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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 09:13

Fais-ce-que-tu-dois0001.jpg 

 

 

Patrice se souvient de sa première leçon d'espagnol. Ce n'était pas en quatrième dans une classe surpeuplée, avec un professeur qui a du mal avec la discipline ; non, c'était chez ses voisins du dessus, rue du Chemin Vert à Paris, où il passait chaque mercredi après-midi et où, avec ses jeunes amis Ricardo et Nadine, il se régalait du pain perdu confectionné par la maman.   

 

Patrice se souvient de sa première leçon d'italien. Ce n'était pas dans un collège dont les fenêtres donnent sur des rues grises, dans une salle de classe triste dont seul le tableau noir est éclairé ; non, c'était à Ventimiglia avec son grand-père retraité à Menton et qui s'était mis à l'italien - après avoir longtemps étudié le latin -, pour la seule beauté des mots, pour l'euphonie, pour le plaisir.

 

Patrice se souvient de sa première leçon d'anglais. Ce n'était pas en sixième dans un immense bahut où les grands bizutent les petits - car Patrice n'avait que 9 ans et 10 mois quand il entra au lycée -, dans des salles de classe dont les rideaux avaient été brûlés par des contestataires qui hurlaient leur haine du régime ; non, c'était à Reading chez Mrs Faulkner qui le gâtait avec ses gâteaux "maison" et chez son petit-fils, Peter, avec qui il jouait à des jeux de société.

 

Patrice se souvient de sa première leçon de grec. Ce n'était pas non plus dans un cadre scolaire avec un professeur en blouse blanche qui vous tape sur les doigts quand vous n'avez pas appris les déclinaisons ; non, c'était à Athènes depuis un autobus devant lequel défilaient les enseignes des magasins qu'il essayait de déchiffrer.  

 

Patrice se souvient de sa première leçon de catalan. Il avait acheté un lexique et une grammaire chez Brentano's - une édition bilingue catalan-anglais, la seule qu'il eut trouvée. Sa mère était partie pour une dizaine de jours chez des amis près de La Seu d'Urgell et il voulait savoir ce qu'ils pouvaient bien se dire en version originale.

 

Patrice se souvient de ce film de Théo Angelopoulos - L'éternité et un jour - où un poète italien fraîchement arrivé en Grèce offre une pièce de monnaie à un jeune garçon qui lui rapporte des mots entendus dans les rues et sur les marchés. Patrice aussi est à l'écoute des mots qui se disent et se les dit pour soi-même, pour l'euphonie, pour le plaisir, rien que pour la beauté des mots. 

 

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Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
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