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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 08:11

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"Une pirogue parut sur le fleuve le 26 mars. Comme le chevalier de Tonty lui donnait la chasse et allait la prendre, une centaine de sauvages surgirent sur la rive, l'arc bandé. Cavelier de La Salle accourait à la rescousse, mousquets en joue. Le calumet de la paix évita la bagarre... (...) Tel fut le premier contact des Français avec les Natchez, une tribu qui, sur vingt lieues à la ronde, pouvait mettre trois mille hommes sous les armes." (1)

Cavelier de La Salle vient d'atteindre le pays des Natchez, le paradis de l'Amérique, sur les bords du Mississippi.

"Les deux rives du Meschacebé présentent le tableau le plus exctraordinaire. Sur le bord occidental, des savanes se déroulent à perte de vue ; leurs flots de verdure, en s'éloignant, semblent monter dans l'azur du ciel où ils s'évanouissent. On voit dans ces prairies sans bornes errer à l'aventure des troupeaux de trois ou quatre mille buffles sauvages. Quelquefois un bison chargé d'années, fendant les flots à la nage, se vient coucher, parmi les hautes herbes, dans une île du Meschacebé. A son front orné de deux croissants, à sa barbe antique et limoneuse, vous le prendriez pour le dieu du fleuve, qui jette un oeil satisfait sur la grandeur de ses ondes et la sauvage abondance de ses rives.

Telle est la scène sur le bord occidental ; mais elle change sur le bord opposé, et forme avec la première un admirable contraste. Suspendus sur le cours des eaux, groupés sur les rochers er sur les montagnes, dispersés dans les vallées, des arbres de toutes les formes, de toutes les couleurs, de tous les parfums, se mêlent, croissent ensemble, montent dans les airs à des hauteurs qui fatiguent les regards. Les vignes sauvages, les bignonias, les coloquintes, s'entrelacent au pied des arbres, escaladent leurs rameaux, grimpent à l'extrémité des branches, s'élancent de l'érable au tulipier, du tulipier à l'alcée, en formant mille grottes, mille voûtes, mille portiques. Souvent égarées d'arbre en arbre, ces lianes traversent des bras de rivières, sur lesquels elles jettent des ponts de fleurs. Du sein de ces massifs, le magnolia élève son cône immobile ; surmonté de ses larges roses blanches, il domine toute la forêt, et n'a d'autre rival que le palmier, qui balance légèrement auprès de lui ses éventails de verdure." (2)

Natchez et ses environs (de nos jours dans l'Etat du Mississippi), enchantent ceux qui les découvrent. "Le village des Natchez est le plus beau que l'on puisse trouver en Louisiane, ecrivait une vingtaine d'années plus tard Pénicaut. A une lieue du Mississipi, il est embelli par de très belles promenades, que la nature y a formées sans artifice : ce sont des prairies à l'entour, garnies de fleurs, entrecoupées de petits costeaux, sur lesquels sont des bosquets de toutes sortes d'arbres odoriférants. On trouve dans ce village tout l'agrément possible pour la société avec cette nation qui n'a point les moeurs farouches des autres sauvages." (1)

"C'est le 6 avril 1682 que l'expédition arrive en vue de la mer. Le 9 avril, près de l'endroit nommé aujourd'hui Venice, Cavelier de La Salle, revêtu d'un manteau écarlate à bordure d'or et en présence d'un notaire qui prend acte, fait ériger une croix puis une colonne portant les armes de Sa Majesté Très Chrétienne." (3) Il nomme toutes les terres explorées qui s'étendent de la Nouvelle-France au golfe du Mexique du nom de Louisiane et l'honneur du roi Louis XIV. "Manquant de vivres, vue d'un mauvais oeil par les Indiens de la région, l'expédition commence dès le lendemain la remontée du fleuve." (3) Cavelier de La Salle rentre à Montréal et apprend que son gouverneur n'est plus Frontenac mais La Barre. "En outre, il apprend qu'il est désavoué par le roi. Ce dernier apprenant la fondation de la Louisiane, a écrit au gouverneur de La Barre : 'La découverte du sieur de La Salle est fort inutile et il faut dans la suite empêcher de pareilles entreprises.' Cavelier de La Salle n'était pas homme à se laisser démonter par de pareils propos. Au cours d'un nouveau voyage en France, il réussit à convaincre Seignelay (Colbert est mort en 1683) de la justesse de ses vues : l'Espagne ayant déclaré la guerre à la France le 23 octobre 1683, il importe de lui barrer la route en Amérique." (3) L'année suivante (1684), La Salle fraîchement nommé gouverneur de tous les teritoires qui se trouvent entre Saint-Louis des Illinois et la Nouvelle-Biscaye, embarque à La Rochelle et retourne en Amérique. En 1685, il tente de retrouver l'embouchure du Mississippi par la mer mais accoste plus à l'ouest. Après deux ans de recherches infructueuses (l'Interstate 10 n'existait pas encore), ses hommes se mutinent et l'assassinent le 19 mars 1687 (dans l'actuel Texas) en s'emparant du manteau écarlate que le découvreur portait lors de la cérémonie de baptême des terres que Bonaparte vendra aux Etats-Unis en 1803.

Ainsi commençait l'histoire de la Louisiane, terre tout à tour française, puis espagnole, de nouveau française et définitivement rattachée sous la bannière étoilée, devenant ainsi le 18ème Etat de l'Union le 30 avril 1812.

 

 

 

 

(1) Charles de la Roncière, Le Père de la Louisiane - Cavelier de La Salle.

(2) Atala, Chateaubriand.

(3) Robert Cornevin, La France et les Français outre-mer.

 

Référence de ces ouvrages dans le premier article de cette série sur Cavelier de La Salle, lundi 6 août 2012.

 

Photo, la Nouvelle-Orléans, première capitale de la Louisiane, créée en 1717, trente-cinq ans après la descente du Mississippi par Cavelier de La Salle.

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