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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 16:13

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Pascal Anfroy part pour Paris. Ce soir, il prend le train de 22 heures 20, pour y arriver demain à 7 heures 22. Précison de métronome si tout va bien sur le parcours. Le train s'arrêtera souvent : Narbonne sur les bords de la Robine, Carcassonne et ses remparts, Toulouse et ses briques roses, Limoges et sa faïence, puis traversera la Sologne et ses étangs. Mais Pascal ne verra rien de tout cela. Il fera encore nuit quand le train doucement arrivera à Paris Austerlitz, terminus du voyage. Aller à Paris, quelle idée ? Peut-être pour marcher dans des rues qu'il connait par coeur, pour aller à la retrouvaille de souvenirs qui ne concernent que lui, pour voir des gens serrés comme des sardines qui se pressent vers leurs bureaux. Le décor, il l'a encore en mémoire, cela ne fait si longtemps qu'il a quitté Paris pour une région plus souriante. Devant la gare, il sait que s'alanguit la Seine avec ses mouettes et ses péniches, que sous la tour Eiffel, les touristes s'allongent dans des files interminables qui vues du ciel ressemblent à des serpents, qu'aux terrasses des restaurants, font la gueule les serveurs qui attendent les pigeons. La ville est dominée par le rocher d'un zoo, mais le zoo n'est pas là où l'on pense qu'il est. Le Parisien fait semblant d'aimer sa ville et répète à l'envi qu'il n'habiterait ailleurs pour rien au monde. Il se dit bien chez lui dans un petit deux pièces à dix mille euros le mètre carré qui ne donne sur rien mais s'empresse de partir loin pour prendre une chambre avec vue. Il dit qu'il aime son quartier, qu'il est comme un village. Il se sent à l'abri à l'intérieur des remparts que constitue le périphérique ; au-delà, c'est la zone et l'inconnu. La Seine constitue une frontière aussi fermée qu'entre certains pays du Moyen-Orient. S'il vit sur la rive droite, il ne va jamais s'aventurer sur la rive gauche et vice versa. Il fait de la Seine un fleuve aussi large que l'Amazone alors qu'il l'est moins que le Tech au Boulou. Le Parisien s'imagine des spectacles et son imagination est fertile. Comme Rome, Paris a sept collines. et il passe d'Argentine à Liège en quelques minutes alors qu'il faut une heure pour aller de Barbès à la Porte de la Chapelle un vendredi soir. Le Parisien dit qu'à Paris il ne s'ennuie pas. En effet, devoir attendre quatre heures avant de pouvoir pénétrer dans une exposition ôte tout ennui. Paris regarde la province (pardon, les régions) avec condescendance alors que peu de Parisiens le sont depuis plusieurs générations. Naître à Paris, c'est n'être de nulle part. Vivre à Paris, c'est faire croire au reste du monde que l'on vit heureux même quand on ne voit pas le soleil pendant quinze jours. Qui se lasse de Londres, se lasse de la vie dit un proverbe. Pascal s'est lassé de Paris mais a une irrépressible envie de vivre. C'est peut-être pour cela qu'il y va : pour se rendre compte à quoi il a échappé en quittant Paris, la capitale de la France... hélas !

 

 

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