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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 10:29

 

 

Etant curieux de savoir ce que les écrivains et poètes du temps passé ont dit sur les Pyrénées, le Roussillon et la Catalogne (j'ai déjà parlé notamment du voyage de Victor Hugo au Pays basque et en Navarre et de celui d'Henry de Monfreid à Tossa de Mar), ma curiosité a été attirée, dans les rayonnages de la médiathèque de Perpignan, par un ouvrage sobrement intitulé "Le Voyage en France, anthologie des voyageurs européens en France, du Moyen Age à la fin de l'Empire". Je l'ai bièvement feuilleté, et comme il y avait quelques pages qui concernent le Roussillon, j'ai souhaité en parler dans ce blog. Voici ce que j'y ai lu : "Un voyage des Pyrénées suffit pour donner à une femme une idée des pays de montagnes ; mais un homme qui veut connaître, un homme qui doit préférer les grandes masses aux détails, et les superbes horreurs aux charmes d'un paysage , un homme que les fatigues et les difficultés ne doivent pas rebuter, doit préférer d'aller contempler et étudier la nature dans les Alpes." Cette citation est extraite des notes de voyages du comte de Guibert (1743 - 1790) écrites dans le cadre de ses fonctions militaires, soit comme inspecteur divisionnaire de l'infanterie, soit pour rendre compte de l'état des fortifications supposées défendre le territoire national. Le XVIIIème siècle est le siècle du 'tour', voyage éducatif que font les jeunes aristocrates anglais pour parfaire leurs connaissances du continent européen. C'est l'époque où les stations thermales commencent de prendre leur essor, où l'on passe l'hiver dans le Midi entre Hyères et Nice, et que l'on découvre la montagne, principalement les Alpes (Horace Benedict de Saussure fait l'ascension du Mont-Blanc en 1787). A cette époque, c'est surtout la Suisse qui fait rêver, les Alpes du Dauphiné ou des Dolomites étant alors délaissées, et le comte de Guibert ne fait pas exception en se rendant par deux fois dans ce pays. Les Pyrénées lui semblent bien fades à côté du Schreckhorn, du Jungfraujoch et du Grindelwald. Guibert ne peut s'empêcher de comparer les Alpes "qui sont le berceau des plus grands fleuves de l'Europe", aux Pyrénées, où le chamois, le mouflon et l'aigle sont inexistants, un peu à la manière des ces touristes français du 20ème siècle (et certainement aussi du 21ème) qui, comme le disait Pierre Daninos, parlent de l'Italie quand ils sont en Espagne et de l'Espagne quand ils visitent l'Italie. Si les Alpes occupent, selon Guibert, une grande place dans l'histoire de l'Europe de la Rome antique à ses jours, les Pyrénées n'ont pas connu un si grand passé. "Les Pyrénées ne tiennent pas une grande place dans les annales du monde : la mort de Roland et de ses Preux aux défilés de Ronceveaux, qui pourrait n'être qu'une fable , et qui n'est pas avec cela une fable intéressante, est le seul événement des Pyrénées. Jamais elles n'ont vu de grandes armées, ni de grands conquérants ; jamais on n'y a combattu pour la gloire, ou ce qui est mieux encore , pour la liberté ; comme en Suisse, jamais il n'y a vécu, ni grands poètes, ni grands philosophes." Puis Guibert devient soudainement prudent et entrevoit pour les Pyrénées, ces montagnes plus féminines que viriles - dans la cour de récréation, on parlerait de 'montagnes de gonzesse' -, un avenir différent, oserais-je dire radieux ?, qui pourrait attirer artistes et poètes. "Mais il pourrait s'y former des artistes, des romanciers, des poètes doux et sensibles. Il y a là à chaque pas, des sites de fééries, des scènes pastorales, et des études de jardins dans le genre moderne." Visionnaire, blasé ou résigné, Guibert achève son préambule au récit de son voyage en Pyrénées par cette phrase qui en ajoute une couche : "Je ne ferais plus un pas, pour revoir ce que j'ai vu des Pyrénées, et toutes les parties que je ne connais pas, ressemblent sûrement à celles que je connais, tandis que je ferais encore avec transport un troisième voyage dans les Alpes, sûr d'y avoir encore des beautés qui me sont inconnues et d'y éprouver des sensations nouvelles." N'allons donc pas plus loin et pourquoi poursuivre jusqu'à Besalu quand Coustouges et son maigre ruisseau, la Muga, ont déjà tellement déçu le routard en quête de sensations fortes. Et dire que le comte de Guibert a été déçu par le pic du Midi est un faible qualificatif en rapport à son abattement et ses chères montagnes suisses. Mais il le sera encore plus à l'approche du Roussillon puisqu'il écrit : "De Narbonne à Perpignan. Jusqu'à Salces, le plus vilain pays de la nature. Des montagnes arides et décharnées. Ce sont les Basses-Pyrénées qui séparent au nord le Roussillon du Languedoc. A gauche, une triste mer borde de même des rochers stériles et de grands étangs. Avec cela, le chemin est toujours superbe. Tout le pays ne le vaut pas." Demain, je vous parlerai de la visite de Guibert en Roussillon... Préparez vos mouchoirs !                

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Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
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commentaires

michel.cristofol.over-blog.com 16/09/2011 16:08


Triste sire que ce Guibert qui a osé dire que les chamois, les mouflons et les aigles n'existaient pas dans les Pyrénées ! Et l'isard, c'est quoi, alors ? Quand à lui, il ne tient pas une grande
place dans la littérature, à côté d'une Gorge Sand, d'un Victor Hugo... qui n'ont cessé de clamer la beauté des ces paysages.