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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 18:15

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En 2006, Joëlle Gardes a écrit Saint-John Perse - Les rivages de l'exil, une biographie sur Alexis Léger (1887-1975), diplomate devenu poète sous le nom de Saint-John Perse. Il s'agissait, étonnamment, de la première biographie sur Saint-John Perse, car celles qui avaient été éditées du vivant du poète avaient été rédigées par le poète lui-même ou s'appuyaient sur ces "biographies". Alexis Léger, né à la Guadeloupe le 31 mai 1887, émigré aux Etats-Unis en 1940, aime les reproductions d'oiseaux de John James Audubon, né comme lui aux Antilles mais dont l'enfance se passe en Métropole, à Pau et à Bordeaux pour Alexis Léger, à Couëron près de Nantes pour Audubon . En 1951, Saint-John Perse, qui vit sur la côte Est des Etats-Unis depuis onze ans, se rend en Louisiane. Nous reproduisons ci-dessous les lignes de la biographie de Joëlle Gardes qui relatent le séjour du poète prix Nobel de littérature en 1960, dans l'Etat du Pélican :

 

"Année après année, les déplacements se reproduisent : l'hiver, dans le Sud, l'été, sur la côte Est. En janvier 1950, il est dans le Sud-Ouest, au cours de l'hiver 1951, en Alabama et en Louisiane. Selon la biographie de la "Pléiade", c'est au cours de ce séjour, au musée de la Nouvelle-Orléans, qu'il "découvre le masque original de Napoléon moulé à Sainte-Hélène par Antomarchi. Découvre aussi le portrait, au crayon gras, d'un Audubon vieilli et barbu, fait par lui-même à Londres, avec cette inscription de sa main : Almost happy!..." Le panthéon du poète, très éclectique, comprend en effet aussi bien cet autre insulaire, devenu empereur (bien qu'il se voie tout autant dans le rôle de Chateaubriand), que l'ornithologue comme lui né aux Antilles, puis émigré aux Etats-Unis. Durant tous ses voyages, il se plaît à observer les oiseaux et collectionne les guides d'ornithologie, dont il envoie parfois des vignettes découpées à ses correspondants privilégiés. Paulhan reçoit ainsi, dans la lettre du 29 septembre 1949, une "image populaire de l'Anhinga", évoquée dans Vents :

 

Et l'Oiseau Anhinga, la dinde d'eau des fables, dont l'existence n'est point fable, dont la présence m'est délice et ravissement de vivre - et c'est assez pour moi qu'il vive -

 

Caillois reçoit de même une vignette représentant l'oiseau dans la lettre que le poète lui adresse le 23 janvier 1953. Elle est accompagnée de quelques lignes découpées dans la rubrique "Birds of Swamps and Marshes" d'une minuscule brochure sans doute en vente dans le parc des Everglades, Birds of Everglades.

 

(...) Audubon (1785-1851), naturaliste franco-américain, né comme Saint-John Perse aux Caraïbes, fait partie depuis longtemps de son Panthéon, puisqu'une lettre à Claudel de 1913 le mentionnait déjà. Audubon avait voulu peindre tous les oiseaux des Etats-Unis. Saint-John Perse possédait une édition américaine de ces Birds Biographies, qu'il avait abondamment annotée. En 1951, lors d'un séjour en Louisiane, il aurait trouvé le portrait "au crayon gras, d'un Audubon vieilli et barbu, fait par lui-même à Londres, avec cette inscription de sa main : "Almost happy !" C'est en tout cas ce que dit la biographie de la "Pléiade." Si Audubon n'est pas cité dans Oiseaux aux côtés des "vieux naturalistes français, dans leur langue très sûre et très révérencieuse" (on reconnait Buffon, Vieillot et Cuvier, et sans doute aussi Michelet), il est pourtant présent par plus d'un détail. Lorsque le début du chant I évoque le cri de l'oiseau :

 

Et son cri dans la nuit est cri de l'aube elle-même : cri de guerre saint à l'arme blanche.

 

Il est aisé de reconnaître le Man o' War Bird, l'un des tableaux les plus célèbres d'Audubon, la Fregata Magnificens, ainsi surnommée."

 

 

Sur la carrière d'Alexis Léger diplomate, voir nos articles sur Aristide Briand dont celui du 7 mars 2012.

Sur John James Audubon, voir notre article du 24 novembre 2010.

 

Photo, Un des deux bâtiments de la place John Paul II qui entourent la cathédrale de la Nouvelle-Orléans et dont l'un abrite un exemplaire du masque de Napoléon par Antomarchi.

 

Saint-John Perse - Les rivages de l'exil (biographie) de Joëlle Gardes a été publié aux éditions aden en 2006.

 

 

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