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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 16:11

 

 

"On roula soudain le long des eaux bleues du golfe et, au même moment, un événement démentiellement capital se produisit à la radio ; le speaker de jazz de la Nouvelle-Orléans présentait l'émission Chicken Jumbo, rien que des disques de jazz fou, des disques de couleur, avec le présentateur qui disait : 'Faut pas s'en faire !' On vit la Nouvelle-Orléans dans la nuit devant nous, pleins de joie. Dean se frotta les mains au-dessus du volant. 'C'est maintenant qu'on va s'en payer !' Au crépuscule, on fit notre entrée dans les rues fredonnantes de la Nouvelle-Orléans. 'Oh ! flaire le peuple !', gueula Dean en passant la tête par la portière, reniflant. 'Oh ! Dieu ! Oh ! Oh ! Vie !' Il évita un tramway d'un coup de volant. 'Oui !' Il éperonna la bagnole et reluqua les filles dans toutes les directions. 'Celle-ci, visez-la !' L'air était si doux à la Nouvelle-Orléans qu'il semblait être fait de foulards soyeux ; et on pouvait humer le fleuve et réellement humer les gens et la vase et la mélasse et toutes sortes d'effluves tropicaux, les narines dépaysées en débarquant des glaces arides de l'hiver nordique. On bondissait sur les sièges. 'Et reluquez celle-là !' gueula Dean en montrant une autre femme. 'Oh, j'aime, j'aime, j'aime les femmes !' Il cracha par la fenêtre ; il gémit ; il prit sa tête à deux mains. De grosses gouttes de sueur coulaient de son front par le seul effet de l'excitation et de l'épuisement.

La bagnole sauta d'un bond sur le ferry-boat d'Algiers et on se retrouva en train de traverser la Mississippi en bateau." (1)

Les quatre cents habitants de la ville sont là ; des colons sont venus de partout, par familles entières, à pied, en canot, à cheval, emportant avec eux des provisions pour plusieurs jours et le nécessaire de couchage- Qui m'aurait dit, murmure Pauger (*), lorsque je suis arrivé, il y a un an, que cette ville sortirait de terre si rapidement dans ce méandre du fleuve ?

Lorsque les ingénieurs ont débarqué, au début du mois de mai, qu'y avait-il sur cet emplacement ? Rien ou peu de choses : en marge de la forêt, quelques misérables cabanes où l'on vivait dans la hantise des crues, une dizaine d'habitants en proie pour la plupart à la fièvre des marais, traînant la jambe, incapables de faire prospérer leur lopin.

- C'est là, avait décrété Pauger, que nous bâtirons la capitale de la Louisiane.

Bienville avait proposé qu'on lui donnât le nom de la Nouvelle-Orléans, en hommage à Son Altesse Sérénissime, le Régent. Pauger ne s'y était pas opposé." (2)

 

(1) "Sur la Route" de Jack Kerouac, une road-story à travers l'Amérique avec une incursion en Louisiane et à la Nouvelle-Orléans.

(2) Un extrait de "Louisiana" de Michel Peyramaure à propos de la fondation de la Nouvelle-Orléans en 1717numérisation0018.      

 

 D'après le Père Charlevoix, l'emplacement de la Nouvelle-Orléans fut déterminé au printemps de 1717. "Ce fut, dit-il, cette année-là que l'on jeta les fondements de la capitale de la Louisiane ; M. de Bienville, étant venu des Natchez pour saluer le nouveau gouverneur, lui dit qu'il avait remarqué sur les bords du fleuve un endroit très propice pour établir un poste." "A peine annoncée, la nouvelle de cette implantation avait soulevé un tollé : chosir cet emplacement, c'était ruiner Mobile, Biloxi et compromettre le commerce maritime de la colonie. Le Conseil lui-même, en dépit des avis de Bienville, s'était insurgé. Les commis, les trafiquants, les habitants avaient protesté et envoyé des courriers à Paris pour se plaindre de l'autoritarisme du sieur Pauger." (2) Malgré tous ses efforts, Bienville s'était trouvé complètement paralysé par la mauvaise volonté des autres membres du Conseil, qui, tous intéressés par les entreprises commerciales des anciens postes, ne voulaient pas entendre parler de la Nouvelle-Orléans et soutenaient la coalition des colons de La Mobile, des commerçants de Biloxi et des bateliers du lac Pontchartrain, dont les intérêts se trouvaient menacés par leur grand rival et ennemi, le Mississippi. La Nouvelle-Orléans ayant été bâtie à une centaine de kilomètres de l'embouchure du Mississippi, sur un méandre du grand fleuve, elle a pris la forme d'un croissant, d'où son surnom de 'Crescent City'. Ce lieu était, croyait-on, à l'abri des ouragans. Mais le 11 septembre 1721, un véritable cyclone s'abattit sur la ville. Le bayou Saint-Jean monta de trois pieds, le Mississippi de huit, trente-quatre baraques furent démolies (la ville comptait alors moins de 500 habitants) et toute la flotille se trouva hors service : deux navires s'échouèrent et deux furent engloutis dans le fleuve. Moiteur étouffante et ouragans : c'était déjà ça la Nouvelle-Orléans ! "C'était pendant un de ces étés longs et moites de la Nouvelle-Orléans. Quiconque y est déjà venu en juillet ou en août vous dira qu'il fait si chaud que les 'banquettes' (trottoirs) semblent se gondoler. C'est comme si la peinture des maisons 'shotgun' (+) allait se cloquer et elle se cloque. Le soleil de plomb punit celui qui s'aventure et déambule dans le Quartier Français. C'était une chance d'être dans l'endroit le plus frais de la ville, au 3809 avenue Clematis, qui est le studio d'enregistrement Sea Saint où Allen Toussaint, Eddy Bo... et un équipage de pirates célèbres et infréquentables de la côte du Golfe étaient là pour évoquer les rythmes Vaudou, l'or perdu de la cité... Certainement une 'Victory Mixture', un trésor et un hommage à la Nouvelle-Orléans." (3) 

      

 

(*) Adrien de Pauger, initiateur du plan de la Nouvelle-Orléans.

(+) Shotgun house : maison rectangulaire dont la largeur n'excède pas 3,50 mètres, avec une porte à chaque extrémité et dont les pièces sont en enfilade ; style fréquent dans le Sud profond au début du 20ème siècle.  

(3) Traduction partielle du texte au verso de la pochette de "Victory Mixture" de Willy Deville, disque enregistré et mixé au Sea-Saint Recording studio de la Nouvelle-Orléans durant l'été 1990.

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