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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 14:35

 

Collioure de Paul Signac à Thomas Verny 

 

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Vous lire la liste de celles et ceux qui ont mis le petit port catalan en couleurs et qui en ont fait un lieu connu dans le monde entier serait aussi fastidieux qu'inutile, tant les peintres ont, chacun à leur façon, représenter le site selon leur palette et leur idée du fond et de la forme. Dans la forme, Collioure est un port entièrement refait par Vauban après le traité des Pyrénées de 1659 ; dans le fond, c'est une anse entourée de vignobles, au-dessus des toits, et qui s'accrochent à la colline dont la couleur de la terre change à chaque minute selon le soleil, les nuages et le vent.

 

Hormis un séjour de quelques mois que Paul Signac a fait à Collioure en 1887, le port restait largement méconnu jusqu'à ce que Matisse y pose ses valises et son chevalet durant l'été 1905. Entre juillet et octobre 1887, Signac a peint quatre vues du port de Collioure. Comme dans Vue de Collioure - The Town Beach, Collioure, peinture à l'huile exposée au Metropolitan Museum of Art de New York, les couleurs pâles de ses paysages maritimes portent l'intensité du soleil méditerranéen dont la lumière, selon le peintre, décolore les ombres, atténue les couleurs locales et délave le ciel pur. L'austérité, le caractère intemporel de ces oeuvres ont suscité l'admiration du critique Félix Fénéon, qui l'année suivante a loué Signac pour "ses vertus d'observation et d'harmonie".

En 1890, Henri Matisse, jeune homme natif du Cateau-Cambrésis (Nord) qui étudie le droit et qui ne semble pas s'intéresser à la peinture, reçoit de sa mère une boîte de peinture et un petit traité à l'usage des amateurs, pour occuper sa convalescence après une opération de l'appendicite. "L'effet de ce cadeau est prodigieux" explique John Russell. (1) Puis Matisse suit les cours de Bouguereau mais c'est Gustave Moreau qui va lui donner par "l'affectueuse sollicitude qu'il prodigue à ses élèves" (1), le goût pour la peinture qui ne le quittera plus. Chez Moreau, Matisse se lie d'amitié avec Simon Bussy, Georges Rouault et Albert Marquet. En 1895, Matisse quitte la rue des Ecoles où il réside depuis qu'il étudie aux Beaux-Arts, et s'installe au 19 quai Saint-Michel, dans un minuscule appartement avec vue sur la Seine. "Matisse a beaucoup peint quai Saint-Michel : Notre-Dame vue de sa fenêtre, des natures mortes, des portraits. C'est là qu'en 1904 il compose les baigneuses sur la plage, dans le style pointilliste, du tableau Luxe, calme et volupté. (...) L'atelier est le baromètre de l'âme du peintre : ensoleillé quand il a chaud au coeur, assombri quand le temps est à l'angoisse..." (2) Mais Matisse ne rencontre pas le succès escompté et les critiques acerbes fusent. Les années 1902 et 1903 sont remplies d'anxiété et d'amertume : "...Matisse, lui aussi, doute et s'inquiète : il n'est plus sûr de sa vision." (3) Matisse songe à abandonner la peinture et postule même - par le truchement du peintre René Piot qui lui-même sollicite l'aide de Marcel Sembat -, pour un emploi de "contrôleur du droit des pauvres au théâtre" à la préfecture de la Seine. René Piot, dans une lettre au député du 18ème arrondissement de Paris, explique que Matisse "est absolument à fond de cale". (4) Matisse n'obtient pas le poste mais se noue alors, entre lui et le protecteur des peintres qu'est Marcel Sembat, une profonde amitié. Le couple Sembat-Agutte n'avait jamais croisé Matisse, même si, comme lui, Georgette Agutte avait, vers 1893, fréquenté l'atelier de Gustave Moreau. Matisse ne se décourage pas. "Du 21 février au 24 mars (1904) se tient le 20ème Salon des Indépendants, dans les Grandes Serres de la Ville de Paris. Signac est vice-président du Salon, Matisse est secrétaire adjoint et fait partie de la commission de placement ; il est membre de la Société depuis le mois d'avril 1901. (...) Camoin, Dufy, Friesz, Girieud, Manguin, Marquet, Metzinger, Puy, Vallotton, Valtat, Van Dongen sont également présents. Derain, en revanche, n'expose pas." (4) En juin 1904, Matisse fait sa première exposition personnelle à la galerie Ambroise Vollard. En octobre-novembre 1904, il expose au 2ème Salon d'automne au Grand Palais à Paris. Derain et Vlaminck n'y exposent pas. En février 1905, Matisse est convié chez Gustave Fayet, riche viticulteur et collectionneur - ami de Georges-Daniel de Monfreid -, qui vit rue de Bellechasse, à deux pas de la Gare d'Orléans (actuel musée d'Orsay), et qui lui montre sa collection (peintures et sculptures) d'oeuvres de Gauguin. En mars-avril 1905, Matisse expose au 21ème Salon des Indépendants. En mai, Matisse dîne chez Georges-Daniel de Monfreid, rue Liancourt à Paris, et y découvre d'autres oeuvres de Gauguin.  Quelques jours plus tard, Matisse, son épouse Amélie Parayre, et leurs trois enfants, quittent Paris pour Perpignan où vit la soeur de l'épouse de Matisse, puis s'installent à Collioure à l'hôtel de la Gare. Le peintre loue aussi une chambre qui lui sert d'atelier sur le port d'Avall. Sur l'insistance de Matisse, Derain arrive à Collioure début juillet. Tous deux vont produire des oeuvres qui seront exposées au Salon d'automne et qui donneront naissance au Fauvisme.

 

 

(1) John Russell, Matisse et son temps 1869-1954, Editions Time-Life (1972)

(2) Frédéric Gaussen, Le 5ème arrondissement vu par les peintres, Editions Adam Biro (1998)

(3) Gertrude Stein, Picasso (1938)

(4) Extait du catalogue de l'exposition Marcel Sembat et Georgette Agutte à la croisée des avant-gardes (Archives Nationales, 2008) 

(5) Rémi Labrusse et Jacqueline Munck, Matisse - Derain, la vérité du Fauvisme, Editions Hazan (2005) 

 

 

Photo, le port de Collioure (Pyrénées-Orientales).  

 

 

[Cet article fait suite aux articles des 22 et 23 mars 2012.]      

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