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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 17:03

 

 

"Ce que le public te reproche cultive-le, c'est toi." Jean Cocteau

 

                                                                             "Etre l'artiste, l'écrivain, cela change considérablement, et d'une manière très gênante, les relations avec les gens." Luis Goytisolo

 

 

 

 

Pascal Anfroy, écrivain sans succès et dépressif, est invité à passer quelques jours dans un camping du Sud de la France. Ces vacances, qu'il espère salutaires, sont l'occasion de faire le point sur sa vie, sa carrière, ses amours. Typha, son amie qui l'a quitté mais qui lui reste fidèle, l'accompagnera et l'aidera à se ressourcer pour que ce voyage soit un moyen de comprendre les méandres de la vie, ses soucis et ses joies. 

 

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L'année dernière, j'avais vingt-cinq ans. Cette année, j'inverse simplement les chiffres. J'ai passé ma vie, enfin, le peu de vie que j'ai vécu, à me demander ce que je pouvais faire pour mon avenir. Quand j'avais vingt ans, j'y pensais bien sûr, et c'était légitime, et maintenant à cinquante ans passés, je prépare encore mon avenir. C'est peut-être pour cela que je n'ai jamais su tenir en place, que j'ai toujours eu besoin de voir ce qu'il y a derrière les portes, mais aussi au-delà des frontières, d'arriver à une gare puis de voir la suivante, sans descendre du train, en regardant simplement le paysage et les gens marcher d'un compartiment à un autre. Une nuit, j'ai rêvé de la date de ma mort  : 13 janvier 1983. Mais je suis toujours debout parce qu'après 1983, je voulais voir ce qu'il y aurait après, en 1984, en 2000, en 2010, et ainsi de suite. Et ainsi de suite...

 

- Tes examens ne sont pas bons ! Anémie, manque de fer, manque d'envie, manque de tout je présume. Je te propose que nous nous revoyions dans trois semaines. D'ici là, va te reposer quelque part ! Au bord de la mer !

- Je n'ai pas d'endroit où aller. Et puis... Tu crois que l'air de la mer peut m'être bénéfique ?

- Si tu ne quittes pas cette ville au plus vite, Pascal, tu vas ruminer jusqu'à tes prochaines analyses. Et quand on rumine, on digère mal. Je te fais une ordonnance.

Il chantonne en noircissant une feuille de noms latino-gréco-savants-compliqués.

- Tu te souviens de cette chanson ? Le bide musical avec un grand B. Et sur toutes les chaînes. Elles ne l'ont passée que trois jours.

- Oui mais depuis que Z'Média l'a reprise, c'est un succès même si ton nom n'est pas cité. Le principal est de voir que trente ans après, un titre peut réapparaître sous une autre forme et faire un succès, même un demi. Ma fille l'adore en tout cas, même si elle ne sait pas que c'est de toi.

- Quel âge a-t-elle ?

- Huit ans, l'âge des premiers émois musicaux. En attendant tout le reste ! Mais j'ai une idée pour tes vacances. Je connais quelqu'un qui a un camping à Leucate. C'est la basse saison ; il pourrait te prêter un mobile home pour quelques jours. Je vais l'appeler.

 

Il y avait deux enfants, deux cousins, sur le pont qui enjambait la rue et qui menait au parc de la résidence. L'un avait neuf ans, l'autre six. Il était à peine deux heures en cet après-midi d'août et d'habitude on n'envoyait pas les enfants si tôt dans le jardin. Mais ce jour-là, il se préparait un événement que les deux garçons ne soupçonnaient pas. Ils étaient debouts contre la balustrade du pont, regardaient la rue en contrebas, sans savoir ce qu'ils attendaient. Un des garçons dit à l'autre : "C'est quelle heure quatorze heures ?" Le cousin lui répondit que c'était deux heures de l'après-midi. Le premier avait vu sur le programme télé à cette heure-là une émission qu'il croyait être intéressante pour son âge. De toute façon, il ne l'aurait pas vue pas car on n'autorisait pas les enfants à regarder la télé l'après-midi, ni le soir d'ailleurs. Soudain, le cousin plus âgé tourna la tête vers le perron de la résidence. Une ambulance était garée le long des marches. "C'est Mamie, elle pleure. On emmène Moumou à l'hôpital ! Viens, on va courir en bas du jardin pour voir passer l'ambulance !" Ils traversèrent le jardin en poussant sur leurs petites jambes et ainsi devancèrent l'ambulance qui passa devant eux quelques secondes plus tard. Elle disparut au coin de la rue. Ils ne revirent jamais Moumou, la soeur de leur grand-mère.

 

- Bonjour et bienvenue au Camping Boramar. Le docteur Titon m'a prévenu de votre arrivée. J'espère que vous avez fait bon voyage !

Le camping était vide. C'était début mars. Les touristes ne vont pas dans les campings début mars. Jamais avant Pâques. Gérard, c'est le prénom du gérant, avait choisi un mobile home au bout du terrain, pour la tranquillité de son hôte, avait-il dit. La tranquillité était partout, à l'entrée comme au fond du terrain. Alors va pour le fond du terrain ! Et puis dans le fond, on n'est pas si mal que ça. Une fois les bagages vidés, les vêtements rangés, j'allai me reposer un peu avant le dîner. Typha était partie faire quelques courses sous une pluie fine. Je crois que c'est la seule fois où il a plu au cours de ce séjour. Achète le journal local, lui avais-je dit. Des nouvelles du coin me donneraient des idées de promenades et de découvertes. J'avais envie de visiter la région. Enfin partir une fois ou deux. Pour le reste de la semaine, le calme du camping ferait bien l'affaire. 

 

Combien de fois dans ma vie ai-je entendu les collègues dire que ça va comme un lundi ou le vendredi que c'est la der des ders ? Combien de fois ai-je souhaité la bonne année et entendu répondre surtout la santé, c'est important la santé ! Combien de fois dans ma vie ai-je attendu l'arrivée du printemps, cette saison où le soleil paresse derrière les immeubles et semble avoir comme une envie de prolonger la journée, semble ne pas vouloir se coucher ? Combien de fois ai-je dit bonjour et bonne nuit ? Avant d'écrire des romans qui n'ont pas été lus, je travaillais dans une maison d'édition. Avant d'écrire des chansons ratées pour les autres, j'avais des collègues, une vie réglée, le matin à la cafétéria, le midi aussi, et le soir dans le métro, le regard absent des gens fatigués par une journée de labeur. C'est peut-être pour cela qu'on ne se dit plus au revoir mais bon courage. Car il en faut du courage pour vivre ces heures interminables dans ces années qui le sont tout autant. Combien de fois dans ma vie ai-je entendu que le temps passe vite ? La mort, qu'est-ce que c'est que la mort ? C'est cette phrase insignifiante qui dit ça fait déjà trois ans qu'il/elle est mort(e) !  Qu'est-ce que ça passe vite !         

 

 

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Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
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