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3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 11:34

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C'est décidé, je passerai l'été en Lousiane... et vous aussi. En effet, votre blog préféré vous fera découvrir cette Amérique différente jusqu'en septembre, par des thèmes nombreux et variés. La Louisiane, vaste territoire, vaste sujet  : vol jusqu'à la Nouvelle-Orléans, location de voiture, Interstate 10, vers l'Ouest, vers le pays cajun, jusqu'à la rivière Sabine, limite naturelle avec le Texas ; direction Nord vers Saint-Francisville et ses maisons "antebellum", Fausse Rivière, traversier voguant vers Natchez ; direction Est vers Mobile, Alabama. Mais ne jamais s'éloigner de cette épine dorsale, de ce grand fleuve, de ce Père des eaux, de ce boulevard des Amériques, qu'est le Mississippi, autrefois appelé le Meschacebé. "Ce dernier fleuve, dans un cours de plus de mille lieues (*), arrose une délicieuse contrée que les habitants des Etats-Unis appellent le nouvel Eden, et à laquelle les Français ont laissé le doux nom de Louisiane. Mille autre fleuves, tributaires du Meschacebé, le Missouri, l'Illinois, l'Akanza, l'Ohio, la Wabache, le Tenase, l'engraissent de leur limon et la fertilisent de leurs eaux. (...) Les deux rives du Meschacebé présentent le tableau le plus extraordinaire. Sur le bord occidental, des savanes se déroulent à perte de vue ; leurs flots de verdure, en s'éloignant, semblent monter dans l'azur du ciel où ils s'évanouissent. On voit dans ces prairies sans bornes errer à l'aventure des troupeaux de trois ou quatre mille buffles sauvages. Quelquefois un bison chargé d'années, fendant les flots à la nage, se vient coucher, parmi de hautes herbes, dans une île du Meschacebé. A son front orné de deux croissants, à sa barbe antique et limoneuse, vous le prendriez pour le dieu du fleuve, qui jette un oeil satisfait sur la grandeur de ses ondes et la sauvage abondance de ses rives.

Telle est la scène sur le bord occidental ; mais elle change sur le bord opposé, et forme avec la première un admirable contraste. Suspendus sur le cours des eaux, groupé sur les rochers et sur les montagnes, dispersés dans les vallées, des arbres de toutes les formes, de toutes les couleurs, de tous les parfums, se mêlent, croissent ensemble, montent dans les airs à des hauteurs qui fatiguent les regards. Les vignes sauvages, les bignonias, les coloquintes, s'entrelacent au pied de ces arbres, escaladent leurs rameaux, grimpent à l'extrémité des branches, s'élancent de l'érable au tulipier, du tulipier à l'alcée, en formant mille grottes, mille voûtes, mille portiques. Souvent égarées d'arbre en arbre, ces lianes traversent des bras de rivières, sur lesquels elles jettent des ponts de fleurs. Du sein de ces massifs, le magnolia élève son cône immobile ; surmonté de ses larges roses blanches, il domine toute la forêt, et n'a d'autre rival que le palmier, qui balance légèrement auprès de lui ses éventails de verdure." (1)

Ces paysages, qui font toujours rêver, ne pouvaient, selon les premiers explorateurs européens, que contenir des richesses argentifères et aurifères. 

"Hernando de Soto, un capitaine espagnol, compagnon de Pizarre, croyant renouveler le coup fameux du pillage de Cuzco, au Pérou, qui lui avait procuré tant de richesses, s'était, en 1541, lancé avec quelques centaines de conquistadors dans l'exploration du fleuve, depuis son embouchure. A massacrer les Indiens, à manger les porcs sauvages, à sonder les forêts, à rechercher l'or sur les rives du grand fleuve indifférent, de Soto ne gagna que la mort. Un an après sa découverte, il mourut de la malaria au village de Guachoïa. Ses hommes, pour impressionner les Indiens Choctaws et Kiowas, jetèrent son corps dans le Mississippi. Le fleuve emporta cette dépouille dérisoire comme un fétu de paille, mêlé aux arbres déracinés et aux débris naturels que charriaient les eaux limoneuses." (2)

(*) Le Mississippi a une longueur de 3 778 kilomètres et la surface de son delta est d'environ 10 000 km2. C'est un des plus grands fleuves du monde, moins par la longueur de son cours que par l'ampleur de son bassin. Le voir, le traverser, en voiture ou en train, beaucoup en rêvent, personne ne laisserait pour rien au monde sa place à un autre, car traverser le Mississippi est un grand événement et on veut en savourer chaque minute.

"Le paysage avait l'air de défiler comme un flot de routes, de poteaux télégraphiques, de maisons éparses et de plates étendues de champs bruns. Nick s'attendait à voir des falaises au bord du Mississippi mais finalement, après un interminable bras marécageux, il vit à travers la vitre que la locomotive entamait une courbe pour aborder un pont très long bâti au-dessus d'une large étendue d'eau boueuse et brunâtre. Au loin, on apercevait maintenant des collines désolées et de ce côté une berge plate et boueuse. Le fleuve avait l'air de se mouvoir vers l'aval, non pas de couler mais d'avancer comme un lac mobile fait de matière solide ; il y avait tout juste quelques remous là où les butées du pont faisaient saillie. Mark Twain, Huck Finn, Tom Sawyer et La Salle se bousculèrent dans l'esprit de Nick tandis qu'il regardait la plaine d'eau plate et brune qui avançait lentement. 'Enfin, j'aurai quand même vu le Mississippi', se dit-il content." (3)

 

 

(1) "Atala", François René de Chateaubriand.

(2) "Louisiane", Maurice Denuzière.

(3) "La Traversée du Mississippi", Ernest Hemingway.   

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Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
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commentaires

michel.cristofol.over-blog.com 04/06/2011 07:33


A la lecture d'un tel article, l'on n'éprouve plus qu'un seul désir : celui de s'y rendre !