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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 13:08

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Durant les journées aoûtiennes et leur chaleur chaude et démoniaque, je suis peu sorti de mon antre, et c'est store baissé et volets fermés que j'ai vécu mon premier été à Perpignan. Le matin, il faisait bon sur le balcon, mais l'après-midi, à partir de trois heures, celui-ci était impraticable. C'est à l'intérieur que la température était supportable. Quelques livres m'ont accompagné durant ces jours de repli, de recroquevillement. J'ai d'abord relu L'écriture ou la vie de Jorge Semprun. Puis ayant vu sur Arte un film sur l'écrivain cubain Reinaldo Arenas, j'ai voulu en savoir plus sur celui qui a été pourchassé pendant de trop longues années par la police de Castro, qui a été mis au secret dans des conditions épouvantables durant deux ans, et qui a réussi à fuir cette prison à ciel ouvert qu'était (est encore ?) l'île des Caraïbes pour se réfugier aux Etats-Unis où il est décédé en 1990. J'ai lu son autobiographie intitulée Avant la nuit. De John Steinbeck, j'ai lu La Perle et Voyage avec Charley. Ce dernier ouvrage, je l'avais étudié en anglais en Terminale. La professeure avait demandé que nous l'achetions dans une librairie anglophone, était-ce chez WH Smith ou chez Brentano's ?, je ne sais plus. Le livre était disponible aux éditions Penguin. Un jeu de mots circulait dans la classe : "Le livre, tu l'as acheté en pingouin ?", demandait un élève. L'autre répondait : "Oui". Alors, le premier fier de sa trouvaille répondait : "Moi je l'ai acheté en anglais !" A cet âge-là, on rit de tout, n'est-il pas ? A la fin des années septante, le livre de Steinbeck n'avait pas encore été traduit en français ; il ne l'a été que dans le milieu des années nonante.  La professeure évitait par ce choix toute tricherie. Le baccalauréat approchait à grands pas, le niveau en anglais devait être à la hauteur des efforts de notre professeure. De ce livre, outre que Steinbeck part avec son petit chien dans tous les Etats-Unis en camping-car, je ne me souvenais plus des détails des rencontres, certaines heureuses, d'autres pénibles, de l'auteur avec ses compatriotes, du racisme rampant -par exemple, on soupçonne Steinbeck d'être Juif car son véhicule porte une plaque de l'Etat de New York - mais un passage était resté dans ma mémoire, celui au cours duquel le States-trotteur ne peut entrer au Canada, même pour un court séjour parce qu'il ne peut produire aucun certificat de vaccinations pour son chien demandé par les douaniers... américains. S'il entre au Canada, et les douaniers canadiens le feraient entrer dans leur pays de bonne grâce, le chien ne pourrait pas retourner aux Etats-Unis, car les homologues américains demanderaient un certificat que Steinbeck n'a pas. Il fait donc demi-tour sans même être entré au Canada mais les douaniers américains ne l'entendent pas de cette oreille et ne lui accordent que difficilement l'autorisation de rentrer aux Etats-Unis, pays qu'il n'a pourtant pas quitté. J'ai connu la même mésaventure quelques huit ans après avoir étudié ce livre au lycée. J'étais en Louisiane comme accompagnateur d'un groupe d'adolescents pour un séjour linguistique et mon collègue et moi - nous étions deux chaperons -, avions décidé de passer trois jours dans le Texas voisin. Comme l'attrait du Mexique tout proche (à quatre heures de route) nous titillait, nous voilà donc partis en direction de la ville mexicaine la plus proche de San Antonio qui se trouvait au-delà du rio Grande : Nuevo Laredo. Pour entrer au Mexique, ce fut simple, les policiers mexicains nous encourageant à entrer dans leur pays comme dans un pays Schengen : pas de passeports à montrer, pas de fouille du véhicule, seulement le sourire des douaniers mexicains heureux de faire entrer des gringos (notre véhicule était immatriculé en Louisiane) sur leur territoire. Nous sommes restés environ trois heures à Nuevo Laredo, le temps de prendre un jus de fruits, quelques photos et de regarder les vitrines des multiples boutiques de chaussures (une cinquantaine) de la ville. Rentrer aux Etats-Unis ne fut pas chose commode : Le douanier américain me demanda mon passeport ; comme j'avais un visa touristique, il me le rendit rapidement ; mais comme mon collègue accompagnateur était d'origine algérienne et qu'il avait un visa d'étudiant, les choses se sont brutalement aggravées. Le flot des questions a grossi rapidement. "Pourquoi êtes-vous allés au Mexique ? Combien de remps y êtes-vous restés ? De quelle ville venez-vous ? Avez-vous acheté de l'alcool ? Pourquoi étudiez-vous aux Etats-Unis", etc. J'ai bien cru que la voiture (de location, et il est interdit d'aller au Mexique avec un char de louage loué aux States) allait être mise sur cales et qu'ils le démonteraient pour y chercher de la drogue, de l'alcool, que savais-je encore ? Au bout d'un temps qui m'a paru une éternité, on nous a laissé repartir. C'est la seule fois que je suis allé au Mexique, je ne suis pas resté longtemps mais je me souviens très bien de cette mésaventure vingt-quatre ans après. Pour ce qui est du racisme quotidien, je l'ai vécu ou plutôt mon collègue l'a vécu. A Lafayette (Louisiane), nous avions garé le char de louage devant une pompe pour faire le plein de gas. Nous n'étions pas descendu du véhicule, quand un autre char s'est garé devant la pompe opposée. Son passager a regardé mon collègue d'une façon plus que bizarre ; il s'est adressé à lui et l'a traité, vu son faciès, de terroriste, de palestinien, de etc. Il m'a dit : "Je fais lui casser la gueule." J'ai bien sûr tout fait pour l'en dissuader (beaucoup d'Américains sont armés) et je lui ai dit : "Démarre et on se casse !" Après ces souvenirs qui me reviennent en somnolant sur le balcon, je vais me plonger dans un autre livre ; je viendrai vous en parler plus tard.

 

 

Photo, Nuevo Laredo au Mexique, la ville où j'ai failli finir mes jours.              

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Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
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commentaires

TATA 03/09/2011 15:23


Tu as failli finir ta vie au mexique, ton père et ta mère ne l'ont pas su, c'est du beau, nous n'aurionbs plu eu de fils. Comme quoi il ne faut jamais faire confiance aux enfants

La Mama


louisiane.catalogne.over-blog.com 05/09/2011 13:59



Bonjour et merci pour ce commentaire. Cette histoire n'est qu'une péripétie parmi d'autres survenue lors d'un voyage. C'est ce genre d'incident sans conséquence qui permet de se souvenir
longtemps d'un voyage. Et, le fait d'avoir lu, quelques années plus tôt, une histoire similaire dans le livre d'un grand écrivain permet aussi de mieux fixer l'événement dans sa
mémoire. Me serais-je souvenu de cet incident si je n'avais pas lu Steinbeck ou me suis-je souvenu du passage du livre de Steinbeck parce qu'il m'est arrivé (presque) la même chose un jour d'août
aux Etats-Unis ? A bientôt.