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22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 18:05

 

Le 28 mars 1942, jour du quatre-vingtième anniversaire de la naissance d'Aristide Briand, Alexis Léger (Saint-John Perse) prononça, en français, un discours sur Briand à l'Université de New York. Ce fut sa seule conférence publque aux Etats-Unis. Le texte en est retranscrit avec ceux des autres orateurs, dans Addresses in Commemoration of the Eighteen Anniversary of the Birth of Aristide Briand, Washington Square, 1943. Le dimanche 15 mars 1942, Saint-John Perse écrit à son amie Lilita Henraux : "L'engagement que j'ai imprudemment accepté, pour la Commémoration de Briand, m'oblige à être à New York le 28, un samedi, pour prendre la parole à 2 h 1/2. (L'heure la plus mauvaise pour moi, où je suis en ce moment terrassé après chaque repas et obligé de courir en hâte à mon divan, comme un sourd et un aveugle.) Je suis d'autant plus ennuyé que cette manifestation s'élargit de jour en jour, qu'on a déjà lancé une excessive publicité, et que l'on compte sur moi pour parler le premier et deux fois plus longtemps que les autres orateurs. La cérémonie aura lieu, finalement, sous les auspices de New York University dont Briand était Membre d'honneur, à University Heights, dans l'immense salle (the Chapel) où Briand avait prononcé en 1921 son grand discours aux Américains. C'est d'aiileurs pour lui seul que je parlerai, puisque j'ai exigé de parler en français. Je n'ai pu réfléchir un instant à ce que je pourrai dire, tant je suis mal en point, et si mon état ne s'élucide pas d'ici le 28, c'est avec de l'aspirine qu'il faudra me traîner jusqu'à New York." (1)

 

Aristide Briand est né le 28 mars 1862, rue du Marchix à Nantes. Son père tient le café de la Croix-Verte. Quand il vint au monde, ses parents étaient mariés depuis deux ans. Dès l'enfance, Briand tint de sa mère une légère déviation de la colonne vertébrale qui expliquera plus tard la voussure de son dos. Après la guerre de 1870, Aristide Briand entre à l'école Madiot (future école Carnot), 20 rue du Four-de-Marsain à Saint-Nazaire. Le jeune Briand n'y resta que peu de temps. Il alla ensuite à l'Ecole Denfer, rue des Halles. A la rentrée des classes de 1875, Aristide entra au nouveau collège de Saint-Nazaire. Il était demi-pensionnaire. Il y fut un excellent élève. Le 15 février 1878, pourvu d'une bourse que son professeur avait sollicitée pour lui, il entra comme interne au lycée de Nantes. Il allait avoir seize ans. Il paraît qu'il a gardé, au lycée de Nantes, le mépris des habits neufs et de toute discipline vestimentaire. Il semble qu'il ait été un élève moins studieux à Nantes qu'à Saint-Nazaire. A la fin de la Troisième, il obtint le prix de Discours français, décerné par l'Académie de Rennes. Il revint à Saint-Nazaire en 1881. Il était bachelier. Presque aussitôt, il entra chez Maître Lucas, avoué, en qualité ce clerc amateur. En 1883, Briand vint à Paris faire son droit. Il descendit dans un de ces modestes hôtels dans le quartier Saint-Michel. Après avoir mené pendant deux ans la vie d'étudiant dans un hôtel du quartier Latin, il alla habiter la rive droite, dans un modeste logement au 65 de la rue de Cléry. Briand était étudiant en droit depuis un an, quand il fit, comme journaliste, ses débuts à la Démocratie de l'Ouest. Son premier article est daté du 17 août 1884. Il lui avait été demandé par Eugène Couronné, fondateur du journal. Il avait assisté, le 4 août 1884, au Congrès Constitué à Versailles en Assemblée nationale par Jules Ferry pour statuer sur la révision partielle de la Constitution. Le titre de l'article était Alea jacta est. Briand fut inscrit au barreau de Saint-Nazaire en novembre 1886, en qualité de stagiaire. Il fut l'avocat du journal la Démocratie de l'Ouest jusqu'en 1888. Une grave affaire de diffamation l'amena à le défendre. Dans son numéro du 10 février 1888, le journal avait publié contre l'abbé Tixier, curé de Saint-Gohard, un article qui commençait par ces mots : 'Le marchand de pain à cacheter de Saint-Gohard.' On lisait aussi : 'L'église n'est qu'une baraque foraine et l'on n'y entre qu'en payant...' Le procès commença le 28 avril 1888 devant la Cour d'Assises de Nantes. Aristide Briand défendait le gérant du journal. C'était la première fois qu'il plaidait devant une cour d'Assises. En 1889, il se présenta aux élections législatives dans l'arrondissement de Saint-Nazaire sous l'étiquette 'candidat radical et boulangiste'. Son programme se résumait ainsi : - Révision de la Constitution. Suppression du Sénat ou tout au moins son élection par un mode plus conforme aux principes du Suffrage Universel. - Séparation des Eglises et de l'Etat ; suppression du budget des Cultes. - Suppression des trésoriers-payeurs généraux et des grosses sinécures ; augmentation du traitement des petits employés et des instituteurs. - Réforme judiciaire : suppression de l'inamovibilité des juges ; magistrature élue ; suppression des derniers privilèges. - Autonomie communale. - Rétribution de toutes les fonctions électives pour en faciliter l'accès à tous les citoyens. - Abolition du cumul. - Réformes fiscales : impôt progressif et proportionnel. - Caisse et maisons de retraite pour les vieux ouvriers sans famille. - Création de cours publics et gratuits d'économie politique et de législation populaire. - Révision des pensions de retraite servies aux bonapartistes et aux orléanistes.

Le candidat conservateur obtint 7 538 voix, Fidèle Simon, candidat opportuniste, 6 088 voix et Aristide Briand, 2 246 voix. Lors du second tour, Briand se désista en faveur de F. Simon qui fut élu.

En 1902, Briand fut élu député de Saint-Etienne et il le restera jusqu'en 1919. En 1906, il obtint le portefeuille de l'Instruction publique, des Beaux Arts et des Cultes qu'il conservera jusqu'en 1909. Il exerce sa première présidence du 24 juillet 1909 au 2 novembre 1910. Il prend le portefeuille de l'Intérieur. Le 3 novembre 1910, c'est son deuxième cabinet qui prend fin le 27 février de l'année suivante. Le 21 janvier 1913, Briand forme son troisième cabinet qui tombe moins d'un mois plus tard. En 1914-1915, il est ministre de la Justice et vice-président du Conseil dans le cabinet Viviani. Pendant la Première Guerre mondiale, il est de nouveau président du Conseil, d'octobre 1915 à décembre 1916, puis du 3 décembre 1916 au 18 mars 1917 : il est l'artisan de l'ouverture du deuxième front dans les Balkans et du remplacement de Joffre, promu général, par Nivelle. La démission de son ministre de la Guerre, le général Lyautey, entraîna sa chute. (2) 

C'est après le premier conflit mondial que Briand sera ministre des Affaires Etrangères presque sans interruption durant les années 20, et que Saint-John Perse l'accompagnera dans ses nombreux voyages. (A suivre)

 

 

Cet article a été réalisé grâce aux ouvrages suivants :

(1) Saint-John Perse, Lettres à l'étrangère, textes réunis et présentés par Mauricette Berne (Gallimard)

(2) D'après Briand, sa vie, son oeuvre de Georges Suarez (Plon)       

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Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
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