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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 08:03

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 Au début de 1929, Paul Eluard, lors d'une virée nocturne, rencontre Camille Goemans, poète belge qui a une galerie, rue de Seine à Paris, et qui, ce soir-là, est avec un jeune peintre espagnol, un inconnu pour beaucoup, qui porte une fine moustache : Salvador Dali. Au cours de la conversation, ce dernier invite Goemans et Eluard à venir le voir dans son atelier de Cadaquès sur la Costa Brava. Ils acceptent, et c'est en compagnie de leurs épouses respectives et de René Magritte, qu'ils se rendent dans le petit port catalan que Dali a déjà peint quelques années plus tôt, comme dans un tableau intitulé "Port Alguer", vivible aujourd'hui au Théâtre-Musée Dali de figueres, et qui date de 1924. La suite nous est contée par Dominique Bona dans son livre sur Gala : "Lorsque Paul et Gala, avec Cécile, arrivent à Cadaquès, en plein mois d'août, au coeur de l'été catalan, ils s'installent au village, à l'hôtel Miramar où les ont précédés les Magritte et les Goemans. Comme tous les visiteurs qui découvrent la région, ils ont dû avoir l'impression, après un exténuant voyage, de s'être trompés de route et fixés par erreur, malgré les beautés sauvages du site, dans un incroyable cul-de-sac.

(...) Son atelier (1), dans la maison familiale, est sacré, Personne, pas même son père, ne l'y dérange. On respecte sa solitude. Et on admire tout ce qu'il peint. Car la peinture est, au coeur de son territoire méditerranéen, le vrai royaume de cet enfant-roi qui dit peindre depuis le berceau."

Ce séjour, cette visite à Dali et les oeuvres qu'il montre à ses invités, inspirent à Paul Eluard des vers que celui-ci fait paraître, l'année suivante, sous le titre "Salvador Dali" inclus dans "La Vie immédiate" :

 

"C'est en tirant sur la corde des villes en fanant

Les provinces que le délié des sexes

Accroît les sentiments rugueux du père

En quête d'une végétation nouvelle

Dont les nuits boule de neige

Interdisent à l'adresse de montrer le bout mobile de son nez.

 

C'est en lisant les graines imperceptibles des désirs

Que l'aiguille s'arrête complaisamment

Sur la dernière minute de l'araignée et du pavot

Sur la céramique de l'iris et du point de suspension

Que l'aiguille se noue sur la fausse audace

De l'arrêt dans les gares et du doigt de la pudeur

 

C'est en pavant les rues de nids d'oiseaux

Que le piano des mêlées de géants

Fait passer au profit de la famine

Les chants interminables des changements de grandeur

De deux êtres qui se quittent.

 

C'est en acceptant de se servir des outils de la rouille

En constatant nonchalamment la bonne foi du métal

Que les mains s'ouvrent aux délices des bouquets

Et autres petits diables des villégiatures

Au fond des poches rayées de rouge.

 

C'est en s'accrochant à un rideau de mouches

Que la pêcheuse malingre se défend des marins

Elle ne s'intéresse pas à la mer bête et ronde

    comme une pomme

Le bois qui manque la forêt qui n'est pas là

La rencontre qui n'a pas lieu et pour boire

La verdure dans les verres et la bouche qui n'est faite

Que pour pleurer une arme le seul terme

     de comparaison

Avec la table avec le verre avec les larmes

Et l'ombre forge la squelette du cristal de roche.

 

C'est pour ne pas laisser ces yeux les nôtres vides

      entre nous

Qu'elle tend ses bras nus

La fille sans bijoux la fille à la peau nue

Il faudrait bien par-ci par-là des rochers des vagues

Des femmes pour nous distraire pour nous habiller

Ou des cerises d'émeraudes dans le lait de la rosée.

 

Tant d'aubes brèves dans les mains

Tant de gestes maniaques pour dissiper l'insomnie

Sous la rebondissante nuit du linge

Face à l'escalier dont chaque marche est le plateau

      d'une balance

Face aux oiseaux dressés contre les torrents

L'étoile lourde du beau temps s'ouvre les veines."   

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Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
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