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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 00:00

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Le département des Pyrénées-Orientales est l'un des plus riches de France en eaux minérales et les stations thermales y sont nombreuses : Amélie-les-Bains, le Boulou, Molitg-les-Bains, la Preste, Vernet-les-Bains...

 

Marc Boyer, dans 'L'invention du tourisme", ouvrage de référence pour tous les étudiants en BTS, nous apprend que "le XIXème siècle a un fort discours hygiéniste. Il a deux faces. Au peuple, il prêche la tempérance et propose (ou impose) la cité-jardin, l'idéal pour 'le petit travailleur infatigable'. A l'aristocratie, aux rentiers, il recommande le changement d'air, d'aller selon les saisons là où le climat convient le mieux et de se distraire - ainsi les casinos eux-mêmes reçoivent une justification thérapeutique, inscrite bientôt dans la réglementation. Début XIXème, le grand Laennec déclare même : 'Il n'est pas de maladie qu'un changement d'air ne guérisse ou soulage.' A fortiori, s'il s'agit de 'maladies de langueur'. Les médecins du XIXème siècle sortent quantité de traités sur toutes les stations thermales, balnéaires, climatiques pour l'été - et sur les villes d'hiver. (...) Chaque station thermale est un enjeu de pouvoir. Les propriétaires des sources et des thermes veulent rester maîtres chez eux et développer comme ils l'entendent leur station. Le médecin-inspecteur des eaux réglemente 'l'administration des eaux' et s'oppose aux autres médecins qui veulent garder la liberté de prescrire. La Renommée est le plus grand pouvoir. C'est la mode - on dit le 'puff' - qui fait gonfler la ville d'eaux."

Dans "Le Thermalisme en Roussillon - 18ème et 19ème siècles", Etienne Frenay rappelle que "les Romains, amateurs de bains, s'intéressent aux eaux minérales. Les sources pyrénéennes sont connues à Rome et Pline l'Ancien (23 avant J.-C. - 79) les cite dans son 'Histoire naturelle'. En Roussillon, deux sites au moins ont été aménagés à l'époque romaine : Amélie-les-Bains et Les Escaldes. Au début du XIXème siècle, Amélie-les-Bains et Les Escaldes conservaient leurs installations romaines." Au 19ème siècle, le but de ces stations est d'améliorer les installations pour attirer la clientèle : "Attirer la clientèle, précise toujours Etienne Frenay, suppose une politique promotionnelle suivie. Il faut sans doute distraire les curistes, mais avant tout leur offrir des installations en accord avec les moeurs nouvelles. Les thermes d'Arles (1) sont améliorés dans les mêmes années. Les techniques balnéaires s'affinent. En 1841, le docteur Pujade introduit des innovations dans l'établissement qu'il ouvre à Amélie-les-Bains : cinquante-quatre types de douches et des salles d'inhalation. Le docteur Pujade, ancien médecin des armées impériales et ancien médecin-inspecteur des Bains d'Arles, semble avoir été le premier à accueillir les malades l'hiver dans son établissement d'Amélie. L'ouverture des stations pendant l'hiver est la grande innovation du thermalisme en Roussillon au XIXème siècle. L'efficacité du traitement thermal ne suffit pas. La bonne société doit aussi trouver, outre un certain confort, des distractions pendant la cure. Les baigneurs finissent par fréquenter les stations tout autant pour se divertir que pour se soigner. Les promenades et excursions sont une des distractions de leurs séjours. Les guides des stations recommandent les sites à visiter. Une partie de la clientèle passe ainsi insensiblement de la cure médicale au tourisme."

En 1885, Guy de Maupassant est en villégiature dans une station thermale du centre de la France, quand il trouve dans sa chambre d'hôtel, le journal d'un curiste venu là avant lui pour soigner son foie, son estomac et maigrir un peu ; les journées se passent en promenades et en baignades : "Au bord du ruisseau, au fond du vallon, on voit un bâtiment carré entouré d'un petit jardin ; c'est l'établissement des bains. Des gens tristes errent autour de cette bâtisse : les malades. Un grand silence règne dans les allées ombragées d'arbres, car ce n'est pas ici une station de plaisir, mais une vraie station de santé ; on s'y soigne avec conviction ; et on y guérit, paraît-il.

(...) 25 juillet. - Au milieu des arbres une maisonnette où dort un homme aimable et spirituel, un sage qui passe ses jours dans ce lieu virgilien. Il nous ouvre sa demeure. Une idée me vient. Je crie : 'Si on se baignait !... - Oui, dit-on, mais... des costumes.

- Bah ! nous sommes au désert.'

Et on se baigne - ... - !

Si j'étais poète, comme je dirais cette vision inoubliable des corps jeunes et nus dans la transparence de l'eau ! 

30 juillet. - Rien. - Je fais le traitement.

6 août. - Désespoir !... Je viens de me peser. J'ai engraissé de trois cent dix grammes. Mais alors ?...

7 août - Traitement.

8 août. - Je fais mes malles et mes adieux au charmant petit pays tranquille et silencieux, à la montagne verte, aux vallons calmes, au Casino désert... (...) Je partirai demain matin."

Guy de Maupassant, "Mes vingt-cinq jours", nouvelle parue dans 'Gil Blas' le 25 août 1885.

 

(1) La station d'Amélie-les-Bains s'est appelée les Bains d'Arles jusqu'en 1840. 

 

 

Photo, établissement pour curistes à Molitg-les-Bains.    

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commentaires

Michel Cristofol 10/04/2011 13:32


Il va, hélas, falloir rayer bientôt de la liste les eaux du Boulou, réputées digestives, qui ne sont plus mises en bouteilles depuis longtemps déjà, car soit-disant radioactives. Heureusement que
le TGV est passé par là pour tarir de nombreuses sources !