goemans, qui s'apprête à exposer les toiles de ce débutant et qui vante déjà partout son talent, car le vernissage est prévu pour le mois de novembre, vient fort à propos de rappeler à Paul l'invitation. Pourquoi ne pas profiter de l'aubaine ?" (2) Goemans et sa compagne, Bunuel et son épouse, Paul Eluard, son épouse Gala et leur fille passent donc l'été 1929 à Cadaqués. "Chaque jour, le groupe retrouve Dali sur la plage. On se baigne, on parle, Dali rit, il fait découvrir à ses amis les beautés de cette région qui est la sienne depuis toujours et qu'il aime plus que tout. (...) Ici, il habite chez ses parents, dans une maison à l'écart du village, sur la Playa d'es Llaners où sa famille passe traditionnellement l'été." (2) Outre les beautés de la région de l'Empodà, Dali montre aussi à ses amis ses dernières toiles. "Lorsque les surréalistes découvrirent dans la maison de mon père, à Cadaquès, le tableau que je venais de peindre et que Paul Eluard baptisa : le Jeu lugubre, ils furent scandalisés par les éléments scatologiques et anaux de l'image représentée. Gala, surtout, désapprouva mon oeuvre avec une véhémence qui me révolta ce jour-là, mais que, depuis, j'ai appris à adorer." (3) Gala ne quittera plus Cadaqués et Dali. Paul Eluard rentre seul à Paris. "En prenant le petit déjeuner, je vois monter le soleil et m'aperçois que, Port Lligat étant géographiquement la pointe la plus orientale de l'Espagne, je suis chaque matin le premier Espagnol qui touche le soleil. En effet, même à Cadaqués qui est à dix minutes d'ici, le soleil arrive plus tard. (...) Nous sommes le jour de la Saint-Jacques, fête de Cadaquès. (*) Ma très petite grand-mère toujours si propre ne manquait jamais quand j'étais enfant de réciter ces vers en une telle occasion :

 

Jour de Saint Jacques

Jour vingt-cinq

Il y eut une grande fête

Dans la place des toros

Tous furent mauvais

Et ce fut une raison

Pour brûler les couvents.

 

Ce poème me paraît résumer l'essence de la manière parfaitement inconséquente d'être Espagnol." (3)

 

Ce Port Lligat "digne d'Homère et qui n'appartient qu'à Gala et à moi" (3), à deux kilomètres au Nord de Cadaqués, tire sa célébrité du fait que Salvador Dali y fit construire une maison que l'on peut visiter. A Cadaqués, le capitaine Peter Moore, secrétaire de Dali, avait ouvert dans un ancien hôtel, un musée qui proposait une collection d'art graphique du 15ème au 20ème siècle. "En 1978, nous avons ouvert notre musée, le musée Perrot-Moore, à Cadaqués, dans le plus vieil hôtel du village. Dali assista à l'inauguration avec Gala, qui, je dois dire, fut plus attentive au musée que son mari, qui le traversa aussi vite que s'il avait marché dans la rue." (4) Ce musée a fermé définitivement en 2002. Outre la maison de Port Lligat, on peut visiter à Cadaqués, l'église Santa Maria (16ème siècle) qui abrite un retable baroque, l'un des plus remarquables du genre dans toute la Catalogne. La visite du Théâtre-Musée Dali de Figueres est un bon complément à la découverte de l'oeuvre du Maître.

 

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(1) Josep Pla, Cadaqués (1947) 

(2) Dominique Bona, Gala (Grandes Biographies Flammarion, 1995)

(3) Salvador Dali, Journal d'un génie (Editions de La Table Ronde, 1964)

(4) Capitaine Peter Moore, Flagrant Dali (Grasset, 2009) 

 

(*) 25 juillet.

 

Cet article fait suite à une série sur les villes côtières de Catalogne Nord et Sud qui ont attiré les peintres (voir les articles de cette série dont le dernier daté du 3 mai 2012).

 

Photo, à Cadaqués.

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