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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 09:14

 

Alexis Léger (Saint-John Perse) est né le 31 mai 1887 à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. Descendant de colons français établis aux Antilles depuis la fin du 17ème siècle, la famille Léger quitta la Guadeloupe en 1899 pour s'établir à Pau. Le père d'Alexis, en mourant en 1907, laissait une femme, un fils et trois filles dans le plus complet dénuement. Le jeune Alexis fit donc ses études à Pau puis à Bordeaux. Sa rencontre avec Paul Claudel chez Francis Jammes dans le Béarn en 1905, va encourager ses premiers essais poétiques et l'orienter vers une carrière diplomatique.

 

"Dans la lumière éclatante d'automne

       Nous partîmes le matin.

La magnificence de l'automne

       Tonne dans le ciel lointain." (1)

 

Entré aux Affaires étrangères en 1914, Alexis Léger est successivement secrétaire d'ambassade à Pékin de 1916 à 1921 puis directeur du cabinet dipllomatique d'Aristide Briand de 1925 à 1932.

Aristide Briand est président du Conseil et ministre des Affaires étrangères à partir du 16 janvier 1921. Lors de l'élaboration du traité de Versailles (1919), les alliés vainqueurs ne se sont pas mis d'accord sur le problème des réparations et ils demandent à l'Allemagne de signer un chèque en blanc. Les Allemands se comportent en mauvais payeurs. Briand fait occuper la Rurh : Duisburg et Düsseldorf. Il déploie ses talents diplomatiques dans les conférences financières d'août 1921. Briand estima que seule une politique de confiance à l'égard de l'Allemagne pouvait être féconde et riche d'avenir. En septembre, il consentit à la levée des sanctions économiques contre l'Allemagne. En dépit de la vive opposition qui se manifestait contre la politique du président du Conseil, Aristide Briand se rendit en personne à la conférence de Washington qui s'ouvrit le 29 octobre. et qui devait traiter du désarmement et de l'Extrême-Orient. C'était le première fois qu'un chef français de gouvernement se rendait aux Etats-Unis. Alexis Léger, rappelé de Chine comme expert des questions du Pacifique fut remarqué par Briand lors de cette conférence. Briand alla à Washington avec l'intention de défendre sa politique européenne. La France était prête à désarmer à condition que les alliés lui donnassent des garanties sur l'exécution des engagements de l'Allemagne. Mais la conférence reçonça à discuter des armements terrestres. De plus, Briand, se heurtant au front des Anglo-Saxons, dut accepter une hiérarchie des flottes de guerre qui plaçait la France au quatrième rang mondial derrière les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Japon. Briand quitta Washington le 24 novembre, laissant Viviani, puis Sarraut diriger la délégation française, et rencontra, à son retour à Paris, une vive hostilité. Lors de la Conférence de Cannes (janvier 1922), Briand est rappelé par le président de la République Alexandre Millerand. Attaqué de toute part lors d'un débat à la Chambre le 12 janvier, il n'attend pas un vote défavorable des députés, quitte le Palais Bourbon et va présenter sa démission à l'Elysée. Rappelé aux Affaires étrangères dans les deuxième et troisième cabinets Painlevé en 1925, il redevient président du Conseil du 28 novembre 1925 au 17 juillet 1926. Alexis Léger accompagne Briand à Locarno en octobre 1925. Locarno (Suisse) est un pacte à quatre : France, Allemagne, Angleterre, Italie. L'allemagne reconnaît ses nouvelles frontières occidentales. Demander à l'Allemagne de reconnaître ses frontrières signifiait que la signature du traité de Versailles n'avait pas de valeur et cela impliquait que l'Allemagne ne reconnaissait pas ses nouvelles frontières orientales. Les Polonais qui ont des représentants en coulisse partent furieux. L'Allemagne accepte la démilitarisation de la rive gauche du Rhin et elle obtient en partie l'égalité en droit : elle annule en fait la clause du traité de Versailles qui disait que les vaincus devaient se reconnaitre coupables. Au nom de cette égalité en droit, l'Allemagne entre à la S.D.N.

Du 23 juillet 1926 au 12 janvier 1932, Aristide Briand ne quitte pas la Quai d'Orsay. Alexis Léger accompagne le ministre des Affaires étrangères à Londres en 1930, pour une conférence navale. "Plus tard j'accompagnai Briand à Londres à une commission navale qui marcha mal. Il y eut des discussions au sujet des sous marins et des tonnages des bateaux de guerre. Tout semblait terminé. Nous repartîmes le soir en claquant les portes. Lorsque pendant un intermède, pour le thé je dis à Lord Alexander qui était en face de moi 'Vous faites beaucoup d'histoires au sujet de ces tonnages de ces sous marins. Pourtant vous avez sur la conscience une perte irréparable pour l'Angleterre : vous avez perdu le bateau d'enfant portant l'Union Jack, que Lord Brassey repêcha dans l'Océan Indien. Dans son journal il parle longuement de ce bateau qui me fit tant rêver lorsqu'à douze ans, je l'aperçus au Kensington (*). Hier je l'ai cherché partout, réclamé partout. Il a été perdu. Pensez à la puissance de suggestion de ce petit bateau aux ailes blanches sur l'esprit d'un enfant anglais. Que de vocations marines il aurait dû susciter.' Mon histoire changea l'atmosphère guindée de la séance. Mac Donald, en bon Ecosais était enthousiaste. Lord Alexander promit qu'il me retrouverait le bateau et la Commission française s'offrit à attendre jusqu'au lendemain pour voir le bateau. (...) La glace était rompue et on s'entendit sur les sous marins et les tonnages. Briand s'amusait beaucoup. C'est lui, qui inconsciemment m'avait rappelé l'histoire de Lord Brassey, en me passant un petit papier plié pendant qu'on servait le thé. Il y avait dessiné une petite goélette : 'Hein ! Si on en avait une en ce moment pour filer ?' J'ai gardé longtemps ce bout de papier." (2)

La mort de Briand le 7 mars 1932 priva Alexis Léger d'un soutien de poids et il vécut alors des moments difficiles. Nommé secrétaire général du ministère des Affaires étrangères en 1933, il le restera jusqu'en 1940, année où il quitta la France pour les Etats-Unis. Le gouvernement de Vichy prononça sa déchéance de la nationalité française. Nommé conseiller à la bibliothèque du Congrès de Washington en 1941, il reprit son nom littéraire de Saint-John Perse. Il reçut le prix Nobel de littérrature en 1960.    

 

 

(*) Kensington museum, où le petit bateau d'enfant repêché par Lord Brassey et ses enfants dans l'océan Indien a été exposé pendant un certain temps avant de disparaître. 

(1) Extrait du poème Chanson d'automne de Paul Claudel (1905) 

(2) Extrait de Lettres à l'étrangère de Saint-John Perse

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Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
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