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23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 09:30

 

 

 

Il y a en France environ 30 millions de metteurs en scène, tous embauchés par Facebook, le plus grand directeur de théâtre qui ait jamais existé. Ouvrir une page Facebook, c'est se mettre en valeur, c'est voir et être vu (surtout être surveillé), se dévoiler, se cacher, se mettre à nu, se masquer. Sur Facebook, on parle de soi et de soi et encore de soi. "Et Doniste, comment va-t-il ?" me demandait un ami - un vrai - qui n'est pas sur Facebook. J'entends souvent les journalistes à propos d'un sportif ou d'un acteur dire qu'il (elle) a un égo surdimensionné. On veut dire par là qu'il (elle) a mauvais caractère, qu'il (elle) donne peu d'interviews (ce qui agace les journalistes), qu'il (elle) se cache derrière des apparences trompeuses (pardon pour le pléonasme), qu'il (elle) ne se prend pas pour moins qu'il (elle) est. Sur Facebook, on a des amis, beaucoup d'amis. Jusqu'à cinq mille autorisés, mais on n'en connaît que le centième (et encore !). Ce sont plus des liens, des relais que des amis ; des spectateurs obligés de sa vie privée devant lesquels on joue une comédie, celle de la vie, ou une tragédie selon l'humeur du jour. Sur sa page Facebook on met sa photo. Hier soir, en me promenant en ville, j'ai vainement cherché quelques-uns de mes amis Facebook - que je n'ai jamais rencontrés - en me remémorant leurs visages vus sur leur mur. En vain ! Je me suis demandé si ces humanoïdes n'avaient pas été seulement créés pour moi, pour me distraire et pour qu'ils écoutent ce que je veux bien leur faire entendre. Et j'ai marché, seul, dans des rues noires de monde. Qu'y a-t-il de nouveau en vérité ? Avant l'avènement de Facebook, on faisait en famille ou entre amis des soirées diapos. Au bout de la dixième diapo ou de la dixième minute du film super 8, on devenait las, on baillait. Ces monuments que tout le monde connaissait par les livres et les reportages télé - la basilique St-Marc de Venise ou le Pavillon d'Or de Kyoto - maintes fois vus et revus, ou la tante et l'oncle faisant prendre son premier bain à leur premier bébé nous ennuyaient vite et les spectateurs de moins en moins attentifs retournaient rapidement à une conversation sur les layettes et les chiffons pendant que le projectionniste, dans le brouhaha familial, continuait de décrire ses superbes prises de vue. A cette époque, il y avait des soirées diapos chez tout le monde mais elles ne sortaient pas des murs des maisons. Avec Facebook, la Sagrada Familia de Barcelone et la Tour de Londres (à Londres) maintes fois vues et revues circulent dans le monde entier comme si c'était la première fois et ennuient tout le monde. Il ne tient cependant désormais qu'à nous de trouver du nouveau mais on retombe sans cesse dans le narcissique, dans le moi et le surmoi, dans l'égo-isthme, langue de terre entre moi et moi. Certains de mes amis envoient à la cantonade des proverbes tout faits, des maximes prémâchées que je ne lis plus. D'autres envoient des photos avec ce commentaire : Jésus t'aime, ce qui fait enfler mon égo. Je suis flatté que Jésus pense à moi alors que je ne pense jamais à lui. Les gens pensent à moi, me souhaitent ma fête, mon anniversaire, s'intéressent à moi, me caressent dans le sens du poil (si tant est que j'en ai !). Les gens m'aiment et je le leur rends bien. Je les aime parce qu'ils m'aiment, grâce à Facebook, sinon ils (me) seraient totalement indifférents. Ainsi le verbe aimer a été créé pour moi et ne se conjugue que pour moi : je m'aime, il (elle) m'aime, vous m'aimez, ils (elles) m'aiment... et je suis toujours le même.      

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Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
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