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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 09:05

 

 

Le Maine, Etat du Nord-Est des Etats-Unis, à la frontière avec le Canada, compte une population francophone importante. Cet Etat, d'une superficie d'environ 80 000 km2, qui a pour capitale Augusta, est une terre de prédilection pour les pêcheurs et les chasseurs. Plus de 90 % de sa surface est boisée, et il n'y a pas moins de 2 500 lacs et 5 000 rivières. Le surnom de l'Etat du Maine est "Etat du sapin". Passer trois jours dans le Maine est aisé depuis New York ou Boston. Avec un char de louage, on accède rapidement à ses vastes paysages, à sa voûte sylvestre comme disait John Steinbeck, et à sa population francophone souvent originaire du Québec voisin. Passer trois jours dans le Maine à la rencontre des Francos-Américains était une idée qui m'avait été suggérée quand je préparais mon voyage aux Etats-Unis. "Tout est né d'une visite que m'a rendue M. de Margerie, notre ambassadeur à Washington. Il savait que j'envisageais de me rendre en Louisiane, étape quasi-obligée d'un Français à la recherche de sa langue aux Etats-Unis. Il était venu me dire :

- Si vous venez chez nous, n'oubliez pas les franco-Américains.

J'avais ouvert de grands yeux : j'ignorais tout de ces gens-là. Il m'avait expliqué qu'il existait dans le nord-est des Etats-Unis une communauté francophone importante, singulièrement active et qui, pour la défense farouche de notre langue, ne pouvait s'en laisser remontrer par personne.

- Aucun ministre français n'est jamais allé les voir. Soyez le premier et vous donnerez un élan nouveau à leur combat." (1)

"J'ai vu un peu partout, quantité d'immigrés faire les récoltes ; Hindous, Philippins, Mexicains, Américains hors de leurs Etats d'origine. Ici, dans le Maine, la majorité se composait de Canadiens français. (...) De toute évidence, mes invités de ce soir n'étaient ni maltraités ni poussés par la famine. Ils avaient mis leur fermette au lit pour l'hiver, dans la province de Québec, et avaient passé la frontière pour se constituer un petit magot. Ils donnaient même l'impression d'être en vacances, comme les cueilleurs de houblon et de fraises venus de Londres ou des villes du centre de l'Angleterre. C'étaient des gens intrépides, indépendants et parfaitement capables de se défendre.

J'ouvris d'autres bouteilles de bière. Après la nuit de terrible solitude que je venais de vivre, cela me faisait du bien d'être entouré de gens réservés mais amicaux et chaleureux. J'ouvris grande les vannes de la cordialité et fis un petit discours dans mon français petit nègre :

- Messy dam. Je vous porte un cher souvenir de la belle France, en particulier du département de Charente.

Ils parurent surpris mais intéressés. John, le chef, traduisit lentement mon morceau d'éloquence en anglais de lycée, puis en canadien français.

- Charente ? Pourqoui Charente ?

Je me penchai, ouvris un compartiment sous l'évier et en retirai une bouteille de très vieux et très respectable cognac, réservé aux mariages, aux coups de froid ou aux attaques d'apoplexie. John en étudia l'étiquette avec l'attention dévote d'un bon chrétien en présence du saint sacrement.

- Jésus ! dit-il, pénétré de respect. J'avais oublié. La Charente... c'est là où se trouve Cognac." (2) 

 

Le recensement de 1980 faisait état, pour l'Etat du Maine, d'une population d'origine française s'élevant à 266 074 personnes et à un nombre de 94 225 individus se disant frocophones. En Nouvelle Angleterre, vivent 30 % des 1,5 million de personnes qui, dans leur vie quotidienne font aux Etats-Unis usage du français. A Augusta, la capitale du Maine, on commémore le 14 juillet lors d'un festival dit de la Bastille et un grand nombre de clubs où les gens se retrouvent pour parler français. Parler soit, mais quid de la lecture ? "La lecture du livre français est en décroissance et se mise en circulation est restreinte dans plusieurs régions francophones de la Nouvelle Angleterre aux Etats-Unis. Les jeunes Franco-Américains ne lisent le français que rarement car le taux de l'assimilation anglophone devient de plus en plus élevé.

Les Franco-Américains du nord-est des Etats-Unis doivent donc créer leurs propres méthodes de succès francophones afin de les léguer à leurs enfants comme le gage d'un héritage vivant. Il faut le faire sur plusieurs plans, surtout celui de l'écriture. Mais comment le faire ? Faut-il toujours passer par Paris ou le Québec afin de faire publier une oeuvre en français ? Pour un auteur francophone américain qui écrit en français, y a-t-il des débouchés ? Y a-t-il vraiment des possibilités d'édition et de coédition sans toujours être encombré de difficultés souvent insurmontables ?

L'intervenant apporte à ce sujet, ses propres expériences dans sa recherche d'un éditeur à Paris et au Québec en ce qui concerne son roman, 'Au fil de l'Eau'. Puis il lance deux propositions, une pour l'établissement d'un appui financier pour l'éditeur ou coéditeur qui s'aventurerait dans le domaine du livre francophone américain, et la deuxième, pour la création d'ateliers où le partage des idées et la discussion des problèmes régionaux pourraient se dérouler et porter fruit. Ces deux propositions, declare-t-il, viendraient non seulement avancer la démarginalisation de l'écriture francophone, mais réhausser aussi la solidarité tant souhaitée par nous francophones dans un monde où le français ne dépend plus seulement de l'Hexagone continental pour s'épanouir, mais de toutes ces régions où la création de l'oeuvre francophone apporte, en plus de ses particularités, une véritable contribution qui vient enrichir le livre français." (3)

 

A suivre...

 

Voir aussi notre article du 27 juillet 2011.

   

 

(1) Extrait de "Le Tapis rouge", Alain Decaux de l'Académie française (1992).

(2) Extrait de "Voyage avec Charley", John Steinbeck (1961).

(3) Intervention de Normand Beaupré, professeur d'Université à Biddeford dans le Maine, lors des Assises de la francophonie américaine qui se sont déroulées à Paris en décembre 1990. 

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