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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 09:51

Empuries-24-janv.-2012-051.JPG Ce train, je l'avais pris vers 21 heures, à Vintimille, XXmiglia pour les intimes, en direction de Rome. Il s'était arrêté pour une raison inconnue en gare de la Spezia pendant plus d'une heure et comme il avait roulé à petite vitesse avant Genova (Gênes), cela faisait donc presque deux heures de retard. Dans le compartiement voisin, j'entendais des gens très calmes et très blasés dire : "La Spezia, due hore di ritardo !" Je n'arriverais pas à Rome avant 8 heures. Je ne passai presque pas de temps dans mon compartiment. Face à moi, une femme avait replié les jambes sur la banquette. Le contrôleur lui avait sèchement indiqué qu'elle gênait la personne à côté d'elle et que si elle n'était pas contente, elle n'avait qu'à voyager en voiture-lit. Dans le couloir, un homme fumait ; il avait baissé la vitre dans le couloir. Il n'y avait rien à faire dans ce train bondé, à part lire et relire sur les plaques de fer vissées sous les fenêtres, la consigne en plusieurs langues de ne pas se pencher au dehors : E pericoloso sporgersi - Do not lean out of the window - Nicht hinauslehnen. Rien à faire dans ce compartiment car les lumières étaient éteintes : deux ou trois personnes s'étaient assoupies. J'avais en tête une chanson de Sandro Giacobbe, extraite de son disque Lenti a contatto, que j'avais entendue à la radio au cours d'un précédent voyage :"Gabbiani bianchi in libertà ; il mare viene, il mare va..." Elle me revenait en mémoire et je me la fredonnais pour passer le temps. Le train ne repartait pas. Je sortis pour parler à ce fumeur près de la vitre. Il venait de Tunisie, de Sfax, et allait lui aussi à Rome. Il parlait beaucoup, me proposa une cigarette, reparla encore de sa ville, de l'importance de la mer sur les Tunisiens : une raison de vivre et d'évasion.  Quand les faubourgs de Rome apparurent, le soleil était déjà haut dans le ciel. Roma Termini était le terminus de mon voyage. Mes voyages en train étaient simples, inconfortables, faits de rencontres plus ou moins heureuses. A cette époque je voyageais seul, avec un maigre bagage, sans appareil photo. Je finissais souvent la nuit dans la salle d'attente ou sur un banc sur un quai.

Ce n'était pas le luxe des voyages organisés ou des croisières mais c'était l'insouciance. Je ne pensais pas aux risques : les Brigades rouges, les attentats politiques, les bombes dans les gares. J'envoyais une carte postale deux fois par semaine pour dire à mes proches que j'étais encore vivant. Je réduisais les frais et il n'était pas question de téléphoner en France, même si les commerçants par manque de petites pièces, rendaient souvent la monnaie en jetons téléphoniques. Dès que le train arrivait à une destination que je n'avais pas toujours choisie, commençait la visite d'endroits que j'avais vus dans les livres d'histoire et de littérature.

Je souhaitais aller sur le site archéologique d'Ostia Antica. Pour m'y rendre, je devais prendre un train à Piramide en direction de l'embouchure du Tibre. Un employé m'expliqua que je devais aller jusqu'à Cristoforo Colombo. Mais la fatigue et le monde qui se pressait dans les voitures de ce train m'empêchèrent de descendre au bon endroit. J'allai jusqu'au terminus et je dus prendre un train dans l'autre sens. Ensuite, il fallait trouver le site. Quand je sortis de la gare, deux Australiennes étaient en grande conversation avec un chauffeur de taxi qui se proposait de les conduire jusqu'au site d'Ostia. Je voulais prendre mon temps et y aller à pied. Je demandai maintes fois mon chemin à des passants pressés. Arrivé près d'un grand terrain vague, je vis sortir un jeune homme d'une Fiat 500, qui boutonnait son pantalon. Une jeune fille était assise dans la voiture. Il courut vers moi en faisant de grands signes pour me demander une cigarette. A l'époque où je traversais l'Italie en train au hasard des horaires et des correspondances, j'avais toujours sur moi un paquet de MS, sésame pour engager la conversation. Je lui demandai le chemin pour le site d'Ostia. Il ne put me répondre, il ne savait pas et pourtant ce n'était pas les panneaux "Ostia Scavi" qui manquaient. Je ne pouvais donc compter que sur mon supposé sens de l'orientation pour y accéder. Au bout d'une heure, j'y parvenais. Mes efforts furent récompensés car quel site merveilleux et tranquille, loin de l'agitation de la capitale. Comment imaginer en regardant ce qu'il reste des maisons, des thermes, des temples, que cette ville avait été active il y a deux mille ans et comptait jusqu'à 100 000 habitants. Des amphores enfouis çà et là pour moitié dans le sol rappelaient que cet endroit avait été un port très important lorsque Rome se lança à la conquête de la Méditerranée.  Redécouverte en 1909, après avoir disparu sous les alluvions du Tibre, cette cité me plaisait par son calme, me reposait de l'intense activité que j'avais quittée quelques heures auparavant. Mais étais-je à Ostia ? Etais-je en Italie ou était-je seulement en train de me remémorer un voyage ancien ? Côté pile, je déambulais dans le cardo et le décumanus d'Ostia mais côté face...?          

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Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
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