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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 15:22

 

 

Aujourd'hui 9 juillet 1985 ; ce soir, vers 22 heures, je prendrai un car Greyhound pour la Nouvelle-Orléans. En attendant, avec l'autorisation d'Eva, je monte pour la dernière fois au grenier de l' "Isola" pour prendre des notes après avoir pris connaissance d'archives familiales qui dorment dans des caisses et des malles. On dit qu'en France tout fini toujours par des chansons. A Atlanta aussi. Maurice Loridans est amateur de grande musique. Dans une lettre du 8 mars 1976 adressée à sa cousine Thérèse, il écrit. Les Huguenots est le dernier opéra que j'avais vu avec mon père à Paris la veille de mon départ en septembre 1920. Je tenais à le voir et c'était une bonne ocasion pour être avec Maurice L. qui est là à Tulane Univ." (*) Le 30 juillet 1977, il écrit : "En musique depuis un an je travaille sur Meyerber et Donizetti, Huguenots, Favorite, Prophète... et en novembre à la Nouvelle-Orléans, don Pasquale." Maurice Loridans avait été elevé dans une famille de musiciens et de chanteurs. Lui-même jouait de plusieurs instruments. Son père, en sa qualité de chansonnier, avait laissé à la postérité de nombreuses mélodies. En janvier 1976, il écrit : "Comme entrée en matière je joins une chanson de mon père que je viens de transcrire - de mémoire. C'était l'exposition, la foule voulait voir Dron (°) partir en ballon- à la dernière minute il demanda à mon père de le remplacer. d'où la chanson - j'y étais !" Deux mois plus tard : "J'essaie de transcrire une chanson de tipère par semaine - si tu trouves à corriger ou ajouter ce sera bienvenu je ne sui pas certain de la musique du couplet des 70 ans mais dans une ritournelle bien entendu on répète -" Le surnom de Henri Loridan (1861-1933) était Piston fils. La Muse du Peuple l'inspirait beaucoup :

 

Moi de la lyre adroitement je pince,

Je fais des vers, c'est ma vocation,

Mais mon talent quoiqu'il ne soit pas mince

Ne m'a donné nulle prétention ;

On dit partout que je suis bonne fille,

Pour m'inspirer je n'ai pas de salon

Une mansarde où le gai soleil brille

Sait me suffire et je rime un flonflon.

 

Je ne dis rien de ces splendides fêtes,

Où l'étiquette étouffe le plaisir

J'aime bien mieux les modestes guiguettes,

La joie ouverte au moins vient y saisir.

Au paradis de l'Ambigu je monte

Ca vaut cent fois mieux les loges d'opéra.

Faire toilette, ah vrai ! ça me démonte,

Pour être libre, il ne faut pas d'extra.

 

Aux bains de mer qu'en été on fréquente

Aux bords du Rhin où commande le jeu

Je ne vais pas. En juin je me contente

Du bois voisin et m'y repose un peu

Dans mes cheveus une fleur déposée

Fait ma coiffure, et quant aux diamants

J'ai les plus beaux, les perles de rosée,

Air pu, gaîté, voilà mes éléments.

 

Pendant l'hiver, alors que Paris danse,

Au coin du feu je groupe tous mes fils,

Que la famille est douce quand j'y pense

Et qu'il est bon d'être ainsi réunis.

Je chante enfin pour cette noble enfance

Pour l'ouvrière au courage si beau,

Pour le vaillant défenseur de la France

Prêt à mourir sous les plis du drapeau.

 

Atlanta - New Orleans : 22h05 - 08h45. Eva et Sarah m'accompagnent à la gare routière. Je remercie vivement Eva pour son excellente idée de m'avoir retrouvé et de m'avoir fait découvrir Savannah. L'autobus part. Une nouvelle nuit de voyage commence. 

 

 

(*) L'orthographe des lettres de Maurice Loridans a été respectée.

 

(°) Gustave Dron, maire de Tourcoing (Nord) décédé en 1930.   

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